Malgré l'insistance du président Nabih Berry et du député Mohammad Raad, les loyalistes ont donc fait rayer la petite phrase en question du brouillon du communiqué de séance. Le chef de l'État n'a pu qu'admettre cette correction, du moment que le texte commun doit forcément être consensuel. Plus précisément, pour le président arbitre, une déclaration du comité ne peut jamais évoquer, ou promettre, que ce qui a été bien convenu entre tous. Il a du reste rappelé aux participants, comme à l'opinion, que l'instance doit se pencher sur la stratégie de défense, mais aussi sur tous ses embranchements virtuels, à condition que leur étude soit approuvée de tous. Michel Sleiman a enfin pressé les parties qui ne se sont pas encore exécutées à présenter (par écrit) leurs vues concernant la stratégie de défense pour que l'on puisse en discuter.
Un rappel à l'ordre que les opposants n'ont pas apprécié. Ils n'ont pas non plus trouvé à leur goût les propos tenus par Amine Gemayel, Fouad Siniora et Samir Geagea lors de la réunion. Les prosyriens voient dans ces prises de position une collusion loyalistes-centristes visant à riposter au sommet de Damas qui a inclus, aux côtés des présidents de Syrie et d'Iran, Assad et Ahmadinejad, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Ils ajoutent qu'outre le choix du timing pour relancer le dialogue, les deux autres parties qui leur font face ont tout l'air d'avoir répondu à l'appel lancé dans ce sens par Ban Ki-moon, dont le dernier rapport sur la 1701 a vivement été dénoncé comme partial par le Hezbollah.
Les prosyriens oublient, sans doute délibérément, que le timing du dialogue n'est pas le fruit de l'heure. En effet, le chef de l'État avait précisé à l'issue des législatives de juin que le comité serait formé après la mise en place du nouveau gouvernement et qu'il entamerait ses travaux dès que sa composition serait proclamée. Ce qui s'est fait à la lumière des concertations entreprises par le président, loin des feux de la rampe, pour peaufiner ses critères de sélection des membres. En fait, le chef de l'État avait déjà tout préparé avant de se rendre à Moscou, mais il avait préféré surseoir à son annonce jusqu'à ce qu'il y ait accord sur la date de la reprise du dialogue. Cela étant, une source informée confirme qu'aucune considération extérieure n'est entrée en ligne de compte aux yeux du président Sleiman. Et ce ne sont pas les sollicitations étrangères, régulièrement avancées depuis les législatives, qui l'ont porté à réunir les Libanais, mais son sens de l'intérêt national bien compris.
Du côté du 14 Mars, l'on a tenu à rappeler d'entrée de jeu certaines constantes essentielles. Ainsi, la protection du Liban face à une agression israélienne est une responsabilité libanaise nationale. Elle incombe en premier lieu sur le terrain aux forces régulières, armée et FSI, du pays. Si elles ne sont pas en mesure de l'assumer avec efficacité, de contrer l'ennemi, alors tout Libanais devient un résistant, comme le président Sleiman l'a souligné devant la communauté libanaise de Riyad. En tout cas, poursuivent les loyalistes, la protection du pays est une mission que seul l'État a le droit et le devoir de mener. Il ne peut y avoir, dans ce domaine, de mandat à aucune fraction ou communauté. Toute partie libanaise ne peut agir qu'à l'ombre de l'autorité de la légalité nationale. Nul ne peut s'arroger le pouvoir de décider en lieu et place de l'État. Étant entendu, concluent les loyalistes, que l'essentiel reste de répondre à cette question : le Liban est-il, dans le cadre du conflit israélo-arabe, un pays de confrontation guerrière ou de soutien à la cause arabe, dans la limite de ses moyens ? En d'autres termes, les Libanais doivent savoir s'il leur faut aller à la guerre ou suivre les voies diplomatiques pouvant mener à la paix. Comme tous les autres...

