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Moyen Orient et Monde - Le Point

Les nouveaux talibans

« La violence est provoquée par des individus haut placés au sein de la société, qui exploitent l'ignorance et la pauvreté de la population pour susciter des troubles au nom de la religion. » Le bref communiqué portant la signature d'Ibrahim Yakubu Lame, ministre de la Police, omet d'évoquer nombre d'autres raisons qui font aujourd'hui du Nigeria un point brûlant sur la carte africaine capable de porter la contagion chez ses proches voisins. Un premier bilan au lendemain de trois jours d'accrochages entre chrétiens et musulmans fait état de 300 morts et 50 000 déplacés, regroupés dans des camps de fortune, d'un manque alarmant d'eau, de nourriture, de médicaments, et surtout d'un pouvoir aux abois, visiblement dépassé par les événements.
Les premières secousses se sont produites à Jos, capitale de l'État du Plateau, connu pour détenir un triste record en matière d'affrontements intercommunautaires. Depuis la fin du régime militaire, en 1999, signale l'organisation Human Rights Watch, on dénombre 13 500 tués, dont plus d'un millier en septembre 2001, 700 en 2004 et autant quatre ans plus tard. À chaque fois, les responsables promettaient de sévir, sans jamais passer à l'action. La ville, 500 000 habitants, se trouve au cœur de ce « middle belt » où cohabitent dans un climat de tension permanente non moins d'une douzaine d'ethnies et qui est censé représenter une zone tampon entre le Nord musulman et le Sud chrétien. Zone-tampon ? Caisse de résonance, devrait-on dire depuis que, sur le problème religieux, sont venus se greffer des querelles entre chefs de tribu, une crise économique aiguë et, récemment, l'émergence d'un facteur étranger, le mouvement el-Qaëda, brutalement apparu à l'occasion de l'attentat manqué de Noël dernier à bord du vol Amsterdam-Detroit des Northern Airlines. Mais déjà en juillet 2009, 800 personnes avaient été abattues dans des combats avec des éléments armés surnommés (tout un programme...) « les talibans nigérians ».
Dimanche dernier, prenant prétexte de l'incendie d'une église, selon certaines sources - de la reconstruction d'une maison détruite en novembre 2008, selon d'autres témoins -, des jeunes gens sont descendus dans la rue, armés de couteaux, de revolvers de fabrication artisanale ou tout bêtement de pierres, s'attaquant aux passants soupçonnés d'appartenir à « l'autre camp ». Si d'Abuja, la capitale, la réaction officielle a été lente à venir, c'est que le président, Umaru Musa Yar'Adua, un musulman, se trouve depuis plus de deux mois hors du pays, en Arabie saoudite où des médecins tentent de mettre au point un traitement lui permettant de surmonter ses défaillances cardiaques. L'intérim est assuré par Goodluck Jonathan, un chrétien, en vertu d'un accord non écrit conclu en 1999 après le retour des militaires dans les casernes et prévoyant l'alternance au sommet entre les deux grandes communautés. Cette fois, la transition ne s'est pas déroulée sans heurts et c'est seulement le 14 janvier qu'une cour fédérale a autorisé Jonathan à exercer ses pouvoirs. C'est que le fragile équilibre instauré tout au long de la décennie qui vient de se terminer est déjà remis en cause, favorisant une dangereuse montée du thermomètre politique et faisant sauter, comme on vient de le voir, les barrières sécuritaires.
Encore une querelle, seraient tentés d'avancer certains, sur un continent qui est « mal parti », pour reprendre la formule d'un géographe célèbre, ou opposant entre eux des hommes qui ne sont pas assez entrés dans l'histoire, pour paraphraser l'expression malheureuse d'un Nicolas Sarkozy inspiré par Henri Guaino. Oui, mais ce conflit interne a pour théâtre un pays de 150 millions d'habitants, huitième exportateur de pétrole, un leader de l'Afrique occidentale dont il est régulièrement question pour un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, le jour où la communauté internationale décidera d'élargir cette instance. Las ! Les parrains devraient désormais revoir à la baisse leurs ambitions. Dès 2003, un certain Oussama Ben Laden voyait dans le Nigeria une des six nations aptes à être « libérées » préalablement à « l'établissement de la loi d'Allah sur terre ». En dix ans, l'ordre islamique a été instauré dans onze provinces septentrionales et la lapidation de « pécheresses », entre autres pratiques inspirées de la charia, est en passe d'y devenir courante.
Dans les bulletins officiels, l'ordre règne à nouveau dans Jos, où patrouillent des convois de l'armée. Il est aisé de voir qu'il n'en est rien et qu'au contraire, passés ces moments de relatif répit, la situation peut à tout moment basculer. Il suffirait pour cela d'un bulletin de santé négatif émanant d'un hôpital du royaume wahabite. C'est dire...

« La violence est provoquée par des individus haut placés au sein de la société, qui exploitent l'ignorance et la pauvreté de la population pour susciter des troubles au nom de la religion. » Le bref communiqué portant la signature d'Ibrahim Yakubu Lame, ministre de la Police, omet d'évoquer nombre d'autres raisons qui font aujourd'hui du Nigeria un point brûlant sur la carte africaine capable de porter la contagion chez ses proches voisins. Un premier bilan au lendemain de trois jours d'accrochages entre chrétiens et musulmans fait état de 300 morts et 50 000 déplacés, regroupés dans des camps de fortune, d'un manque alarmant d'eau, de nourriture, de médicaments, et surtout d'un pouvoir aux abois, visiblement...
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