Danny Ayalon a réservé un traitement pour le moins humiliant à l’ambassadeur turc, Oguz Celikkol, convoqué après la diffusion d’un téléfilm jugé antisémite. Ankara a réclamé des excuses. Olivier Fitoussi/AFP
La Turquie, pays musulman, a longtemps fait figure d'allié régional d'Israël, après la signature en 1996 d'un accord de coopération militaire bilatérale. Mais leurs relations se sont détériorées après la dévastatrice opération israélienne contre Gaza (27 décembre 2008-janvier 2009).
Lundi, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a de nouveau critiqué Israël, l'accusant de mépriser les résolutions de l'ONU, de disposer et d'user « de capacités (militaires) disproportionnées ». Le ministère israélien des Affaires étrangères a aussitôt dénoncé « une attaque débridée » visant à nuire aux relations bilatérales. Dans la foulée, M. Ayalon a convoqué l'ambassadeur turc à Tel-Aviv pour protester contre la diffusion en Turquie du téléfilm intitulé La vallée des loups. M. Ayalon a pris soin de mettre en scène cette convocation, et les médias israéliens ont évoqué une « réprimande humiliante » à l'appui de photos montrant le diplomate turc l'air contrit, assis sur un canapé bas et face à M. Ayalon, debout et entouré de trois sévères fonctionnaires. Il a refusé de serrer la main du diplomate et l'a contraint à attendre longuement dans un couloir avant d'être reçu. Il a pris soin qu'il n'y ait qu'un fanion israélien sur la table durant la rencontre, exigé qu'aucune boisson ne soit servie et invité la presse à noter que l'ambassadeur était « assis à un niveau inférieur ». « C'est le minimum qui s'imposait dans l'arsenal diplomatique disponible », a ensuite commenté M. Ayalon en expliquant qu'il entendait réagir à la diffusion « du téléfilm anti-israélien et antisémite ».
La Turquie a réagi en convoquant l'ambassadeur d'Israël à Ankara, Gaby Levy, pour protester contre le comportement de M. Ayalon. En Israël même, les médias et le ministre du Commerce et de l'Industrie, Benyamin Ben Eliezer, député du Parti travailliste dont M. Barak est le leader, ont vivement critiqué le comportement de Danny Ayalon. Son comportement était « sans objet, grave et humiliant », a déclaré M. Ben Eliezer, exprimant la crainte que cette attitude « porte atteinte aux relations délicates » israélo-turques. Au ministère des Affaires étrangères, un responsable a estimé sous le couvert de l'anonymat que le but du chef de la diplomatie Avigdor Lieberman, qui prône une diplomatie musclée, était de « faire monter la vapeur avant la visite de M. Barak » à Ankara pour mieux la torpiller. M. Lieberman, chef du parti ultranationaliste Israël Beiteinou dont M. Ayalon est député, s'est opposé à une reprise d'une médiation turque dans les négociations indirectes israélo-syriennes, gelées depuis un an.
Durant sa visite dimanche à Ankara, M. Barak doit rencontrer les principaux dirigeants, dont son homologue Vecdi Gonul, le président Abdullah Gül, le chef de la diplomatie Ahmet Davutoglu, le chef d'état-major et des hauts gradés de l'armée.
Charly WEGMAN (AFP)

