Nada Kano : une prof de danse au grand cœur.
Après une longue absence, de plus de 10 ans, au cours de laquelle elle s'est initiée aux différents styles et techniques d'enseignement du ballet aussi bien en France qu'en Espagne, à Londres ou à New York, elle retourne définitivement au pays, déterminée à mettre ses acquis au service d'un enseignement de qualité. Son studio installé, sa compagnie fondée, cette frêle jeune femme aussi douce que déterminée se tourne alors de manière ponctuelle vers des publics qui n'ont pas habituellement accès à la culture et à la danse.
Elle présente ainsi des spectacles dans le cadre de festivals de rue et offre des représentations à des enfants de familles prises en charge par des associations sociales.
C'est d'ailleurs une rencontre avec une petite fille, au cours d'un spectacle offert au théâtre Monnot, à Noël 2005, qui sera l'élément déclencheur de son projet actuel. Parmi les spectateurs, Nada Kano repère le visage radieux d'une fillette de 9 ans. « Je me suis approchée d'elle et lui ai demandé si elle aimerait apprendre à danser de la sorte», se souvient-elle. Réponse affirmative de la petite que la danseuse prend alors complètement sous son aile, et qui révèle «un véritable talent de danseuse professionnelle».
Cette expérience positive renforce la directrice de la Beirut Dance Company dans son désir de démocratiser la danse au Liban, en en permettant l'accès à des enfants de toutes les couches de la société libanaise. Elle recherche les jeunes candidats auprès des associations sociales et frappe à la porte de l'Unesco, comme à celles des sponsors et mécènes pour obtenir l'infrastructure nécessaire à cette vaste entreprise.
Car son projet, qui a commencé par une formation intensive pendant deux mois (à raison de quatre cours par semaine, plus un atelier culturel hebdomadaire de découverte du monde de la scène) donnée à une cinquantaine d'enfants, de 9 à 11 ans, qui ont exprimé le désir de s'initier à la danse classique, doit déboucher sur des formations professionnelles à la danse à long terme.
«La première étape vient tout juste de prendre fin et, sur les 45 enfants qui ont suivi cette session, nous avons retenu plus d'une vingtaine de talents en friche. Un nombre impressionnant auquel je ne m'attendais pas», avoue Kano. Qui compte maintenant sur la générosité des sponsors et des mécènes pour poursuivre son objectif. «La prise en charge complète sur des années de ces enfants est onéreuse, souligne-t-elle. Car outre les cours, les costumes, il faut compter les moyens de transport, l'encadrement, les accompagnateurs, etc.»
S'il aboutit, ce projet aura contribué à donner une égalité des chances dans le domaine artistique à des enfants de tous milieux, «car le talent n'est pas l'apanage d'une certaine classe, relève Kano. Cette formation donnera plus tard à ces enfants un métier d'avenir. Car on a besoin de danseurs, de professeurs, de chorégraphes dans ce domaine qui se développe au Liban.»
Et pour ceux qui n'auront pas été sélectionnés pour la formation à long terme, l'expérience aura quand même été pleine de bénéfices. «Le premier étant la possibilité d'échapper à leur quotidien en accédant au monde de l'art, de la danse et de la musique, sans compter l'apprentissage de la discipline ainsi que l'acquisition d'une certaine confiance en soi», affirme la jeune femme. Car le bien-être des enfants est l'autre grand objectif de ces sessions de danse gratuites.
«Il faut voir leurs yeux quand ils mettent les pieds au studio pour la première fois», dit Nada Kano, avec le sourire comblé de celle qui a réussi à donner du bonheur.
Avis à tous ceux qui voudraient également y contribuer!

