C'est avec une colère difficilement contenue que je vous adresse ce courrier, espérant obtenir quelque réponse à mes interrogations de citoyen lambda.
À chaque fois que le Parlement est appelé à se réunir, et comme à chaque fois que deux élus ou plus se réunissent quelque part (pour ne pas dire comme à chaque fois qu'un élu se réunit avec lui-même), c'est le branle-bas de combat : fermeture de routes, interdiction d'accès, arrogance et impolitesse des agents de l' « ordre », surenchère des gardes du corps en civil n'ayant aucune fonction officielle, défilé de voitures blindées aux vitres teintées et portant à deux ou trois la même immatriculation (et pourtant je croyais que votre précédent gouvernement avait interdit ces vitres blindées, y compris pour les voitures officielles), incivisme de ceux qui sont censés être un modèle... J'en passe et des meilleures.
Auriez-vous l'amabilité, Monsieur le Ministre, de m'expliquer ce qui justifie ce déploiement de force autour de la place de l'Étoile (alors que, vous en conviendrez, la majorité des citoyens se fiche royalement de ce qui s'y passe) ? Ce qui justifie que l'accès à cette même place et aux rues alentour soit interdit même au piéton, ou alors autorisé au compte-gouttes et au prix d'un grand détour sous la pluie ? Ce qui justifie que je doive, pour aller déjeuner au centre-ville, justifier de mon identité et de ma destination à un obscur agent de sécurité en civil ? Ce qui justifie que pour traverser la place de l'Étoile il faille en faire le tour sous le regard inquisiteur des dizaines de militaires déployés alors qu'il suffirait de sécuriser l'étroite entrée du Parlement ? Ce qui justifie qu'à l'heure de la sortie des bureaux, il ne soit pas possible d'emprunter la rue des Banques, ce qui crée des embouteillages monstres pour quitter Beyrouth ? Ce qui justifie en deux mots que ce déploiement de force ait lieu place de l'Étoile alors que le pays en aurait bien besoin ailleurs ?
Je devine déjà votre réponse, Monsieur le Ministre : « Impératifs sécuritaires ». Mais de quelle sécurité s'agit-il ? Vous le savez sans doute mieux que moi, aucune de ces mesures n'a jamais rien empêché. Rafic Hariri était l'homme le plus protégé du pays et rien n'a empêché ses assassins d'agir. Des députés, des responsables politiques, des journalistes ont été la cible d'attentats, au nez et à la barbe de tous vos (nos) services de sécurité.
Quand deviendrons-nous un pays où les élus arrêteront de se prendre pour le nombril du monde avec la complicité de la pléthore de services de sécurité que nous payons de notre déficit budgétaire ? Un pays où ces services seront au service de la sécurité du citoyen et non de quelques-uns ? Un pays où ces mêmes agents seront respectueux du citoyen ? Est-ce trop demander, Monsieur le Ministre ?
Je ne doute pas de votre volonté de réformer, de rectifier ce que trente années de corruption, de laisser-aller, d'affairisme et de clientélisme ont installé. Cela prendra du temps, mais d'ici là, de grâce, commencez par nous rendre nos routes, nos trottoirs, nos quartiers, notre ville !

