Cette attitude s'explique par le fait que « Timochenko est une révolutionnaire plus qu'une démocrate », commente le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. Elle fut une figure centrale sur les barricades de la révolution orange, vaste soulèvement populaire fin 2004 qui avait conduit à l'invalidation pour fraudes de la victoire de Viktor Ianoukovitch au profit de l'actuel président Viktor Iouchtchenko. Et elle continue sur sa lancée, estime le politologue qui décèle aussi dans cette attitude un comportement tactique en vue de prochaines élections. « Elle choisit la logique de l'héroïne du film de Quentin Tarantino Kill Bill qui doit mener sa vengeance envers et contre tout », écrit de son côté Sergui Lechtchenko, chroniqueur du quotidien Ukraïnska Pravda. « En Europe, reconnaître la victoire de l'adversaire relève d'un comportement civilisé. Pour Timochenko, légitimer Ianoukovitch c'est faire preuve de faiblesse aux yeux de ses électeurs », poursuit-il. Elle a répété tout au long de sa campagne qu'elle ne pouvait pas perdre et qu'aucun « plan B » n'était envisagé. « Cela fait longtemps que Timochenko n'a pas perdu. Elle est sous le choc », juge une autre politologue, Kost Bondarenko. Les électeurs qui l'ont prise au mot le sont aussi, et elle entend leur proposer une « psychothérapie ». « Sa tâche est d'approfondir le traumatisme psychologique de ses électeurs suite à la "victoire perdue". On peut bâtir là-dessus une stratégie de revanche. Rien n'unit plus les gens qu'un malheur commun. Il va s'appeler "la défaite de Ioulia" », ironise M. Lechtchenko.
Dans un premier temps, « elle va taper sur les nerfs de Ianoukovitch et l'empêcher de jouir de sa victoire », en tentant de faire traîner son intronisation, affirme Dmytro Vydrine, politologue et son ancien conseiller. Elle ne peut non plus « laisser ses alliés se relâcher. Si elle dit qu'elle a perdu, certains peuvent rallier le camp adverse », poursuit M. Vydrine. Des médias ukrainiens ont fait état de consultations entre certains de ses députés et le camp de M. Ianoukovitch.
Cette tactique risque cependant de gâcher son image en Occident où elle est considérée comme plus pro-européenne que son rival, mettent en garde les analystes. « En Occident, un tel comportement aurait déplu, mais nous avons une autre culture politique. Timochenko clame à Bruxelles que l'Ukraine est un pays européen, mais à la maison elle se comporte de façon byzantine », souligne M. Vydrine.


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