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Moyen Orient et Monde - Le Billet

Haro sur les patrons

Les temps sont durs pour les patrons. Pour les autres aussi. Mais les autres sont habitués. Le patron, un peu moins.
Il n'y a pas si longtemps, le patron, pourvu qu'il soit grand, observait, tranquille, du haut de son paquet de stock-options, l'horizon dégagé de son avenir radieux. Son avenir, le patron le voyait glisser au gré des vents gonflant son parachute doré, avant de se poser, serein, sous la protection rassurante d'une vaste retraite-chapeau.
Puis la crise est arrivée. Les stock-options ont fondu comme la neige sous un soleil convaincu du réchauffement climatique, alors que le parachute partait en torche. Quant à la retraite, elle virait déroute.
Depuis deux ans, le patron, toutes catégories confondues, est la cible de la vindicte populaire et, par ricochet, politique.
En France, un certain nombre de petits ou moyens patrons se sont vu inviter par leurs employés, quelque peu irrités par la perspective d'un licenciement sec en période de vaches maigres, à tester un nouveau type d'heures sup. Plusieurs d'entre eux ont ainsi goûté - et goûtaient il y a une semaine encore - aux joies de ces veillées à la lueur froide et bleutée d'un écran d'ordinateur figé sur l'image d'un compte dans le rouge. De longues nuits passées sous la garde très rapprochée de salariés exhalant le parfum des pneus brûlés quelques heures plus tôt et expliquant à leur patron que le divorce n'est pas la solution et qu'il faut continuer de croire en l'avenir de leur relation.
La séquestration de patrons s'ajoutant à la longue liste des sports français section conflit social, il n'est pas improbable que certains chefs d'entreprises en crise ajoutent, à côté des dossiers rangés dans leur petite mallette de cuir pleine fleur, une paire de chaussettes propres, un jambon beurre et une fillette de Graves. On n'est jamais trop prudent.
Dans la catégorie des poids lourds, l'on trouve le grand patron, d'une grande banque de préférence. Le syndicat des contribuables renfloueurs de banques peinant à voir le jour, le patron à tendance flambeur et spéculateur a échappé à la séquestration. Il n'a toutefois pu éviter l'opprobre. Aujourd'hui, un Jacques Mesrine ferait figure d'enfant de chœur au niveau de la réputation et de la popularité, à côté d'un parrain de la finance internationale.
Le problème avec l'exécration publique, c'est qu'elle colle à sa cible, et dégorge sur d'autres. Or, entre les grands patrons et les responsables politiques, la frontière est poreuse. Les politiciens le savent bien qui, à tout prendre, préfèrent jeter la première pierre que recevoir le camouflet.
Sous pression étatique, les grands barons de la finance se sont donc vu contraints de faire repentance. Mais faire acte de contrition, tel un patron nippon ayant rappelé la moitié de sa production automobile, ne suffisait pas. La foule voulait que ça fasse mal. Il fut fortement suggéré aux banquiers de lâcher le bonus. Certains banquiers ont bien tenté d'esquiver ce coup visant leur bourse. La plupart n'ont pu l'éviter. Deux de ses homologues, confits de componction, ayant renoncé à leur bonus, le patron du Lloyds Banking Group (LBG) a dû se résoudre, la semaine dernière à la City, à faire un trait sur ses 2,6 millions d'euros.
Conscients, selon la formule chiraquienne, que « les emmerdes volent toujours en escadrille », les patrons se préparent désormais à tout, et surtout au pire. Ainsi, le Figaro révélait récemment que la toute dernière activité en vogue à Paris, pour les patrons et cadres d'entreprise, est la participation à des stages de formation à la GAV (garde à vue pour les bleus). À l'issue du stage, les participants repartent avec une petite carte couverte, recto verso, de conseils es-GAV : « Ne répondez qu'à la question posée », « Vous avez le droit de ne pas savoir », « Vous avez le droit de ne plus vous souvenir » ou encore « Ne vous laissez pas impressionner par vos interlocuteurs ». Au cours des sessions, on leur aura également conseillés d'« intégrer la dimension spatio-temporelle dans laquelle (ils sont) », à savoir que la GAV ne dure que 24 ou 48 heures. Et donc que le cauchemar prendra fin.
Les temps sont durs pour les patrons. Pour les autres aussi. Mais les autres sont habitués. Le patron, un peu moins. Il n'y a pas si longtemps, le patron, pourvu qu'il soit grand, observait, tranquille, du haut de son paquet de stock-options, l'horizon dégagé de son avenir radieux. Son avenir, le patron le voyait glisser au gré des vents gonflant son parachute doré, avant de se poser, serein, sous la protection rassurante d'une vaste retraite-chapeau.Puis la crise est arrivée. Les stock-options ont fondu comme la neige sous un soleil convaincu du réchauffement climatique, alors que le parachute partait en torche. Quant à la retraite, elle virait déroute.Depuis deux ans, le patron, toutes catégories confondues, est la cible de la vindicte populaire et, par ricochet,...
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