Pour ces raisons, Kouchner a écarté pour l'instant, devant les journalistes, la possibilité d'une attaque israélienne contre le Liban. Les dirigeants du Hezbollah estiment d'ailleurs eux aussi peu probable ce scénario, au moins au cours des prochains mois. Mais ils se déclarent prêts à toutes les éventualités surtout venant d'un ennemi « qui a montré sa violence et son aventurisme ».
Il reste donc ce que les instances occidentales appellent « la menace iranienne ». Selon cette théorie, le régime d'Ahmadinejad qui traverse actuellement une grave crise interne et économique pourrait bien vouloir provoquer une diversion en poussant le Hezbollah à agir au Sud, pour procéder à une nouvelle distribution des cartes dans la région. Même si l'éventualité d'une attaque militaire israélienne contre les installations nucléaires iraniennes semble écartée pour l'instant, les relations entre la République islamique et l'Occident restent problématiques, alors que les dirigeants israéliens ne cessent de tirer la sonnette d'alarme au sujet du danger que représente pour Israël, en particulier, la possession par l'Iran de l'arme nucléaire ou l'avancée des travaux dans ce sens. De plus, l'attaque israélienne est toujours un scénario possible et il faudrait dans ce cas tester la réaction du Hezbollah. Par la voix de son ministre des AE, la France s'est ainsi fait l'écho de la crainte d'une riposte du Hezbollah ou d'une action « inconsidérée » de sa part. De plus, la France, qui présidera le mois prochain le Conseil de sécurité, cherche à faire adopter une nouvelle résolution qui prévoit des sanctions plus fermes contre l'Iran. De nombreux analystes estiment que les sanctions renforcées en plus de la crise interne pourraient affaiblir encore plus le régime d'Ahmadinejad et le pousser à être bien plus conciliant au sujet du dossier nucléaire. Quelque part aussi, estiment les observateurs libanais, la France voudrait pousser le Liban, qui est devenu depuis le début de l'année membre non permanent du Conseil de sécurité, à voter en faveur de cette résolution en gestation, alors que la tendance libanaise serait plutôt de s'abstenir de voter, pour ne pas mécontenter l'Occident et indisposer l'Iran et son « protégé » le Hezbollah. Les milieux politiques libanais estiment aussi que les propos de Kouchner seraient justement une manière de tâter le terrain avec le Hezbollah pour voir s'il compte peser sur la décision du gouvernement libanais dans le sens du vote négatif ou de l'abstention, lorsque la résolution prévoyant des sanctions sévères contre l'Iran sera soumise au vote du Conseil de sécurité.
Ce serait donc dans ce contexte que « les amis libanais de M. Kouchner » placent sa récente déclaration et affirment qu'elle vise surtout à tirer la sonnette d'alarme sur le fait que l'Iran est un facteur d'instabilité non seulement pour la région, mais aussi pour le Liban et qu'il faut donc pousser le Hezbollah à distendre ses liens avec la République islamique. Les propos de Kouchner seraient aussi un message à la Syrie, qui est considérée comme l'un des protecteurs du Hezbollah, pour qu'elle lui fasse comprendre la nécessité de faire preuve de retenue dans une situation régionale complexe, surtout depuis le recul des efforts américains pour trouver une solution acceptable au dossier israélo-palestinien, ou au moins pour obtenir une relance des négociations de paix entre les deux parties.
Les craintes de Kouchner sont-elles justifiées ? Une des réponses est sans doute chez le Hezbollah, mais celui-ci garde pour l'instant un silence prudent.

