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Liban - En Toute Liberté

État-nation : le modèle libanais

D'une certaine façon, l'accord de Taëf n'a pas été forgé pour mettre fin à la guerre du Liban, mais pour mettre fin au Liban. Le fait que Nabih Berry soulève aujourd'hui la clause de l'abolition du confessionnalisme politique en est l'une des meilleures preuves. Non, la guerre du Liban n'est pas vraiment finie : elle se prolonge depuis 1990 par d'autres moyens, notamment des assassinats. Et des pièges, comme celui, on s'en souvient, du « repli de l'armée syrienne sur la Békaa », et aujourd'hui de la déconfessionnalisation politique.
Avancée par Nabih Berry, cette question était l'autre soir au centre d'un débat télévisé opposant Michel Eddé, ardent défenseur du modèle politique confessionnel, à Ayoub Hmayyed, l'un des piliers du mouvement Amal. Par-delà les arguments développés par l'un et par l'autre ressortait en fait l'antagonisme fondamental entre deux visions de l'histoire du Liban.
À l'ancien ministre de la Culture, qui évoquait la genèse, au XIXe siècle, d'un Liban pluraliste où les maronites, majoritaires, refusaient d'assumer, sans les musulmans, des responsabilités administratives, M. Hmayyed opposait ce soir-là un seul argument : on ne peut pas parler du Liban d'avant 1920.
Le véritable débat portait en fait sur la date de naissance de la nation libanaise. Pour le responsable d'Amal, ce serait l'État libanais qui a créé la nation, tandis que pour Michel Eddé, comme pour nombre d'historiens, la nation libanaise a existé avant de se constituer en État.
La nation, avec la famille, est reconnue par la sociologie comme une « société naturelle » qui n'est pas le fruit d'une simple convention. « La nation est le terrain sur lequel naît l'État », écrit dans Mémoire et identité Jean-Paul II, qui sait bien de quoi il parle, puisque la nation polonaise a survécu, sans territoire, pendant plusieurs siècles par la seule force de sa culture.
Il n'est donc nullement anachronique, historiquement, de dire que la nation libanaise, dont la communauté maronite fut l'un des moteurs essentiels, ait pu apparaître bien avant l'existence de l'État libanais.
De fait, les historiens font remonter généralement au XVIIe siècle la genèse du Liban contemporain dans toutes ses composantes communautaires. Certains font même remonter cette genèse au XIe siècle, date de l'apparition de la communauté druze. Décrit comme un refuge des minorités, le Liban serait donc ce modèle historique de convivialité religieuse apparu il y a trois siècles (au moins), défendu avec ferveur par les maronites et les druzes, et qui a fini par être adopté par l'ensemble des communautés pour finalement constituer le Liban, État-nation, après l'effondrement de l'Empire ottoman.
En un sens, le Liban est la véritable « alliance des minorités » dont le modèle est repris aujourd'hui par certains idéologues, à cette nuance que l'alliance libanaise des minorités n'est dirigée contre personne, mais constitue, ou aspire à constituer, une valeur de civilisation en soi, un « message » au monde.
Il en ressort qu'avant de s'entendre sur l'avenir du Liban, il faut s'étendre sur son passé, sur sa genèse, et qu'avant de réfléchir à la déconfessionnalisation politique, il est indispensable de nous entendre sur notre histoire. Ce qui est absurde, en fait, c'est qu'on parle de déconfessionnalisation politique alors même que la maturité nous manque pour rédiger un manuel d'histoire capable de nous servir de référence commune.
Si la déconfessionnalisation politique s'inscrit dans le prolongement naturel du Liban, franchissons ce pas. Mais si elle contredisait l'essence même de la nation libanaise, ce serait la fin du Liban. Serait-ce ce que l'on cherche? Ne faut-il pas, au contraire, protéger ce modèle historique qui fait notre identité en le tirant vers le haut, en le mûrissant et en le rendant plus équitable, plutôt que de nous saborder ?
D'une certaine façon, l'accord de Taëf n'a pas été forgé pour mettre fin à la guerre du Liban, mais pour mettre fin au Liban. Le fait que Nabih Berry soulève aujourd'hui la clause de l'abolition du confessionnalisme politique en est l'une des meilleures preuves. Non, la guerre du Liban n'est pas vraiment finie : elle se prolonge depuis 1990 par d'autres moyens, notamment des assassinats. Et des pièges, comme celui, on s'en souvient, du « repli de l'armée syrienne sur la Békaa », et aujourd'hui de la déconfessionnalisation politique. Avancée par Nabih Berry, cette question était l'autre soir au centre d'un débat télévisé opposant Michel Eddé, ardent défenseur du modèle...
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