L'important, dit-il, est de ne pas remettre en cause les acquis en termes de coexistence qui se sont accumulés petit à petit au lendemain de la mise en place du gouvernement d'union nationale.
Tout en affirmant que les discussions au sein du gouvernement actuel « sont d'un très haut niveau, et se tiennent souvent loin des calculs politiciens », le ministre relève qu'il y a actuellement « un souffle réformateur qui prime au sein de l'Exécutif ».
Cela signifie, ajoute-il, que les tranchées qui existaient auparavant n'ont plus lieu, les alliances étant désormais renversées selon les dossiers en cours, et les alliés d'hier peuvent bien s'opposer sur un dossier précis, dit-il, dans une allusion à peine voilée sur la position négative du CPL concernant l'abaissement de l'âge de vote à 18 ans. Égrenant une par une les réformes principales dont la mise en application pourrait à l'avenir justifier un ajournement des municipales, le ministre rappelle pour commencer que le parti de Dieu avait été parmi les premiers à proposer l'abaissement de l'âge de vote. Sur ce point, l'on comprend toutefois mal comment le Hezbollah n'a pas pu dissuader son allié chrétien, Michel Aoun, de s'abstenir lors du vote au Parlement relatif à cette réforme.
M. Fneich use d'un détour pour répondre à cette interrogation. « Les arguments avancés contre le vote des 18 ans relèvent beaucoup plus de la volonté de ranimer de veilles craintes confessionnelles que d'une argumentation rationnelle, d'autant que la parité est désormais un principe constitutionnel inébranlable ». « Par conséquent, je ne comprends vraiment pas pourquoi certaines parties s'opposent à cette réforme », insiste le ministre. Ce dernier tente mollement toutefois de justifier la position du CPL, rappelant que ce dernier n'est pas contre les réformes, mais qu'il lie tout simplement l'abaissement de l'âge de vote au vote des Libanais résidant à l'étranger.
Comment explique-t-il donc cette position sachant qu'elle provient d'un parti réformiste et laïc par excellence ? « Dans la politique, des tactiques politiciennes sont souvent mises en œuvre lorsqu'une compétition a lieu avec une autre force politique dans une même région, d'où la nécessité de rectifier le tir selon les requis de la base », répond M. Fneich, en pesant chacun de ses mots. Et d'ajouter un peu loin de manière plus explicite cette fois-ci : « Au Liban, les réformes servent souvent de slogan politique. Certains en sont réellement convaincus, et joignent l'acte à la parole. D'autres prennent le train en marche sans être pour autant sérieux quant à leurs intentions. Une fois face à l'échéance, le pays redevient malheureusement l'otage du confessionnalisme qui est d'autant plus exacerbé lorsqu'il est exprimé par une personnalité religieuse », dit-il.
Revenant sur la question de la participation au vote des Libanais résidant à l'étranger, le ministre affirme que cette question ne pose aucun problème puisque « il s'agit d'un droit constitutionnel inaliénable ». « Ce qui manque, c'est la mise en place du mécanisme », dit-il, affirmant ne pas savoir exactement pourquoi ce dossier est resté bloqué au ministère des Affaires étrangères.
La proportionnelle
Évoquant le principe de la proportionnelle, le ministre défend la formule « simplifiée » qui a été adoptée. Rappelant le principe selon lequel « plus la circonscription est petite plus la proportionnelle se rapproche du système majoritaire », M. Fneich fait remarquer que le Hezbollah n'avait aucune objection à appliquer la proportionnelle à l'ensemble des municipalités, une manière indirecte de ménager la position du Courant du futur sur ce point. Il affirme d'ailleurs que le parti chiite a préféré cette formule à l'abandon total du mode proportionnel, et, par conséquent, à un retour au système majoritaire.
Expliquant les modalités d'application de cette proportionnelle notamment dans les petites municipalités, le ministre rappelle que la liste qui obtient le plus de voix mais sans parvenir à dépasser les 50 % est celle qui peut briguer 51 % des sièges en plus de celui du président et du vice-président.
« Ainsi, dit-il, nous serons à nouveau proches du système majoritaire, puisque les coalitions en présence auront tout intérêt à former des listes harmonieuses avec plus des deux tiers des voix, pour pouvoir obtenir le plus grand nombre de sièges et relever les défis de la compétition. »
L'ordre des candidats est préétabli, car, dit-il, avec ce système, « on ne vote pas pour des personnes, des clans ou des familles politiques, mais pour des coalitions et pour des listes qui ont un programme bien défini ». La mise en application de la proportionnelle est-elle donc suffisante pour justifier un report des élections ? Si l'on met de côté les considérations politiciennes, il faudra prendre en compte le fait que les partis politiques doivent préparer leur machine électorale et former ceux qui y travaillent. Il en va de même pour les indépendants, dit-il. En outre, le ministère de l'Intérieur a également besoin d'entraîner ceux qui sont chargés de superviser les élections, notamment les chefs des bureaux électoraux, les employés, les auxiliaires, les comités de dépouillement, etc... Sans oublier le fait que le texte de loi, une fois avalisé en Conseil des ministres, doit passer par les commissions parlementaires pour être examiné et discuté. Bref, autant de mesures qui ne manqueront pas de consommer tout le temps qui reste avant la convocation du collège électoral.
« Le problème, conclut M. Fneich, est que les lois électorales doivent être préparées longtemps à l'avance et suffisamment discutées, et non pas à la dernière minute. »

