Sur ce point précis, l'équipe en place devra accomplir des miracles si elle veut éviter une débâcle dont la menace est loin d'avoir été écartée. Le chômage est, officiellement à 10 pour cent, mais, selon des sources concordantes, il dépasserait ce chiffre ; le déficit se calcule en trillions de dollars ; après avoir remboursé sa dette à l'État fédéral, Wall Street relève la tête et a l'outrecuidance de verser des bonus pharamineux à ses CEO et à ses golden boys, ceux-là mêmes qui ont failli provoquer une grande dépression-bis ; partout dans le monde, le leadership de l'Amérique se trouve contesté, jusque parmi ses alliés de la veille, pour ne pas parler d'une Chine qui se voit déjà en maître de l'univers.
Sur les bords du Potomac ces temps-ci, il n'est plus question de Parti démocrate et de Parti républicain, mais d'une formation qui menace, si l'on n'y prend garde, de se transformer en lame de fond, la Tea Party, sorte de révolte contre l'establishment, qui se situe à la droite du Grand Old Party et qui prétend avoir son mot à dire dans le choix des candidats à la direction du pays, leur programme et même l'utilisation des deniers publics. L'appellation est une référence à une époque - on était en 1773 - qui vit les habitants du Massachusetts, révoltés contre les taxes, balancer des sacs entiers de thé dans la baie du Hudson. Les Britanniques eurent le tort d'en sourire. Peu après, c'était le soulèvement qui allait déboucher sur leur éviction puis sur l'indépendance. C'est ainsi, dirait-on, que les petites causes aboutissent à de grands effets...
Le Massachusetts, tiens ! Dimanche, le chef de l'Exécutif a dû s'y rendre pour soutenir la candidature au Sénat de Martha Coakley. Il n'y a là rien d'étonnant, et par le passé, il est arrivé que le président retrousse les manches pour voler au secours d'un membre de son parti. Vrai, mais il s'agit là d'un État qui n'avait pas élu de républicain depuis 1972, quand Edward Brooke avait été admis à siéger au côté de Ted Kennedy, lui-même porté à la Chambre haute dix ans auparavant et réélu depuis sans discontinuer jusqu'à sa mort l'an dernier. Au scrutin qui se joue aujourd'hui mardi, Coakley sera opposée à Scott Brown, lequel s'est fait fort d'« enterrer » - c'est l'expression qu'il utilise - la réforme sur la santé, ce qui lui a valu une spectaculaire remontée dans les sondages, alors qu'il y a peu, il se traînait très loin derrière son adversaire.
Passe encore, si l'on peut dire, que l'économie aille mal. Mais la sécurité... Ainsi, à Noël, on a frôlé la catastrophe avec cette affaire de bombinette dont le mécanisme s'est mal enclenché. Un incident rapidement maîtrisé mais qui n'a pas tardé à être exploité par les opposants de tous bords. Au point que l'impayable Rudolph Giuliani, ancien maire de New York et ancien candidat à l'investiture du GOP pour la présidentielle, vient de se fendre d'un tonitruant : « Nous n'avons pas eu d'attaque à domicile sous George W. Bush, mais nous en avons eu sous Obama», ignorant du coup un certain 11 septembre 2001 que ses concitoyens, eux, ne sont pas près d'oublier. Après tout, ainsi va la politique, avec ses bienfaisantes amnésies et une mauvaise foi à toute épreuve.
Une année, rappelait l'autre jour dans le Nouvel Observateur l'écrivain Russell Banks, c'est le quart d'un mandat. Sans doute. Mais à garder le nez collé à ces 365 jours, ne risque-t-on pas de négliger les événements à venir, qui pourraient être porteurs de bonnes nouvelles ? Il en existe deux déjà qui pointent à l'horizon. La première : Israël, vient de faire savoir un conseiller de Benjamin Netanyahu, est prêt à discuter avec les Palestiniens, sans conditions préalables, de tous les dossiers en suspens, y compris les frontières et le statut de Jérusalem. La seconde : l'Iran constate « certains signes » de progrès dans les négociations sur son programme nucléaire. Le problème, c'est que les deux scoops vous ont des airs de déjà-entendu qui laissent sceptiques les esprits les moins chagrins.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef