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Liban

Rencontre avec le lanceur de chaussures contre George Bush à Bagdad

Mountazar al-Zaydi, le nom vous dit quelque chose ? En jetant ses chaussures à la tête du président américain George Bush, alors en visite à Bagdad, le 14 décembre 2008, il est devenu en quelques secondes pour de nombreux Arabes et un peu partout dans le monde le symbole de la révolte contre la politique des États-Unis.
Le film est passé en boucle pendant plusieurs jours sur toutes les chaînes de télévision du monde, alors que le jeune journaliste, responsable de la section des correspondants à la chaîne irakienne al-Baghdadiya subissait les pires tortures avant de comparaître devant un juge d'instruction qui s'est contenté de lui demander si cela valait la peine de faire ce geste après tout ce qu'il a enduré... Mountazar al-Zaydi a d'abord été condamné à trois ans de prison, mais à cause de la pression populaire et internationale et surtout à cause de ses avocats, tous volontaires, il n'est finalement resté qu'un an en détention. Libéré depuis quatre mois, il est désormais « un sans-abri de première classe », comme il le dit lui-même avec humour. De passage à Beyrouth pour lancer sa fondation destinée à aider les veuves, les enfants et les handicapés, victimes de l'occupation américaine de son pays, il raconte à L'Orient-Le Jour les moments historiques qu'il a vécus.
La première impression en rencontrant al-Zaydi, c'est qu'il a l'air tout jeune (il vient de fêter ses 31 ans), mais dans ses yeux, la grande détermination et la fierté racontent à elles seules les souffrances de tout un peuple.
Mountazar al-Zaydi refuse d'admettre ouvertement qu'il a prémédité son geste. Mais il raconte comment, avant de se rendre dans la salle où le président américain devait donner sa conférence de presse, il avait remis sa carte de presse et son stylo au cameraman en lui demandant de les donner à son frère. « Je voulais que mon acte soit celui d'un citoyen irakien, non d'un journaliste », déclare le jeune homme à ceux qui lui demandent si en tant que journaliste, il n'aurait pas été préférable pour lui de poser à George Bush une question embarrassante. Il ajoute qu'il avait longuement réfléchi au meilleur moyen d'exprimer sa révolte contre la politique américaine dans son pays (notamment le million de morts tombés depuis l'invasion de 2003) et comme les autorités avaient bien expliqué qu'il serait impossible de poser la moindre question au président américain, il a décidé d'utiliser ses chaussures.
« Je croyais faire de la résistance grâce à mon métier, dit-il avec une certaine tristesse, en dénonçant les exactions des soldats américains contre mon peuple. Mais qui s'intéresse à ce que dit une chaîne de télévision locale ? Ne sachant pas porter le fusil, j'ai choisi ce moyen pacifique d'exprimer ma révolte. Mais je tire mon chapeau à tous les résistants, dans mon pays, au Liban, en Palestine et ailleurs. Je ne comprends pas d'ailleurs comment la France continue de vénérer ses résistants, mais nous les Arabes, nous les mettons au ban de la société. »
Mais George Bush n'a-t-il pas eu le mérite de débarrasser l'Irak d'un odieux dictateur ? « Si Saddam Hussein est un dictateur, cela signifie-t-il que nous devrions accepter d'être humiliés par les Américains ? Je refuse ceux qui disent que l'habitude de l'humiliation est comme une seconde nature chez les Irakiens. »
Ses chaussures lancées, al-Zaydi est immédiatement arrêté par les forces de l'ordre irakiennes qui, selon lui, étaient alors dirigées par les Américains. Il est battu férocement, soumis à la torture à l'aide de câbles électriques et comparaît devant le juge entièrement ensanglanté. D'abord condamné à trois ans de prison, sa peine est commuée en une seule année de détention. 65 députés du Parlement irakien avaient signé une pétition pour demander sa grâce, mais il a refusé cette initiative, affirmant qu'il préfère purger sa peine plutôt que de bénéficier d'une grâce du régime allié à l'occupant. Tout comme il refuse de rencontrer un officier américain qui souhaitait le voir dans sa cellule pour enquêter sur les droits de l'homme... Il passe les trois premiers mois dans une cellule individuelle, les geôliers ne voulant pas que les autres le voient avec ses blessures. C'est alors que l'idée de créer une fondation pour venir en aide aux victimes de l'invasion lui est venue. Installé ensuite dans une geôle commune, il a été traité comme un héros par les autres détenus. Il a aussi pu voir une manifestation d'appui en sa faveur organisée au Liban.
Une fois libéré, le directeur de la chaîne qui l'employait a mis à sa disposition son avion privé et il a entrepris des contacts avec plusieurs pays pour qu'ils l'accueillent. Seule la Syrie a répondu présent. De Damas, il s'est rendu au Liban pour effectuer des examens médicaux, puis il s'est rendu en Suisse où il a passé trois mois. Les autorités suisses lui ont proposé l'asile politique. Mais il préfère rentrer à la première occasion dans son pays, où il bénéficie d'un grand élan de sympathie, ses frères et son père en témoignent chaque jour.
Est-il tenté par la politique ? « Pas du tout. Je ne suis pas un homme politique, je n'appartiens à aucun camp. Mais je ne peux pas supporter ce qui arrive à mon pays. Avant d'accomplir mon geste, je croyais que je serais tué. Mais comme je ne suis pas mort, je me suis dit qu'il y avait là un message que je devais saisir. C'est pourquoi je souhaite utiliser cette sorte de notoriété au service de mon peuple. Je voudrais permettre aux veuves des Irakiens tués par les Américains, à leurs enfants et aux handicapés de gagner leur vie avec dignité, créer ainsi des centres de formation professionnelle, des ateliers de couture, etc. Je ne veux plus que les Irakiens soient humiliés et c'est pourquoi je souhaite lancer une campagne pour lever des fonds. »
Il rappelle que sa visite au Liban n'est nullement politique et c'est parce qu'il cherche des fonds qu'il s'est décidé à parler à la presse. Il a même signé un contrat avec la maison d'édition Fayard pour écrire ses Mémoires. Le livre devrait paraître en septembre 2010. « J'ai commencé à le rédiger dans ma cellule individuelle. » Mountazar al-Zaydi répète qu'il ne porte aucune haine contre le peuple américain, mais contre la politique de George Bush qui d'ailleurs a été désavouée par les Américains eux-mêmes. Malgré toutes les souffrances dont il porte encore les séquelles, il ne regrette rien et s'estime privilégié d'être encore en vie et de pouvoir se consacrer à sa cause.
« Je ne suis pas un héros, dit-il, mais j'ai simplement eu la chance de pouvoir agir. »
Mountazar al-Zaydi, le nom vous dit quelque chose ? En jetant ses chaussures à la tête du président américain George Bush, alors en visite à Bagdad, le 14 décembre 2008, il est devenu en quelques secondes pour de nombreux Arabes et un peu partout dans le monde le symbole de la révolte contre la politique des États-Unis.Le film est passé en boucle pendant plusieurs jours sur toutes les chaînes de télévision du monde, alors que le jeune journaliste, responsable de la section des correspondants à la chaîne irakienne al-Baghdadiya subissait les pires tortures avant de comparaître devant un juge d'instruction qui s'est contenté de lui demander si cela valait la peine de faire ce geste après tout ce qu'il a enduré......
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