C'était le temps d'avant. D'avant l'invasion des caméras de surveillance, d'avant l'ère légèrement angoissante du « ique », biométrique, numérique, tout-électronique.
Aujourd'hui, non seulement l'espion doit éliminer sa cible - ce qui fut fait à Dubaï - et éliminer les traces physiques de son intervention, mais il doit également effacer ses traces numériques. Visiblement, ça faisait beaucoup pour le commando de Dubaï, même s'il relèverait, comme le soupçonne « à 99 % » la police dubaïote, du Mossad, l'un des services considéré comme le meilleur au monde dans le domaine.
À Dubaï, si Mabhouh a bel et bien été neutralisé, l'on constate tout de même une accumulation de boulettes qui, à l'ère des enregistrements en tout genre, sont difficilement dissimulables.
Éliminer un cadre du Hamas aux Émirats, l'un des rares pays arabes avec lequel Israël n'a pas trop maille à partir, n'est déjà pas très malin. Couvrir les agents avec des passeports européens est quelque peu limite. Mais griller l'identité de ressortissants israéliens est carrément sot. « Un barbu, c'est un barbu... Trois barbus, c'est des barbouzes ! » disait Francis Lagneau, alias Lino Ventura, dans Les Barbouzes. Une boulette, c'est une boulette... Trois boulettes, c'est une bévue, pourrait-on dire dans le cas du Dubaïgate.
Bévue d'autant plus remarquable qu'elle a un air de déjà-vu si la responsabilité du Mossad est confirmée. En 1997, les agents israéliens menaient déjà une opération en pays arabe plus ou moins ami. En Jordanie, ils avaient, aussi, pour mission d'éliminer un cadre du Hamas en la personne de Khaled Mechaal. Après avoir injecté du poison dans l'oreille du barbu, les deux tueurs, détenteurs de passeports canadiens (déjà cette tendance à jouer global), s'étaient fait attraper par les gardes du corps de Mechaal. Résultat, le Canada s'insurgeait, alors que le roi Hussein, qui trois ans plus tôt avait signé un accord de paix avec Rabin, rageait, menaçait, exigeait et obtenait l'antidote et la libération de cheikh Yassine. En 1997, comme aujourd'hui, Netanyahu était Premier ministre.
Cette fois-ci, les boulettes du Dubaïgate sont d'autant plus graves qu'elles ont jeté des hommes de l'ombre sous le feu des projecteurs. Une palanquée d'agents recherchés par Interpol et dont la binette s'étale à la une de la presse à travers le monde, ça sent, au mieux, la préretraite.
Et c'est là que le bât blesse. Car la question d'une revalorisation des retraites des fonctionnaires du Mossad et du Shin Beth était précisément à l'ordre du jour de la Knesset il n'y a pas une semaine. Autant dire que pour le bonus, il va falloir être patient.


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