Le maestro Wojcieh Czepiel. (Ibrahim Tawil)
Des partitions célébrant la joie, la paix, les mariages et les réjouissances royales ont résonné en toute gaieté et presque en emphase sous les voûtes de l'église de la rue Huvelin.
En ouverture, un Concerto de G. Telemann. Telemann contemporain de J.-S. Bach et Antonio Vivaldi et ami d'une vie de G. F. Haendel. Compositeur prolifique (on lui répertorie plus de 3 600 œuvres), d'une insatiable curiosité pour la culture, et voyageur impénitent, Telemann est l'illustre représentant d'un style galant caractéristique du XVIIIe siècle. Un style fait pour charmer à la manière de la palette de Watteau en peinture.
On écoute ici ce Concerto en quatre mouvements (andante, presto, cantabile et allegro) en tons majeurs alliant vivacité et tendresse, délicatesse des notes du clavecin et houle des cordes, une certaine célérité et une bonne part de rêverie teinte de bleu azur.
Plus directement vibrante et portée presque par une certaine piété est la Cantate pour soprano n° 202 Weichet nur, bertubte schatten du cantor.
Ghada Ghanem, cheveux « auburn » coupés court, a entamé ces pages de Bach avec assurance et talent.
Neuf pièces allant de l'Adagio à la Gavotte, en passant par des Arias et des Récitatifs (en langue allemande parfaitement articulée par la cantatrice !) pour cette partition, rendant hommage au printemps et à l'amour, et faisant la part belle à la voix d'une soprane, des cordes (violon et violoncelle surtout), un hautbois ainsi que les basses continues...
Pour prendre le relais, la Sinfonia du Messie de G.F. Haendel, œuvre dédiée à la Résurrection du Christ et la Rédemption qu'elle opère.
Avec deux arias pour la soprane dont le célèbre I know my Redeemer liveth. Un air grave et empreint d'une tristesse sublimée, souvent entendu dans les funérailles chrétiennes...
Quant à la seconde aria Rejoice greatly O daughter of Zion dont le texte est tiré de l'Ancien Testament, elle annonce l'arrivée de Jésus à Jérusalem.
Chant impeccablement maîtrisé par la cantatrice qui, par-delà subtiles vocalises ou notes aiguës habilement domptées, a subjugué l'auditoire par son intensité vocale et sa justesse de prestation.
Applaudissements nourris d'un auditoire absolument conquis. Grande gerbe de fleurs au bras, gracieuse révérence et exit, tout en sourire, la diva à la robe tout en volants froufroutants...
Pour conclure ce concert, un morceau de choix, très style son et lumière, en grande pompe, celui de Musique pour les feux d'artifice royaux HWV 351, toujours de Haendel.
Une œuvre magnifique pour sceller les festivités en l'honneur du traité d'Aix-La-Chapelle. Une œuvre d'une monumentale richesse sonore (écrite un an après le célèbre Water Music), marquée toutefois par l'incendie d'un petit bâtiment du Green Park en 1749, justement à cause des feux
d'artifice...
Cinq mouvements - ouverture, bourrée, la paix (largo alla siciliana) - la réjouissance, Menuet (allegro I et II) pour traduire toute l'inspiration de cette musique d'apparat (pour plein air) toute en tonalités vives et notes étincelantes,
vibrionnantes.
Rythmes, cadences et mesures échevelées font des chevauchées fantastiques entre tourelles de châteaux en flèches et clapotis des eaux de la Tamise se reflétant dans un ciel gris et nuageux...
Pour cette partition usant avec élégance du brio musical, voilà une exécution et une performance qui ne manquent pas d'élégance et encore moins de brio.
Nouveau tonnerre d'applaudissements du public, pour une prestation au-dessus de tout éloge, pour ces très riches heures du baroque si dextrement et chaleureusement
ressuscité...

