Rappelons que le mazout rouge est largement utilisé pour le chauffage par les habitants des zones montagneuses et de la Békaa. Il est également utilisé comme combustible par de très nombreuses petites entreprises artisanales ou industrielles, notamment les boulangeries.
Ainsi, pour alléger la facture énergétique des ménages, le gouvernement subventionne régulièrement le prix du mazout rouge à chaque saison hivernale. Le coût de cette subvention pour le Trésor varie en fonction des cours mondiaux du brut, mais se situe autour d'une quarantaine de milliards de livres.
Cependant, l'efficacité de ce mécanisme reste limitée, voire pratiquement nulle. En effet, à chaque réactivation de la subvention au début de l'hiver, de nombreux commerçants, distributeurs et entreprises se mettent à acquérir massivement le mazout rouge subventionné et à le stocker, causant par là une pénurie sévère dont souffrent les consommateurs individuels. Ceux qui se livrent à ce genre de pratiques cherchent habituellement soit à revendre plus cher le mazout acquis à des prix bas grâce à la subvention sur le marché noir ou pendant les périodes de suspension de la subvention, soit à le stocker pour pouvoir l'utiliser à d'autres fins que le chauffage, en dehors des saisons hivernales.
Face à cette réalité, le Conseil des ministres a adopté la proposition du ministre Bassil pour suspendre la subvention du mazout rouge. Le gouvernement n'a toutefois pas précisé si les fonds habituellement alloués à ce mécanisme seront utilisés pour financer d'autres formes de soutien aux ménages défavorisés.
Les protestations syndicales
En tout état de cause, la décision gouvernementale a suscité l'ire de l'Union des syndicats des travailleurs et des salariés du Liban. En effet, cette organisation a publié un communiqué invitant le gouvernement à « revenir sans délais sur sa décision ». Elle a également dénoncé « une politique visant à submerger le citoyen de charges et d'impôts ».
De son côté, le président de la Confédération générale du travail (CGTL), Ghassan Ghosn, a déploré une solution « prise au détriment des intérêts de la population ». « Nous avons été les premiers à avertir que la subvention des combustibles profitera davantage aux mafias qu'aux ménages défavorisés, a-t-il ajouté. Nous avons donc appelé le gouvernement à mettre en place un mécanisme de contrôle et de surveillance. Mais les autorités ne se sont rendu compte de l'ampleur du problème que tardivement et ont pris une décision qui profite au Trésor et nuit aux consommateurs. »
Et Ghassan Ghson d'avertir que la CGTL pourrait appeler à la mobilisation dans la rue bientôt « si le gouvernement adopte le projet de budget 2010 dans sa mouture actuelle ».

