Le but des manœuvres était d’étudier les effets physiologiques et psychologiques de l’arme atomique sur l’homme, afin d’obtenir les éléments nécessaires à la préparation physique et à la formation morale du combattant moderne. Photo AFP
Ces manœuvres devaient également permettre de « fixer les possibilités de franchissement de la zone des retombées » ainsi que de « réaliser un programme d'instruction sur les mesures pratiques à prendre par les combattants pour se mettre en garde, se protéger et se décontaminer », ajoute le texte. Équipés de bottes, pèlerines, gants et masques de combat, une trentaine d'hommes ont disposé de 45 minutes pour creuser des trous individuels à 800 mètres du point zéro. Après l'explosion, « les résultats constatés étaient les suivants », précise le rapport : « absence de brûlures apparentes, effets mécaniques pratiquement nuls (légère projection de sable), mesure de radioactivité relevée sur les mannequins ». « Il semblait d'après ces résultats qu'à 800 mètres du point zéro et en dehors de la zone de retombées, le combattant aurait été physiquement apte à continuer le combat », ajoute le texte. Mais il reconnaît que « dans l'offensive, si l'infanterie était appelée à combattre en zone contaminée (...), les vêtements spéciaux ne lui conféreraient qu'une protection relative et il faudrait réduire la durée du séjour des unités dans une telle zone ».
Intitulé « La genèse de l'organisation et les expérimentations au Sahara », ce texte a été rédigé par des officiers français certainement en 1998, donc après la fin en 1996 des essais nucléaires que la France poursuivait en Polynésie. Il fait référence notamment au dernier tir atmosphérique dans le Sahara algérien, baptisé « Gerboise verte », le 25 avril 1961, alors que l'Algérie était une colonie française. Peu après ce tir, deux manœuvres ont été organisées pour envoyer des hommes en zone contaminée.
Interrogé hier par l'AFP, le ministre de la Défense Hervé Morin a assuré que « toute la transparence sera faite » sur le niveau d'exposition aux radiations lors de chaque essai nucléaire réalisé par la France. M. Morin a affirmé qu'une « synthèse de ce rapport avait été faite en janvier 2007 par le ministère de la Défense », qui relatait « les expérimentations tactiques durant les opérations Gerboise verte et Gerboise rose », du nom de code des tirs entrepris il y a cinquante ans. Il a rappelé qu'une loi d'indemnisation des victimes des essais, instaurant « une présomption de cause », avait été adoptée en 2009, ajoutant avoir demandé « une étude complémentaire sur chaque tir et le niveau d'exposition ». « Les conclusions seront publiques », a-t-il affirmé.
La France a procédé à 210 tirs depuis le premier au Sahara en 1960 jusqu'à l'ultime expérimentation de 1996 en Polynésie française. Des milliers de vétérans des essais nucléaires, persuadés d'avoir été contaminés par la radioactivité, se battent pour la reconnaissance de leur préjudice. L'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) a récolté une multitude de témoignages auprès des 4 500 adhérents qu'elle revendique, tous ceux qui ont participé, eux ou leur conjoint, aux essais nucléaires français. Tous les essais ne se sont pas déroulés dans les mêmes conditions, mais selon une étude de l'association fondée en 2001 par un vétéran chercheur à l'Inserm, décédé depuis, les vétérans ont notamment deux fois plus de cancers que les Français de plus de 65 ans. L'étude se base sur 1 800 réponses à un questionnaire. L'association note aussi une mortalité infantile trois fois supérieure à la moyenne chez les descendants de ces vétérans qui ont le sentiment d'avoir été pris pour des « kleenex », des « cobayes ». Ils sont peu nombreux à avoir obtenu gain de cause en justice : jusqu'à présent l'État a demandé des preuves de la contamination, que les vétérans disent souvent ne pas pouvoir obtenir à cause du « secret défense » ou de l'absence de données, et du lien de causalité entre la maladie et l'exposition.

