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Moyen Orient et Monde - Le Point

SMS révolution

Ali Moussavi venait de quitter son domicile et s'apprêtait à traverser la rue quand il a été renversé par un 4x4. Cinq hommes surgirent du véhicule, dont l'un devait l'achever de plusieurs coups de feu tirés à bout portant. Peu après, la famille recevait un message de la police : « Pas de funérailles ! » Ainsi donc, cet assassinat était bien un acte à portée politique, s'agissant du neveu de Mir Hossein Moussavi, l'un des leaders de l'opposition iranienne. Maladresse, encore une, d'un régime impuissant à contenir ce qui n'est plus une grogne, mais bien un mouvement appelé à prendre de plus en plus d'ampleur, même si, dans un premier temps, il pourrait donner l'impression de s'essouffler.
La flambée du week-end dernier est le fruit d'une conjonction d'événements : septième jour du décès du grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, dispersion à la mosquée de Jamaran d'une foule venue écouter Mohammad Khatami prononcer un discours d'autant plus attendu que l'ancien président avait fait montre d'une exemplaire modération lors des manifestations qui avaient suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, révélations sur des actes de torture dont auraient été victimes des détenus. Tout cela alors que le pays observait le deuil de la Achoura, dont le dixième jour tombait ce dimanche-là.
Ce n'était pas un secret que depuis des semaines des sms circulaient sur le réseau de téléphonie mobile, appelant les citoyens, les jeunes surtout, à descendre dans la rue à cette date. Mais nul n'avait prévu le déchaînement de violence qui allait suivre. Ni surtout ces cris de « À bas le dictateur » et « C'est le mois du sang ; Yazid tombera », auxquels allait répondre une répression féroce, exercée par la police et les bassidji. Les estimations en ce début de semaine variaient entre 15 (chiffre officiel) et une quarantaine de morts (chiffre avancé par l'opposition), sans parler de centaines de blessés à travers le pays et de quelque 300 arrestations. Au nombre des personnes embastillées hier figurent Ibrahim Yazidi, ancien conseiller de l'ayatollah Ruhollah Khomeyni, un temps ministre des Affaires étrangères, ainsi que Emad Baghi, éminent activiste au sein d'une organisation humanitaire
Passés les premiers moments de surprise, les réactions européennes ont été plutôt fermes quand, de l'autre côté de l'Atlantique, l'administration démocrate semblait avoir été surprise par la soudaineté et la vigueur de l'offensive, Barack Obama parlant de « répression injustifiée » et Mike Hammer, porte-parole du Conseil national de sécurité, affirmant timidement : « L'espoir et l'histoire - mais aussi les États-Unis - sont du côté de ceux qui luttent par des moyens pacifiques pour leurs droits universels. » La contagion semble avoir gagné plus vite que prévu des villes comme Chiraz, Arak, Machad, Ardebil, Najafabad, et même Ispahan ou encore la quiète Tabriz, prenant de court des responsables qui s'attendaient à un strict respect de la journée de deuil.
C'était mal connaître l'étendue du malaise dont est atteinte une population marquée par une crise qui va en s'aggravant. À l'épreuve avec l'Occident des premiers temps de la révolution avaient succédé les années de guerre contre l'Irak. Depuis, c'est le bras de fer engendré par le programme nucléaire, avec son cortège de sanctions, c'est-à-dire de privations, de manque de débouchés pour une jeunesse qui représente près de 60 pour cent de la population et qui, quoi que l'on dise, a les yeux tournés vers l'Ouest. Contre cela, la rigidité du régime et ses directives en forme d'incantations ne peuvent rien, ou fort peu comme on le voit désormais. Il y a aussi le fait que certains dignitaires religieux, jadis proches du pouvoir, s'en sont lentement détournés. Montazeri, par exemple, faisait figure de dissident depuis qu'il avait entrepris de critiquer ses anciens compagnons du régime islamique, lui le grand héraut de la wilayet el-faqih, qui s'était même permis de condamner la prise d'otages à l'ambassade US en 1979, de réclamer des relations diplomatiques avec le Grand Satan et même de promulguer une fatwa contre les armes nucléaires.
Il y a cinq mois, Meir Dagan, le chef d'un Mossad qui passe pour être la meilleure agence de renseignements du monde, témoignait devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. Petit extrait du jugement, fort de rapports de ses antennes sur place, qu'il portait sur les accrochages de l'époque entre manifestants et forces de l'ordre : « Rien n'indique que ces actes vont dégénérer en révolution. Au contraire, la tension est appelée à baisser progressivement au cours des jours à venir puis à s'éteindre. » On peut relever que ce n'est pas la première fois que des services secrets se trompent lourdement dans leurs évaluations ; ce n'est sans doute pas la dernière non plus...
Ali Moussavi venait de quitter son domicile et s'apprêtait à traverser la rue quand il a été renversé par un 4x4. Cinq hommes surgirent du véhicule, dont l'un devait l'achever de plusieurs coups de feu tirés à bout portant. Peu après, la famille recevait un message de la police : « Pas de funérailles ! » Ainsi donc, cet assassinat était bien un acte à portée politique, s'agissant du neveu de Mir Hossein Moussavi, l'un des leaders de l'opposition iranienne. Maladresse, encore une, d'un régime impuissant à contenir ce qui n'est plus une grogne, mais bien un mouvement appelé à prendre de plus en plus d'ampleur, même si, dans un premier temps, il pourrait donner l'impression de...
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