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Culture - Correspondance

Laughlin Phillips, espion et patron des arts

Quand dans une famille américaine fortunée du début du siècle dernier l'un des fils est avant tout un amateur d'art, cela donne l'un des plus grands musées d'œuvres contemporaines.

Laughlin Phillips en 1975 devant la demeure-musée.

Inauguré en 1921, le musée Phillips Collection (créé par Duncan Phillips) est considéré comme le premier musée américain dédié à l'art moderne. Bien que beaucoup moins vaste que le Modern Art Museum de New York et la National Gallery of Art de Washington, il a acquis une grande réputation par la qualité exceptionnelle de ses peintures européennes et américaines datant des XIXe et XXe siècles. Depuis plus de trois décades, il était géré par Laughlin Phillips, fils de son fondateur. Rien d'inhabituel à ce genre de succession familiale, n'était-ce le fait que Laughlin (décédé la semaine dernière à l'âge de 85 ans) avait débuté sa carrière dans un domaine tout à fait différent: celui des
renseignements.
Laughlin Phillips est né dans une famille ayant fait fortune dans les affaires bancaires et l'industrie de l'acier. Son père, Duncan, avait préféré l'art aux finances. Après des études de lettres à l'Université de Yale, il devient, entre les années 1920 et 1960, critique d'art puis mécène et collectionneur. En 1916, il avait obtenu de son père une allocation annuelle de 10000 dollars afin de constituer une collection d'art. Ayant pu acquérir environ 2400 peintures et sculptures contemporaines, il décide d'ouvrir sa collection au public et transforme sa demeure washingtonienne en musée, dont la pièce d'orgue est le célébrissime Déjeuner des canotiers de Renoir. De cette œuvre, il avait dit: «C'est le seul Renoir dont j'ai besoin.»

De la CIA à Renoir, Picasso et Rothko
Tout un legs que n'embrassera pas de suite son fils Laughlin (né en 1924), qui commencera par voguer dans un autre monde. Après une année à l'Université de Yale, il s'enrôle dans les services de renseignements de l'armée durant la Seconde Guerre mondiale. Puis, retour à l'université, celle de Chicago cette fois. Après un master en philosophie, il passe à la CIA. Ses missions le conduisent notamment à Saigon et à Téhéran. Et lorsqu'il sort de l'ombre, il revient dans la capitale fédérale et fonde avec un ami la revue Washingtonienne. En 1979, il vend sa part dans cette publication et retourne au bercail pour se consacrer pleinement au destin du musée créé par son père. Il n'était pas particulièrement
qualifié pour cette fonction (qu'il qualifiait de «responsabilité familiale») et n'avait pas hérité de l'instinct de collectionneur et de connaisseur de son père. Néanmoins, grâce à ses qualités administratives, il est arrivé à tracer une nouvelle trajectoire pour une collection, à l'origine un plaisir d'esthète, afin d'en faire l'un des plus importants musées du pays.
 Il avait dit: «Mon père avait pensé qu'en ouvrant ses portes, le public allait accourir. Ce qui ne fut pas le cas.» Alors, tout en conservant l'esprit du lieu, il lui a donné une infrastructure de véritable institution: professionnalisation des cadres, nomination d'un conservateur, établissement d'un département de conservation, catalogage des œuvres (qui étaient dispersées ça et là), espaces de rangements (avec température et humidité adéquates), imposition d'un tarif d'entrée (permis aux seuls musées privés) et organisation de collectes de fonds. Une opération dont le coût s'est élevé à des millions de dollars.
«D'une demeure belle et attrayante, nous devions faire un lieu de mémoire universel», se plaisait à dire Laughlin Phillips. Une demeure où se côtoient notamment Picasso, Renoir, Bonnard, Matisse, Degas, Braque, Klee, Van Gogh, Daumier, Mondrian, Kandinsky, O'Keeffe, Lawrence, Rothko, Hoper, Avery, Prendergast, Holmer, Dove, Ryder.
Si l'espionnage est un métier de seigneur, il sied parfois aux patrons des arts.
Inauguré en 1921, le musée Phillips Collection (créé par Duncan Phillips) est considéré comme le premier musée américain dédié à l'art moderne. Bien que beaucoup moins vaste que le Modern Art Museum de New York et la National Gallery of Art de Washington, il a acquis une grande réputation par la qualité exceptionnelle de ses peintures européennes et américaines datant des XIXe et XXe siècles. Depuis plus de trois décades, il était géré par Laughlin Phillips, fils de son fondateur. Rien d'inhabituel à ce genre de succession familiale, n'était-ce le fait que Laughlin (décédé la semaine dernière à l'âge de 85 ans) avait débuté sa...
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