La Kadisha, où les maronites, persécutés, ont trouvé refuge à partir du Xe siècle, fuyant leurs lieux d’origine de la vallée de l’Oronte.
L'Église maronite, c'est bien cela ! C'est l'Église de l'espérance : une Église antiochienne, syriaque, qui possède sa tradition liturgique propre, une Église chalcédonienne, une Église patriarcale qui possède un cachet monastique et érémitique, une Église en communion totale avec le siège apostolique romain, une Église incarnée dans son milieu libanais, dans le Machrek et dans les pays d'émigration, tels que la définissent les textes du synode patriarcal maronite. C'est l'identité ancrée dans l'Orient, ouverte sur l'Occident et présente dans le monde entier.
Dès le VIIIe siècle, les maronites se sont imposés comme une communauté ecclésiale indépendante, à côté d'autres Églises présentes au sein du siège antiochien. Cette communauté devait interagir avec son milieu, au long des siècles, par une présence chrétienne axée sur le témoignage, la mission et le service. Après l'installation de la communauté ecclésiale dans le Mont-Liban aux VIIIe et IXe siècles, ce fut l'apparition de la communauté des fidèles, ou encore du peuple maronite rassemblé autour de son Église, de son patriarche, de ses évêques, ainsi que des couvents qui contribuèrent, trois siècles durant, à répandre la présence des maronites dans l'ensemble du Mont-Liban et ses environs, à travers un mouvement d'expansion démographique, social et pédagogique.
La phase historique qui se rapproche le plus de l'époque contemporaine commence au temps de l'Empire ottoman, précisément avec les émirats des Maan et des Chéhab. Les premiers contours du noyau de la société politique du Liban contemporain s'y dessinent. Depuis le XVIIe siècle, les maronites sont en effet impliqués dans un mouvement permanent et croissant d'engagement dans les affaires politiques, économiques, sociales et pédagogiques, un mouvement marqué non seulement par le rôle prééminent qu'ils occupent, mais aussi par la création de liens significatifs aussi bien sur les plans interne qu'externe.
Si donc les maronites ont été, à l'apparition de leur Église, une communauté conventuelle, ou encore « une paroisse patriarcale », et plus tard une communauté ecclésiale en communion avec le siège apostolique, au XIXe siècle et au début du XXe, ils s'identifient comme communauté politique dotée d'un projet. Ce projet s'est traduit par la demande de création de l'État du Grand Liban, à l'exemple d'autres communautés qui ont su parler la langue politique du siècle lors de l'effondrement de l'Empire ottoman et l'apparition de nouvelles entités identifiées comme États-nations, dans la diversité des contenus et des données historiques et politiques de ces entités.
La présence maronite, avant et après la création de l'État, s'est traduite de diverses façons. Citons-en quelques-unes :
Premièrement, les maronites, ou plus précisément l'Église maronite, s'est engagée dans la voie de la modernité trois siècles avant l'apparition de l'État. Les éléments les plus significatifs de ce parcours de renouveau furent la création de l'École maronite à Rome, en 1584. Ses savants se sont illustrés dans cette ville et dans d'autres universités européennes, et furent à l'origine d'un mouvement de réforme global de l'Église maronite, dont le grand acte fut le Concile libanais de 1736, qui instaura l'instruction obligatoire des garçons et des filles.
Deuxièmement, c'est l'instauration du régime de la moutassarrifiya, qui a posé les premiers fondements du système politique de l'État du Grand Liban ; c'est lui qui a introduit le principe de l'élection au Mont-Liban, région qui a joui d'une autonomie au sein de l'Empire ottoman et de la reconnaissance des grandes puissances.
Troisièmement, les maronites sont à l'origine d'initiatives qui formèrent des étapes cruciales de l'histoire du Liban contemporain. Citons la création de l'État en 1920, la réalisation de l'indépendance, en concomitance avec le pacte national en 1943, le rétablissement de l'unité au Liban après les incidents de 1958, la contribution à l'instauration d'un régime politique et économique libéral, ouvert et démocratique, par lequel le pays se distingue par rapport aux régimes autocratiques de l'environnement arabe.
Les défis auxquels ont fait face les maronites durant leur parcours historique, religieux, politique et social sont nombreux. Mais ce sont les défis de l'époque contemporaine, fondamentalement liés à l'apparition de l'État, qui ont surtout marqué l'histoire des maronites, que ce soit au Liban ou dans les pays d'émigration.
L'expérience la plus déterminante des maronites à l'époque contemporaine a trait au rôle qu'ils ont joué dans l'instauration de l'État, avec ses succès et ses échecs, jusqu'à l'éclatement de la guerre au milieu des années 1970. Ce rôle s'est traduit par la présence active des maronites dans leur milieu social et politique immédiat, ainsi que dans le cercle plus large du milieu national et hors des frontières de l'État.
Il existe aussi d'autres défis auxquels les maronites et les chrétiens du Liban doivent faire face : il s'agit de leur recul démographique, de l'émigration et de l'exode forcé durant les années de guerre. Dans la période d'après-guerre, un défi supplémentaire leur fut lancé : ils furent pris pour cible politiquement et démographiquement, dans une tentative de marginaliser le rôle national des chrétiens. Aujourd'hui, le défi est de trouver les moyens de dépasser les séquelles des guerres internes et externes, ainsi que celles qu'a laissées la tutelle, sans compter la nécessité de réagir intelligemment aux changements qui se sont produits à l'intérieur de la société libanaise et dans son environnement régional.
Le destin commun qui unit les fils d'une même patrie commande qu'ils se solidarisent pour défendre la liberté, qui est au cœur de la convivialité dans un État souverain et indépendant, et un régime démocratique. Les maronites et les chrétiens misent sur un système de valeurs qu'ils partageraient avec leurs compatriotes, pour le bien de l'homme au Liban, et pour faire face aux extrémismes divers. De ce fait, la présence active et libre des chrétiens du Liban, surtout sur le plan national, est la suprême garantie pour une convivialité libre, loin de tout ce qui ressemble à l'exclusion, à la marginalisation, ce qui équivaut à la dictature et à l'autodestruction.
Le pape Jean-Paul II a hissé le Liban au rang de modèle, en affirmant : « Le Liban est plus qu'un pays, c'est un message de liberté et un modèle de pluralisme pour l'Orient et l'Occident. » Sans la présence maronite et chrétienne, ce message ne s'accomplirait pas. Le pluralisme, en effet, est impossible sans la diversité dans la composition communautaire et religieuse du Liban, et la liberté est impossible sans participation active à la gestion des affaires communautaires et nationales. Le défi est dans la préservation de l'essence de ce message en paroles et en actes, dans la capacité de transformer un destin en un choix que nous maîtrisons par notre engagement sérieux envers les valeurs humaines que le Créateur nous a données.
Il reste que « les chrétiens en général, et les maronites en particulier, sont les fils de l'histoire, les fils d'une initiative divine de création et de salut. Leur espérance est ancrée dans cette économie divine dont la caractéristique est la fidélité de Dieu à ses promesses, qui se réalisent quels que soient les circonstances et les événements qui leurs sont contraires » (préambule du synode patriarcal maronite). Ces paroles se sont incarnées dans la vie de saint Maron. Soyons fidèles à son exemple.
(Texte traduit de l'arabe par Fady Noun)


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