Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

« Agora » : fissure dans la censure

Claudia Richa HADDAD
J'ai vu Agora de Alejandro Amenabar et je veux en parler!
On est en Alexandrie du IVe siècle.  
Le cadre, le décor, la reconstitution de l'Alexandrie avec sa librairie, ses rues et ses phares est vraiment digne d'appréciation surtout quand j'ai su plus tard que cette reconstitution a coûté la modeste somme de cinquante mille euros. Bravo pour Amenabar !
Dans ce film, on découvre des chrétiens coléreux, haineux et destructeurs qui s'attaquent à tous ceux qui sont différents, y compris les sciences et la culture.
Oui, des actes semblables se seraient réellement passés. Cependant, cette offensive ne peut pas être née du néant comme le film le présente. On ne retrace pas l'origine de cette violence dans les événements passés.
Oui, des actes semblables se seraient réellement passés. Mais les événements ne sont pas placés dans leur contexte historique, social et humain. Le film ne fait pas mention du fait que le christianisme a gagné du terrain parmi les persécutés et les oppressés, pauvres et esclaves qui ont subi des injustices perpétuelles de la part de leurs concitoyens païens et juifs dans les années ayant précédé cette époque.
À certains moments, il semble que le film soit une fiction pour enfants où les personnages sont classés absolument bons ou absolument méchants. La ségrégation est tellement flagrante qu'on n'arrive plus à croire que ce qui se passe est vrai. Les chrétiens sont tellement stéréotypés par la violence et le mal injustifiés, alors que les autres sont classés victimes innocentes. Une seule figure chrétienne sort de ce tableau sanglant : l'évêque Synésios de Cyrène qui présente un visage terne et fade, et ne réussit pas à s'imposer et à impressionner par sa bonté.
Nous sommes tous conscients que, à travers l'histoire, il y a eu des excès incontrôlés de la part d'hommes d'Église.  Mais de là à peindre toute une population comme criminelle et sanguinaire, il y a un pas gigantesque. De plus, il s'agit de faire hommage au cerveau critique du public en mettant ces excès dans leur véritable contexte.
Et au milieu de ce tableau noir, émerge Hypathie, la philosophe qui ne voulait se soumettre à aucun homme et à aucun dieu. C'est l'héroïne sublime, incarnée par la beauté pure et simple de Rachel Weicz, qui prône le pouvoir de la science contre la religion. En fait c'est sa mort qui marque la fin, suscitant une indignation par sa brutalité.
Certainement, le réalisateur et les producteurs du film avaient leurs raisons pour faire circuler un certain message. De plus, ils ont leur propre motivation pour éclairer des hypothèses tout en obscurcissant d'autres, surtout en ce qui concerne la destruction de la librairie d'Alexandrie, attribuée aux chrétiens dans Agoral, alors que deux autres possibilités sont avancées par les historiens.
Au Moyen-Orient, nous avons l'habitude de lancer des accusations gratuites. Je pourrais dresser une liste des ennemis de l'Église et commencer à les accuser mais tel n'est pas l'objet de mon intérêt.
En fait, ma principale préoccupation est de comprendre comment, dans une région aussi perturbée par les conflits interreligieux et dont la stabilité est aussi vulnérable, ce film réussit à se faufiler à travers le tamis de la censure.  Une censure qui, me semble-t-il, est à double tranchant, sauf qu'un tranchant est plus tranchant que l'autre, dépendamment de la direction visée par l'œuvre.
En sortant du film, j'ai remercié Dieu parce que je sortais d'une salle de cinéma au Liban et non dans un autre pays avoisinant, où la moindre allusion des médias peut susciter des vagues de violence.  
Je n'ai pas pu empêcher mes pensées de s'envoler vers des frères à moi en Irak et en Égypte présentement persécutés et opprimés, ne pouvant vivre que dans l'ombre.
J'ai prié Dieu que la censure chez eux soit plus alerte et plus sensible que celle chez nous.  
Histoire de troquer la liberté pour la sécurité.

Claudia Richa HADDAD
J'ai vu Agora de Alejandro Amenabar et je veux en parler!On est en Alexandrie du IVe siècle.  Le cadre, le décor, la reconstitution de l'Alexandrie avec sa librairie, ses rues et ses phares est vraiment digne d'appréciation surtout quand j'ai su plus tard que cette reconstitution a coûté la modeste somme de cinquante mille euros. Bravo pour Amenabar !Dans ce film, on découvre des chrétiens coléreux, haineux et destructeurs qui s'attaquent à tous ceux qui sont différents, y compris les sciences et la culture. Oui, des actes semblables se seraient réellement passés. Cependant, cette offensive ne peut pas être née du néant comme le film le présente. On ne retrace pas l'origine de cette violence dans les événements...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut