Le ministre espagnol de l’Emploi durant une conférence de presse, hier, à Barcelone. Lluis Gene/AFP
La proposition de réforme de la Sécurité sociale vise à établir « le nouvel âge de la retraite à 67 ans », a déclaré la vice-présidente du gouvernement Maria Teresa Fernandez de la Vega à l'issue du Conseil des ministres. L'âge légal de la retraite en Espagne est actuellement de 65 ans.
La ministre de l'Économie, Elena Salgado, a déclaré que le gouvernement voulait que cette réforme s'applique graduellement à partir de 2013. « C'est une proposition (...), nous avons beaucoup de temps pour débattre », a-t-elle souligné.
Les syndicats n'ont pas tardé à exprimer leur « opposition frontale », tandis que le patronat, qui préconise une retraite à 70 ans, a dit sa satisfaction.
Depuis Barcelone où il présidait une réunion des ministres européens de l'Emploi, le ministre du Travail Celestino Corbacho a déclaré que le système actuel de retraite n'était viable que jusqu'en 2023 grâce à sa structure et aux excédents qu'il a engendrés.
Cette annonce est tombée le lendemain de la publication par l'Institut national de la statistique (INE) d'une projection sur la population espagnole, vieillissante et ne faisant pas assez d'enfants pour assurer sa pérennité, sans nouvel apport de l'immigration. En 2049 selon l'INE, si rien ne change, pour 10 actifs potentiels (âgés de 16 à 64 ans), il y aura 9 inactifs potentiels en Espagne (moins de 16 ans et surtout plus de 64 ans).
L'annonce est également tombée le jour de la publication de mauvais chiffres officiels du chômage. Il y avait 4,32 millions de chômeurs à la fin 2009, soit 1,1 million de plus qu'un an plus tôt, ou 18,83 % de la population active, record absolu de la zone euro.
Ces chiffres montrent que « nous devons pousser pour l'incorporation massive des jeunes sur le marché du travail » au lieu de retarder l'âge de la retraite, a critiqué le secrétaire général du syndicat CCOO, Ignacio Fernandez Toxo.
Le leader de l'autre grand syndicat espagnol, Candido Mendez, patron de UGT, proche du Parti socialiste au pouvoir, a déclaré que la proposition n'était « pas précisément un stimulant pour le dialogue social », déjà mal en point. C'est « une mesure très polémique, inscrite dans une vision à court terme (...) sans doute pour satisfaire les marchés financiers », a-t-il estimé.
L'Espagne est sous la loupe des investisseurs internationaux en raison de la forte dégradation de ses comptes publics due à la récession et à ses plans de soutien à l'économie.
Le déficit public de l'Espagne s'est envolé à 11,4 % du PIB en 2009, selon une première estimation fournie vendredi par la ministre de l'Économie Elena Salgado, soit nettement plus que les 9,5 % initialement prévus.
Pour corriger le tir, le gouvernement a annoncé hier un plan de réduction des dépenses de l'État sur trois ans de 50 milliards d'euros pour tenter de revenir comme exigé par la Commission européenne dans le cadre du pacte de stabilité européen qui fixe une limite du déficit public à 3 % du PIB.

