Cependant aujourd'hui, la communauté de sort se reflète dans les menaces israéliennes distribuées désormais à égalité entre le Liban et la Syrie. Il faut donc que ces deux pays discutent de ce qu'il faudrait faire. Soit aller ensemble, éventuellement, à la guerre. Soit négocier de concert, ou séparément. Le président Nabih Berry ne cesse de défendre le jumelage. Et il a théoriquement raison. Car le pacte de Taëf édicte que ce qui frappe le Liban affecte la Syrie, et inversement, et que de ce fait leur sécurité est associée. Un principe confirmé dans le traité dit de fraternité, mais jamais respecté en réalité.
Comment tenter de lui donner corps ? Par un sommet bilatéral consacré au dossier ? Par la reprise des réunions de ce Conseil supérieur mixte que Damas refuse d'enterrer malgré l'établissement de relations diplomatiques ? Par une résolution du Conseil des ministres libanais, ou par une recommandation de la table du dialogue national ?
Ce sujet, comme tant d'autres, donne lieu à des différends sur le plan local. Certains estiment que les deux volets, libanais et syrien, ne peuvent être liés, du moment qu'ils relèvent de deux résolutions onusiennes de nature différente. En effet, la 425 concernant le Liban ordonne un retrait israélien immédiat et inconditionnel du territoire libanais envahi en 1978. Tandis que la 242, relative au Golan, prévoit un retour à la normale, au statu quo ante frontalier, à travers des négociations. D'autres pensent que, dans le fond, le Liban ne peut se dissocier de la Syrie face à Israël, car son problème propre relève directement dans ce domaine du conflit israélo-arabe. De plus, quand Israël a envahi par deux fois le Liban, il a considéré, avec le soutien des États-Unis, que ce contentieux ne peut être réglé que dans le cadre d'une solution régionale globale. En précisant, au départ, que le Liban devait dénoncer la convention du Caire conclue en 1969 avec les Palestiniens sous l'égide de Nasser.
Cependant, le Liban officiel n'a jamais accepté que la libération de son territoire soit hypothéquée par un arrangement régional d'ensemble. Cette position nette, il l'avait notifiée à la conférence de Madrid dans un mémoire circonstancié. Il reste que l'on n'en a pas tenu compte. D'une part, parce que cela n'arrangeait ni Israël ni nombre de pays arabes, et, d'autre part, parce que les officiels américains, principaux arbitres virtuels, ont toujours martelé que « le retrait israélien de tous les territoires arabes occupés dépend d'un accord de paix régional global, avec ce que cela implique comme garanties ».
On note enfin, et sans doute surtout, cette récente proclamation du président syrien, Bachar el-Assad : « Le Liban est une partie de la négociation (qu'Israël doit engager) avec la Syrie. » Une partie de la négociation sans en faire partie, comment est-ce possible ? Du moment que la Syrie n'exige pas d'associer le Liban à ses pourparlers, directs ou indirects, il n'y a qu'une réponse à cette interrogation : le retour à la tutelle. Dans ce sens qu'elle négocierait avec Israël notre Chebaa autant que son Golan, pour nous notifier ensuite le résultat...

