La personnalité libanaise raconte aussi que les autorités syriennes ont tenu à avoir des attentions particulières également à l'égard de Nader Hariri, en raison de la position de sa mère Bahia, dans son discours du 14 mars 2005 qu'elle avait conclu par la phrase suivante : « Ce n'est pas un adieu à la Syrie, mais un simple au revoir. »
À son interlocuteur libanais, Bachar el-Assad a aussi révélé qu'il est en contact téléphonique quotidien avec le Premier ministre turc Erdogan et que les relations avec la Jordanie se sont nettement améliorées. En gros, la Syrie a moins de sujets d'inquiétude qu'auparavant, même si avec les États-Unis ses relations n'évoluent pas aussi rapidement qu'elle le souhaiterait. Mais deux dossiers la tracassent encore : la situation en Irak et le volet palestinien. Ce qu'Assad n'a pas dit à son interlocuteur mais que pensent de nombreux analystes au Liban, c'est que le dossier irakien est d'autant plus inquiétant pour lui qu'il met en relief les divergences de plus en plus nombreuses entre l'Iran et la Syrie. Damas serait en effet convaincu qu'il a été plus ou moins écarté du nouveau rapport de forces en Irak, alors que c'est la Syrie qui a le plus souffert de la guerre américaine en Irak avec l'afflux de réfugiés irakiens sur son territoire. Ses relations avec le Premier ministre irakien se sont détériorées et Damas a le sentiment que ce sont les Iraniens qui constituent désormais la partie la plus influente en Irak ne souhaitent pas lui donner un rôle de premier plan dans ce pays en proie à de grands changements à la veille de ses élections législatives prévues en mars.
Autre source d'inquiétude pour la Syrie, le dossier palestinien et une éventuelle attaque israélienne contre Gaza dans les prochains mois. Ce dossier est d'ailleurs l'un des principaux, avec la guerre au Yémen, à l'ordre du jour des pourparlers syro-saoudiens qui se tiennent actuellement en Arabie saoudite. Pour la première fois depuis des années, la Syrie s'est d'ailleurs clairement prononcée en faveur d'une réconciliation interpalestinienne, poussant le secrétaire général du Hamas Khaled Mechaal, installé à Damas, à jeter du lest avec les dirigeants saoudiens en se déclarant ouvertement avec les Arabes. Ce sujet sera d'ailleurs au cœur des entretiens du chef de l'Autorité palestinienne à Damas prévus au début de la semaine prochaine. Au sujet du processus de paix arabo-israélien, les Syriens attendent la nouvelle mission du sénateur américain George Mitchell qui doit arriver dans la région à la fin de la semaine, mais ils ne croient pas qu'une solution soit toute proche. Ils suivent d'ailleurs avec intérêt la crise entre Israël et la Turquie, insistant plus que jamais sur une médiation turque dans les pourparlers indirects avec Israël.
Avec l'Égypte, les Syriens sont aussi confiants dans un aboutissement positif de la médiation saoudienne, notamment au sujet du dossier palestinien que l'Égypte considère comme placé sous sa responsabilité.
La Syrie a donc des raisons de se déclarer satisfaite de l'évolution des événements et surtout de la consécration de son rôle régional, grâce notamment à sa réconciliation avec l'Arabie saoudite. À une personnalité libanaise qui lui demandait pourquoi son pays a donné tellement de crédit à la Syrie ces derniers temps, un haut responsable saoudien a répondu : « L'enjeu en vaut la peine, ramener la Syrie dans le giron arabe justifie de nombreux sacrifices »...

