Au musée militaire de Pékin, les visiteurs peuvent voir la première génération de missiles chinois. Liu Jin/AFP
La semaine dernière, un responsable américain a annoncé que les États-Unis avaient donné leur feu vert à la vente de systèmes antimissiles à Taïwan dans le cadre d'un accord passé entre les deux alliés en 2008, attribuant à Lockheed Martin le contrat pour fournir le système Patriot à Taïwan. La République populaire de Chine considère que Taïwan fait partie de son territoire et doit revenir dans son giron, au besoin par la force, et s'est énergiquement opposée à cette vente. Le ministère de la Défense avait averti le week-end dernier qu'il se réservait le droit de prendre des mesures, non précisées, si Washington menait ce projet à bien, le qualifiant d' « obstacle sévère » aux relations militaires sino-américaines. Les États-Unis ont reconnu Pékin en 1979 au détriment de Taipei, mais restent le principal allié de l'île considérée par la Chine comme rebelle et son principal fournisseur d'armements.
Pour les analystes, Pékin a voulu démontrer ses capacités dans le domaine de la défense aérienne en procédant à son test de défense antimissile, préparé de longue date et donc certainement pas planifié pour coïncider avec l'annonce américaine. « Cela me semble très important. Il y a peu d'informations, mais le fait essentiel est qu'ils ont réussi à intercepter un missile », a commenté pour l'AFP Richard Bitzinger, spécialiste des questions de défense chinoises de la Nanyang Technological University de Singapour. Arthur Ding, expert de la National Chengchi University à Taïwan, a estimé que cela enverrait « un message politique aux États-Unis et aux autres pays : la Chine est prête pour des opérations aériennes (...) d'où qu'elles viennent ». Cependant, « vu l'absence d'informations précises, il est très difficile d'évaluer ce qu'elle a accompli », a-t-il déclaré. « Cela montre au moins que la modernisation globale de l'armée (chinoise) comprend la défense aérienne », a-t-il ajouté. Pour un expert occidental qui a requis l'anonymat, l'important pour la Chine, c'est aussi « de semer le trouble chez les observateurs internationaux » sur ses capacités militaires.
La Pentagone a indiqué hier que les États-Unis n'ont pas été prévenus à l'avance par ce test. « Nous avons demandé à la Chine des informations sur l'objectif de cette interception, ainsi que sur ses intentions et projets d'interception », a souligné une porte-parole du Pentagone, le commandant Maureen Schumann.
La Chine avait provoqué l'inquiétude de la communauté internationale en 2007 en détruisant lors d'un test de missile l'un de ses satellites en orbite. En matière de dépenses militaires, la Chine est pour la première fois devenue en 2008 le deuxième pays, derrière les États-Unis, du classement de l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri), référence en matière d'armes et de conflits dans le monde. Pékin affirme que l'essentiel de son budget militaire va à l'amélioration des conditions de vie des 2,3 millions d'hommes et femmes servant dans la plus grande armée au monde. Le gouvernement met aussi systématiquement l'accent sur la nature « défensive » de son armée. Selon les prévisions budgétaires annoncées en mars 2009, ses dépenses militaires devaient progresser de près de 15% en glissement annuel l'an dernier, après +17,6% en 2008, et s'élever à 480,68 milliards de yuans (près de 56 milliards d'euros au taux d'alors).

