« Les chiffres initiaux indiquent clairement que la version amendée en décembre de la législation Icesave d'août 2009 va être rejetée », a constaté le gouvernement islandais dans un communiqué publié après la fermeture des bureaux de vote.
Selon des résultats portant sur 50 % des bulletins dépouillés, le « non » a recueilli 93,6 % des suffrages exprimés contre 1,5 % pour le « oui », a annoncé la chaîne de télévision publique RUV.
Diminuant la portée de ces résultats, le Premier ministre Johanna Sigurdardottir a déclaré qu'ils « ne sont pas une surprise » et qu'ils « ne constituent pas un choc pour le gouvernement ». « Le référendum passé, il est de notre devoir de reprendre la fin des négociations » avec Londres et La Haye, a-t-elle déclaré à la télévision.
« Le résultat peut être interprété comme un cri de défi ou comme une conclusion écrite d'avance », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Ossur Skarphedinsson à la presse, après l'annonce des premiers résultats.
Le Fonds monétaire international s'est abstenu de tout commentaire. « Nous n'avons pas de commentaires sur l'Islande », a déclaré une porte-parole du FMI en réponse à une question de l'AFP.
Quelque 230 000 électeurs étaient appelés à se prononcer sur un accord organisant le remboursement d'ici à 2024 par Reykjavik de 3,9 milliards d'euros avancés par Londres et La Haye pour indemniser leurs citoyens lésés par la faillite de la banque sur Internet islandaise Icesave en octobre 2008.
La participation, dont les chiffres définitifs devaient être annoncés ultérieurement, n'était que de 54,5 % une heure avant la fermeture des bureaux de vote, moins élevée que lors des élections législatives d'avril.
La perspective d'un « non », jugé difficilement évitable dès la convocation du référendum par le président islandais début janvier, a poussé Reykjavik à tenter ces dernières semaines - jusque-là en vain - de trouver un nouvel accord avec Britanniques et Néerlandais.
Le gouvernement islandais a indiqué samedi soir qu'il allait « continuer dans les prochains jours ses efforts déterminés pour trouver une solution satisfaisante » avec Londres et La Haye sur Icesave.
À La Haye, un porte-parole du ministère des Finances s'est dit « déçu » que l'accord entre les Pays-Bas, l'Islande et le Royaume-Uni « ne soit pas encore entré en vigueur », tout en estimant qu'il s'agissait d'une « affaire interne » à l'Islande.
De son côté, le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, s'est dit hier « prêt à être flexible » dans les négociations en vue d'un nouvel accord sur la faillite de la banque Icesave. Selon les médias britanniques, Londres aurait proposé à l'Islande une solution de compromis consistant à geler le paiement des intérêts pendant deux ans et à baisser le taux d'intérêt.
Paradoxalement, l'Islande a obtenu lors des toutes dernières négociations une meilleure offre que le texte soumis au vote, amenant le gouvernement islandais à considérer le référendum comme « sans signification » car portant sur un texte « obsolète ».
Seuls présents dans une campagne où personne n'a appelé à voter « oui », les opposants du texte Icesave ont souligné qu'il était injuste de faire peser une facture aussi lourde - près de 100 euros par habitant et par mois pendant huit ans - sur les épaules d'un pays ruiné par l'effondrement de ses banques.
« C'est trop beau pour être vrai », s'est exclamé en découvrant les résultats Magnus Arni Skulason, un membre fondateur d'Indefence. Son collectif avait réuni 60 000 signatures contre Icesave début janvier, une pétition qui avait convaincu le président islandais de convoquer un référendum.
Selon les analystes, la principale conséquence d'un « non » serait de retarder le versement de prêts provenant du FMI et des pays nordiques. Mais il pourrait aussi affaiblir un gouvernement déjà critiqué pour consacrer trop de temps à Icesave ou même entraver la candidature de l'Islande à l'UE.
Toutefois, la Commission européenne a pris note hier du « non » massif des Islandais, mais souligné que l'accession du pays à l'UE relevait d'un « processus séparé ».

