Du côté du 14 Mars, on tient donc à relever que, nonobstant les vicissitudes, les dérives ou les défections découlant de l'actualité, ou du 7 mai, la révolution du Cèdre reste à flot. Et maintient ses mécanismes d'action, ou de réaction, dont le secrétariat général du 14 Mars, à travers l'unité de fond du mouvement, autour des principes nationaux. Donc de l'indépendance, de la souveraineté, de l'intégrité territoriale d'un Liban, seul maître des armes, comme des libertés publiques et de la démocratie parlementaire. Matrice constitutionnelle d'un partenariat islamo-chrétien positif.
Pour ces sources loyalistes, il subsiste un élément essentiel : les masses indépendantistes d'il y a cinq ans continuent de s'accrocher à l'idéal de la révolution du Cèdre, malgré les écarts de groupes politiques ou de particuliers. Et malgré les coups reçus à l'intérieur, ou du fait de machinations extérieures visant à provoquer de dangereuses dissensions confessionnelles.
Dès lors, indiquent ces pôles, la célébration de cette année est placée sous la devise « Nous continuons. » Sur la voie tracée par la révolution du Cèdre, pour la réalisation de son projet, face au plan d'addiction au poison de l'asservissement, camouflé ou pas. C'est donc, selon eux, la lutte pour l'État de droit et d'indépendance qui continue. Un objectif dont ils reconnaissent de suite la difficulté, étant donné la puissance, et l'efficacité, du cheval de Troie implanté par les parties étrangères hostiles à un Liban libre et souverain. Ils rappellent, assez habilement en l'occurrence, que dans son récent entretien avec le Safir, Walid Joumblatt reproche aux Libanais d'introduire eux-mêmes les Syriens, qui s'en frottent les mains, dans la bergerie politique locale en crise.
Cela étant, des sources ministérielles tiennent à mettre les points sur les i. En se rendant à Damas, ce n'est pas de complaisance que Saad Hariri a fait montre. Mais d'un souci d'homme d'État de remettre les pendules à l'heure. D'établir, justement, des relations d'État à État, et d'égal à égal, expurgées, assainies, véritablement fraternelles. À travers les institutions, donc sans plus d'interventions via des groupements politiques ou des personnalités diverses.
Les pôles du 14 Mars n'oublient pas la dimension socio-politique. Pour eux, il s'agit de marteler, au cours du meeting du 14 février, que l'État doit toujours prendre soin de traiter ses ressortissants à pied d'égalité, de ne favoriser ou, au contraire, de discriminer personne. Ni en justice, évidemment, ni dans la répartition des ressources ou des projets. De mettre donc un terme à de flagrants, de scandaleux, privilèges ou, inversement, à de criantes injustices. Et de toujours protéger les faibles. Tout en répandant une culture civique, un sens de la loyauté à l'État qui seuls peuvent, en définitive, assurer la pérennité du Liban. Ce qui signifie, selon ces sources, qu'il ne faudra plus tourner le dos à Taëf et à la Constitution comme on l'a fait à Doha. Dont le résultat revient à promouvoir une sorte de fédéralisme communautaire, avec droit de veto paralysant pour les trois communautés principales. En d'autres termes, concluent-ils, la démocratie dite consensuelle adoptée actuellement institue le partage à trois, avec tiers de blocage au lieu du simple binôme islamo-chrétien, fondement même du Liban.
Quoi qu'il en soit, le 14 Mars, qui a pâti de la sortie de Walid Joumblatt comme de l'ancien député Nassib Lahoud, ou des réserves des Kataëb par rapport au secrétariat général, entend faire fortement acte de présence le 14.

