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Liban - Éclairage

Les propos de Kouchner et la « menace iranienne »…

Les derniers propos du ministre français des AE Bernard Kouchner, dans lesquels il considère grosso modo que le seul danger réel pour le Liban viendrait du Hezbollah et non pas d'Israël, ont suscité une vague de stupeur dans les milieux politiques libanais, tant ils semblent en dissonance avec la tendance générale à l'entente interne. Même « les amis libanais » de M. Kouchner révèlent avoir été surpris par cette déclaration, d'autant que le ministre français a été l'un des précurseurs en matière d'ouverture occidentale sur le Hezbollah puisque c'est lui qui l'avait convié officiellement à Paris dans le cadre de la conférence de dialogue à Saint-Cloud. De plus, depuis qu'il a été nommé ministre des Affaires étrangères en 2007, Kouchner n'a eu de cesse de développer la politique d'ouverture en direction de toutes les parties libanaises. C'est pourquoi sa dernière déclaration semble en contradiction avec cette politique. Le Dr Kamel Mohanna, qui a connu Bernard Kouchner alors qu'il travaillait dans l'humanitaire au camp de Nabaa en 1976, lui a même envoyé une lettre pour lui demander des précisions. Les échos recueillis montrent que Kouchner et le président français Nicolas Sarkozy estiment que le danger véritable pour le Liban viendrait actuellement de l'Iran qui, selon eux, reste un facteur d'instabilité dans la région. Les autorités françaises auraient entrepris les contacts nécessaires avec les Israéliens et elles auraient obtenu une assurance que l'armée israélienne ne lancerait pas une attaque contre le Liban dans un proche avenir, « à moins d'y être contrainte par une action du Hezbollah ». La France est d'autant plus concernée qu'elle déploie au Sud-Liban un des plus importants bataillons de la Finul et serait donc aux premières lignes en cas de nouvelle guerre dans ce secteur. Les mêmes assurances auraient été transmises par le ministre israélien de la Défense aux responsables turcs qu'il a récemment rencontrés et qui auraient insisté sur la nécessité de préserver la stabilité au Liban.
Pour ces raisons, Kouchner a écarté pour l'instant, devant les journalistes, la possibilité d'une attaque israélienne contre le Liban. Les dirigeants du Hezbollah estiment d'ailleurs eux aussi peu probable ce scénario, au moins au cours des prochains mois. Mais ils se déclarent prêts à toutes les éventualités surtout venant d'un ennemi « qui a montré sa violence et son aventurisme ».
Il reste donc ce que les instances occidentales appellent « la menace iranienne ». Selon cette théorie, le régime d'Ahmadinejad qui traverse actuellement une grave crise interne et économique pourrait bien vouloir provoquer une diversion en poussant le Hezbollah à agir au Sud, pour procéder à une nouvelle distribution des cartes dans la région. Même si l'éventualité d'une attaque militaire israélienne contre les installations nucléaires iraniennes semble écartée pour l'instant, les relations entre la République islamique et l'Occident restent problématiques, alors que les dirigeants israéliens ne cessent de tirer la sonnette d'alarme au sujet du danger que représente pour Israël, en particulier, la possession par l'Iran de l'arme nucléaire ou l'avancée des travaux dans ce sens. De plus, l'attaque israélienne est toujours un scénario possible et il faudrait dans ce cas tester la réaction du Hezbollah. Par la voix de son ministre des AE, la France s'est ainsi fait l'écho de la crainte d'une riposte du Hezbollah ou d'une action « inconsidérée » de sa part. De plus, la France, qui présidera le mois prochain le Conseil de sécurité, cherche à faire adopter une nouvelle résolution qui prévoit des sanctions plus fermes contre l'Iran. De nombreux analystes estiment que les sanctions renforcées en plus de la crise interne pourraient affaiblir encore plus le régime d'Ahmadinejad et le pousser à être bien plus conciliant au sujet du dossier nucléaire. Quelque part aussi, estiment les observateurs libanais, la France voudrait pousser le Liban, qui est devenu depuis le début de l'année membre non permanent du Conseil de sécurité, à voter en faveur de cette résolution en gestation, alors que la tendance libanaise serait plutôt de s'abstenir de voter, pour ne pas mécontenter l'Occident et indisposer l'Iran et son « protégé » le Hezbollah. Les milieux politiques libanais estiment aussi que les propos de Kouchner seraient justement une manière de tâter le terrain avec le Hezbollah pour voir s'il compte peser sur la décision du gouvernement libanais dans le sens du vote négatif ou de l'abstention, lorsque la résolution prévoyant des sanctions sévères contre l'Iran sera soumise au vote du Conseil de sécurité.
Ce serait donc dans ce contexte que « les amis libanais de M. Kouchner » placent sa récente déclaration et affirment qu'elle vise surtout à tirer la sonnette d'alarme sur le fait que l'Iran est un facteur d'instabilité non seulement pour la région, mais aussi pour le Liban et qu'il faut donc pousser le Hezbollah à distendre ses liens avec la République islamique. Les propos de Kouchner seraient aussi un message à la Syrie, qui est considérée comme l'un des protecteurs du Hezbollah, pour qu'elle lui fasse comprendre la nécessité de faire preuve de retenue dans une situation régionale complexe, surtout depuis le recul des efforts américains pour trouver une solution acceptable au dossier israélo-palestinien, ou au moins pour obtenir une relance des négociations de paix entre les deux parties.
Les craintes de Kouchner sont-elles justifiées ? Une des réponses est sans doute chez le Hezbollah, mais celui-ci garde pour l'instant un silence prudent.
Les derniers propos du ministre français des AE Bernard Kouchner, dans lesquels il considère grosso modo que le seul danger réel pour le Liban viendrait du Hezbollah et non pas d'Israël, ont suscité une vague de stupeur dans les milieux politiques libanais, tant ils semblent en dissonance avec la tendance générale à l'entente interne. Même « les amis libanais » de M. Kouchner révèlent avoir été surpris par cette déclaration, d'autant que le ministre français a été l'un des précurseurs en matière d'ouverture occidentale sur le Hezbollah puisque c'est lui qui l'avait convié officiellement à Paris dans le cadre de la conférence de dialogue à Saint-Cloud. De plus,...
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