Les inquiétudes entourant l'endettement et les déficits record de l'Espagne et du Portugal ont fait plonger jeudi et vendredi les marchés boursiers. Ceux-ci redoutent un scénario similaire à celui de la Grèce, pays plombé par une débâcle financière, née de sa dette publique colossale et placé depuis mercredi dernier sous la quasi-tutelle de l'Union européenne.
Après Athènes, Lisbonne a dénoncé à son tour des attaques spéculatives d'investisseurs au « comportement irrationnel ».
Plusieurs experts interrogés par l'AFP, confirment une large spéculation, œuvre en grande majorité des hedge funds, fonds de gestion spéculatifs. Ces spéculateurs parient sur la baisse du prix des obligations émises par le trésor grec, portugais ou espagnol. Ils se ruent ensuite sur les produits dérivés permettant de s'assurer contre le risque de défaut de paiement d'un État ou d'une entreprise, appelés Credit Default Swap (CDS).
« Dans le contexte actuel, les craintes de défaut de paiement de la dette de la Grèce ont augmenté. Elles sont probablement injustifiées, mais la panique n'obéit pas à des critères rationnels », explique à l'AFP Jean-François Jamet, économiste à la Fondation Robert Schuman et ex-consultant à la Banque mondiale.
Les investisseurs qui ont acheté des bons du trésor grecs veulent se prémunir contre un éventuel défaut de paiement en achetant pour se couvrir ces fameux CDS.
Résultat : « Si on est un spéculateur et qu'on veut gagner de l'argent, la première chose qu'on peut faire, c'est acheter des CDS pour les revendre plus cher ensuite, en faisant le pari que la valeur va augmenter », dit M. Jamet.
« C'est le nouvel angle d'attaque. Avant on spéculait sur les monnaies, mais ce n'est plus possible à cause de l'euro », renchérit Sébastien Korchia, gérant chez Meeschaert Asset Management.
« Le marché des CDS sur les emprunts grecs a explosé ces derniers jours », confirme sous le couvert de l'anonymat un gestionnaire d'obligations d'une grande banque française.
De fait, les taux d'intérêt des emprunts grecs montent pour attirer les prêteurs de moins en moins nombreux. « Or des coûts d'intérêt plus élevés, ce sont des difficultés en plus pour rembourser et donc des inquiétudes encore renforcées sur les marchés », dit M. Jamet.
« C'est le serpent qui se mord la queue. Le marché s'auto-inquiète », d'autant qu'il y a beaucoup de « suivisme » sur les marchés, dit aussi M. Korchia.
Selon lui, s'il y a aussi un effet de contagion au Portugal et à l'Espagne, c'est qu'il semble que « les intervenants cherchent à tester tous les pays qu'ils jugent "limites" au sein de la zone euro, soit en termes de déficit public soit en termes de niveau d'endettement », dit-il.
D'où également les attaques sur l'euro qui, pour l'instant, résiste, soulignent les experts, faisant valoir que la dette grecque ne représente qu'une infime partie du PIB de l'UE.
Personne ne croit vraiment à la banqueroute de la Grèce, mais « ce qui alimente la spéculation, c'est qu'on est dans le flou artistique le plus complet. On attend les déclarations de l'Union européenne et surtout, on attend de savoir comment elle va aider la Grèce, l'Espagne, le Portugal, voire l'Italie », souligne Alexander Law, de la société de gestion Xerfi.
« On sait qu'une aide du FMI impliquerait une purge drastique » et des mesures de rigueur qui risqueraient d'anéantir une timide reprise économique dans la zone euro, ajoute-t-il. L'engagement du FMI serait aussi interprété comme une défaite de l'Europe, font valoir ces experts.
Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE se retrouvent jeudi pour un sommet extraordinaire consacré notamment à la crise économique et financière en Europe.


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