À Najaf, des centaines de personnes ont défilé pour soutenir le bannissement de « ceux qui ont les mains couvertes du sang des Irakiens ».Ali Abou Shish/Reuters
Des candidats ou encore l'ancien Premier ministre Iyad Allawi ont mis en doute la légitimité même du Comité pour l'intégrité et la justice, qui a établi la liste des personnes à rayer des listes électorales. Ses détracteurs affirment que le Parlement n'a toujours pas voté de loi établissant officiellement cette instance controversée, dirigée notamment par un ancien allié des États-Unis, le chiite Ahmad Chalabi, lui aussi candidat aux législatives du 7 mars. L'exclusion de candidats sunnites, comme Saleh Motlaq, a provoqué la colère de sa communauté qui s'estime ciblée par cette mesure, ce que le Premier ministre Nouri al-Maliki et M. Talabani ont démenti. « Le parti Baas de Saddam tombe sous le coup de l'article 7 de la Constitution (qui interdit son existence) et nous n'accepterons pas que les droits des sunnites soient transgressés », a-t-il insisté. Interrogé pour savoir si le moment choisi pour exclure les candidats était le bon, il a toutefois indiqué : « J'aurais espéré que cela ne se déroule pas maintenant. »
Dans la ville sainte de Kerbala, environ 4 000 personnes, dont des victimes du régime de l'ancien dictateur, ont clamé leur soutien aux exclusions alors que les États-Unis et l'ONU mènent des médiations pour éviter une crise politique bourgeonnante. « Nous n'acceptons aucune intervention étrangère dans les institutions indépendantes », a affirmé Abdel Amir al-Anbari, un notable participant à la manifestation, en référence aux consultations menées par le vice-président américain Joseph Biden. Washington, dont les troupes de combats s'apprêtent à quitter l'Irak, craint une répétition du scénario de 2005 lorsque les sunnites avaient boycotté les élections et étaient allés au contraire gonfler les rangs de l'insurrection et d'el-Qaëda. À Najaf, des centaines de personnes ont défilé en brandissant des banderoles sur lesquelles était inscrit : « Le Baas et les nazis sont les deux faces de la même pièce » ou « Le retour du Baas, c'est le retour des attaques et de la prison. » Le chef radical chiite Moqtada Sadr, dont le bureau se trouve dans cette ville, s'est aussi fermement opposé à « la participation des baassistes aux élections », qui serait « illogique et inacceptable ». À Bassora, à l'extrême sud du pays, un millier de personnes ont défilé au cri de « Honte aux baassistes ! » portant des banderoles avec les inscriptions : « Non au retour des assassins et des criminels sous de nouveaux noms » et « Baassiste un jour, député le lendemain. »

