On reconnaît, de g. à d., les ministres Sélim Sayegh, Boutros Harb, Tarek Mitri, le chef des FL Samir Geagea et la députée Sethrida Geagea.Photo Michel Sayegh
Le dernier parcours d'Antoine Choueiri a commencé tôt le matin, avec une escale obligée près du Collège de La Sagesse, à Achrafieh, dont le club de basket-ball avait connu, sous son égide, une ascension fulgurante, multipliant les victoires nationales, arabes et asiatiques, grâce au soutien qu'il lui avait apporté.
Les étudiants, le corps professoral et administratif, mais aussi les supporteurs du club de La Sagesse s'étaient rassemblés tôt le matin au croisement pour rendre un dernier hommage à Antoine Choueiri. L'arrivée du cortège funèbre à 9h10 a été accueillie par un gigantesque feu d'artifice pendant que le cercueil était porté à bout de bras par des hommes dont certains étaient émus jusqu'aux larmes. Le bruit des détonations couvrait la voix de ceux qui, avec leurs slogans, ont voulu rendre un dernier hommage à Antoine Choueiri.
Le cortège funèbre devait ensuite poursuivre son chemin et faire une deuxième escale devant le siège d'AVM, une des premières sociétés fondées par le disparu. Au bas de l'immeuble, les employés, tous de noir vêtus, entourés d'une foule d'habitants du quartier, ont adressé un dernier salut à leur patron, au son des détonations de feux d'artifice.
À la cathédrale Saint-Georges des maronites, au centre-ville, une foule nombreuse, parmi laquelle de nombreux officiels, attendaient la famille. Le chef du gouvernement, Saad Hariri, a été l'un des premiers à avoir présenté ses condoléances à la veuve d'Antoine Choueiri, Rose, et à leurs deux enfants, Pierre et Léna.
Les trois pôles du pouvoir ont été d'ailleurs représentés à l'office funèbre - célébré par Mgr Roland Abou Jaoudé, délégué par le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir - par MM. Sélim Sayegh, Antoine Zahra et Tarek Mitri.
Parmi les personnalités présentes, l'ancien président Amine Gemayel, les ministres Ghazi Aridi et Jean Oghassabian, le nonce apostolique, Gabriele Ceccia, les députés Sethrida Geagea, Georges Adwan, Henri Hélou, représentant le chef du PSP, Walid Joumblatt, Nehmetallah Abi Nasr, Alain Aoun, Marwan Hamadé, Alaeddine Terro, Farid Habib, Fouad el-Saad, les anciens ministres Nayla Moawad, Youssef Salamé, Antoine Karam et Jean-Louis Cardahi, les anciens députés Gebran Tok et Bassem Sabeh, le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, le président de la Ligue maronite, Joseph Torbey, le président de l'ordre des journalistes, Melhem Karam, le directeur de la LBCI, Pierre Daher, le métropolite Élias Audi, l'archevêque grec-catholique de Beyrouth, Mgr Youssef Kallas.
Après la lecture, par Mgr Audi, d'un passage de l'Évangile, Mgr Youssef Tok a donné lecture de l'oraison funèbre patriarcale. Mgr Sfeir a commencé par exposer le parcours professionnel, local, régional et international d'Antoine Choueiri, avant de saluer son patriotisme. « Il était un Libanais authentique, a souligné Mgr Sfeir. Il n'a jamais établi de distinction entre ses compatriotes et n'a jamais hésité à soutenir tout projet bénéfique pour le pays. Il a également apporté son appui à un grand nombre d'établissements pédagogiques, d'églises et de centres de secours et n'a jamais oublié son village natal, Becharré. »
Le patriarche a ensuite mis l'accent sur son parrainage du secteur sportif et social, « ce qui a eu pour effet d'éloigner un grand nombre de jeunes d'une multitude de fléaux ». « Il a aidé les personnes à besoins spéciaux, notamment les sourds-muets et les handicapés, a ajouté le patriarche maronite. Grâce à son soutien au basket-ball, le Liban a pu être qualifié à trois reprises pour les championnats du monde. Il a aussi fondé une société privée chargée d'organiser des championnats de professionnels, comprenant douze équipes de six pays arabes », a souligné Mgr Sfeir qui a également mis l'accent sur l'attachement du disparu à sa famille.
Après l'oraison funèbre patriarcale, c'est avec la gorge nouée d'émotion et les yeux remplis de larmes que le petit-fils d'Antoine Choueiri, Rayan, et sa petite-fille, Cynthia, ont chacun rendu un dernier hommage à leur « jeddo », Rayan en français et Cynthia en anglais (voir par ailleurs). Leurs mots ont bouleversé une assistance qui avait du mal à cacher son émotion.
Le mot de la fin a été donné à son fils Pierre qui, comme son père, a tenu à commencer son discours par les formules d'usage solennelles en employant l'arabe littéraire, avant de passer au dialecte libanais pour rendre hommage au « président », un surnom que les joueurs de basket-ball de La Sagesse avaient donné à Antoine Choueiri et qui avait fini par être généralisé.
Pierre a souligné à quel point les personnes qui aimaient Antoine Choueiri et qu'il aimait étaient nombreuses. « Je suis son fils unique mais j'ai d'autres frères et sœurs, mais pas de son sang. Nous avons tant appris de lui. Il nous a aimés beaucoup et nous a grondés beaucoup, mais il a toujours été un père aimant. Son rêve était une famille qui s'aimait et il a été réalisé. Il voulait aussi un groupe de compagnies à succès et il avait pu l'obtenir. Il rêvait d'un club qui puisse porter haut le nom du Liban partout dans le monde et il l'a réalisé. Il rêvait aussi de contribuer à la reconstruction du Liban et il l'a fait », a-t-il dit.
Pierre s'est ensuite engagé à poursuivre le parcours de son père et à préserver sa famille et, à un niveau plus général, sa grande famille constituée des compagnies qu'il possède aux quatre coins du monde.
La famille devait ensuite recevoir les condoléances de l'assistance, avant de prendre le chemin de Becharré où Antoine Choueiri a été inhumé et où un accueil officiel et populaire lui a été également réservé dans les villages du caza.
Le cortège funèbre a fait son entrée dans la localité de Becharré au son des carillons des cloches des églises et de la fanfare locale. Les députés de la région ainsi que le leader des FL, Samir Geagea, qui tenait par le bras la veuve du disparu, Rose, ont escorté la famille jusqu'à l'église Mar Saba, où la prière des morts a été récitée par l'évêque Francis Bayssari, représentant le patriarche Sfeir.
Étaient notamment présents les députés Sethrida Geagea et Farid Habib, l'ancienne ministre Nayla Moawad, le général Fayez Kassem, représentant le ministre de la Défense, Élias Murr, et le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, ainsi que plusieurs autres personnalités de la région.
Dans le mot qu'elle a prononcé pour la circonstance, Mme Geagea a mis l'accent sur le vide qu'Antoine Choueiri laisse après sa mort. « Il nous a quittés très tôt, alors que nous avions besoin de sa présence, de son apport et de sa perspicacité », a-t-elle dit, affirmant qu'il ne sera pas possible d'oublier « le président ».
Mme Geagea a salué son dévouement et sa loyauté, rappelant le soutien qu'il leur a apporté lorsque le chef des FL avait été mis en détention. « Il était le symbole de la fidélité et de l'amour, résistant avec courage aux difficultés, à l'intimidation et aux menaces », a-t-elle poursuivi, avant d'insister sur l'appui qu'il a apporté aux habitants de la région aux niveaux pédagogique, sportif et du développement.
Mme Geagea a ensuite mis l'accent sur le fait qu'Antoine Choueiri n'a « jamais lié ses dons et sa générosité de cœur à un poste ou une fonction officiels ou à un acquis politique. Lorsqu'un jour Samir Geagea lui a proposé d'avancer sa candidature à un poste ministériel, il avait répondu par la négative en lui disant : " Confiez-le à quelqu'un d'autre." Mais cela ne l'avait pas empêché, selon la parlementaire, de se mobiliser lors des élections législatives « qu'il avait considérées comme étant les siennes ». Elle a rappelé sa joie après la victoire des FL, ainsi que sa présence, en dépit de sa maladie, à l'aéroport, le jour où son époux avait été relâché.


