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Moyen Orient et Monde - Éclairage

La menace somalienne pèse sur le Yémen

Les réfugiés somaliens se trouvent soumis à une surveillance encore plus stricte depuis les menaces des jihadistes des shebab de rejoindre el-Qaëda au Yémen.
Début janvier, l'un des chefs des insurgés islamistes somaliens, les shebab, a annoncé « à nos frères musulmans au Yémen que nous allons traverser la mer (...) et arriver jusqu'à eux pour les aider à combattre les ennemis d'Allah ». Les autorités yéménites n'ont pour l'instant fait état d'aucun Somalien repéré, capturé ou tué dans les rangs d'el-Qaëda dans la péninsule Arabique (Aqpa), mais regardent désormais d'un autre œil les centaines de milliers de réfugiés somaliens installés, pour certains depuis longtemps, sur son sol. « Nous prenons la menace au sérieux, nous avons pris des mesures, a confié à l'AFP Ali al-Anisi, président du Conseil de sécurité nationale. Le Yémen est le seul pays à avoir accepté tous les Somaliens. Aujourd'hui, ils sont plus de 800 000. Ils posent des problèmes économiques, sociaux et, maintenant, de sécurité. »
Après avoir pendant des années pratiqué une politique de porte ouverte aux Somaliens fuyant leur pays, qui sont présents dans tout le Yémen et survivent souvent de petits boulots, Sanaa leur a donné deux mois pour se faire enregistrer et exerce sur eux une surveillance chaque jour plus stricte. Autour du camp de réfugiés de Kharaz, qui accueille quelque 25 000 Somaliens sur la côte, à l'est de Aden (Sud), des barrages de police ont été mis en place la semaine dernière. Il est désormais interdit aux Somaliens de passer d'un camp à l'autre, de s'installer dans une autre province ou de s'éloigner du camp.
À la sortie de Aden, les policiers font sortir des voitures tous les Somaliens, facilement reconnaissables grâce à leur physique différent de celui des Yéménites, pour des interrogatoires poussés, selon un journaliste de l'AFP sur place. Alors qu'ils ont souvent fui la Somalie pour échapper à l'enrôlement forcé dans les milices shebab, les adolescents et les jeunes hommes sont désormais soupçonnés d'avoir été envoyés en mission au Yémen.
« Les déclarations des chefs jihadistes somaliens constituent la preuve qu'ils ne se soucient pas du sort des gens, de leur propre peuple, a dit à l'AFP le général Yéhia Saleh, chef de l'unité antiterroriste yéménite. Aujourd'hui, chaque Yéménite va se méfier du Somalien qui lave sa voiture. Et cela va leur rendre la vie plus difficile. Mais ça, el-Qaëda s'en fiche ! »
Pour l'expert yéménite Saïd al-Jemhi, auteur d'un livre sur el-Qaëda dans son pays, il ne fait pas de doute que des shebab sont déjà là. « Ils ne vont pas prendre des bateaux, les remplir d'armes et traverser le détroit de Bab el-Mandeb au risque de se faire intercepter, dit-il. Ils disposent dans les camps d'immenses réservoirs de volontaires potentiels. Et plus leur vie sera difficile ici, plus ils seront faciles à radicaliser. »
En revanche, selon le journaliste Abdelilah Shaea, réputé être l'un des journalistes yéménites les mieux informés sur la mouvance jihadiste dans son pays, « cet envoi de renforts depuis la Somalie est avant tout de la rhétorique ». « D'abord, dans l'idéologie du jihad, il faut aller aider ses frères menacés partout dans le monde, dit-il. Ensuite, dans la mythologie islamiste, le Yémen est un pays à part. Ils croient que c'est de là que doit partir un jour l'armée qui libèrera la Palestine et la grande mosquée de Jérusalem. »
Selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, plus de 74 000 clandestins ont fait en 2009 la traversée entre les côtes somaliennes et le Yémen, soit 50 % de plus qu'en 2008, en empruntant la voie migratoire « la plus intensément utilisée et la plus meurtrière au monde ».

Michel MOUTOT (AFP)
Début janvier, l'un des chefs des insurgés islamistes somaliens, les shebab, a annoncé « à nos frères musulmans au Yémen que nous allons traverser la mer (...) et arriver jusqu'à eux pour les aider à combattre les ennemis d'Allah ». Les autorités yéménites n'ont pour l'instant fait état d'aucun Somalien repéré, capturé ou tué dans les rangs d'el-Qaëda dans la péninsule Arabique (Aqpa), mais regardent désormais d'un autre œil les centaines de milliers de réfugiés somaliens installés, pour certains depuis longtemps, sur son sol. « Nous prenons la menace au sérieux, nous avons pris des mesures, a confié à l'AFP Ali al-Anisi,...
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