Pour Éric Besson, ministre de l’Immigration, « la bonne intégration suppose une dose d’assimilation ». Gérard Cerles/AFP
La France et le Canada, « c'est comme ma femme et ma mère, ce sont mes deux amours ; il n'y pas de hiérarchie entre les deux », tranche Douglas Alteen, un journaliste franco-canadien qui a obtenu sa nationalité française en 2005. Or, pour le ministre de l'Immigration, Éric Besson, « la bonne intégration suppose une dose d'assimilation ». Sans renoncer à ses « origines et à son histoire personnelle », l'étranger naturalisé français doit accepter que « les autres appartenances deviennent secondes par rapport à l'appartenance française », a-t-il relevé. Après avoir grandi au Canada où il est né, Douglas Alteen a vécu aux États-Unis et en Russie. Mais c'est la France qui l'a finalement séduit par son « mode de vie, son histoire fascinante, et ses valeurs ». Une « longue réflexion » le conduira à prendre une « décision importante » : devenir français. « J'aime la France, mais me demander si je l'aime plus que le Canada est une question bizarre, un faux débat », répond M. Alteen, qui avoue parler en anglais avec ses enfants pour qu'ils soient « bilingues ».
Comme lui, la sociologue franco-roumaine Ana-Luana Stoïcea-Deram « aime la France » et se sent « sans aucun doute française », mais n'accepte pas « qu'on dicte un sentiment d'appartenance ». « Nous avons la liberté d'être ce que nous voulons être, et ce n'est pas parce qu'on vient d'ailleurs qu'on a le droit de nous poser des questions sur notre francité », se défend la sociologue qui enseigne dans une université parisienne. L'identité est aussi, selon elle, dans « le regard de l'autre ». Ainsi, si ses étudiants américains la voient comme une « enseignante française », ses étudiants français « de souche » l'ont, à sa surprise, perçue « d'abord comme une étrangère ». Mme Stoïcea-Deram se rend « régulièrement » en Roumanie et aimerait s'y rendre « plus encore » sans avoir le sentiment d'être « moins française ».
Élève avocate, Djohar Sidhoum-Rahal, née en Algérie, est « par filiation » algérienne par son père et française par sa mère.
« C'est absurde de demander aux gens de faire des hiérarchies car les identités ne sont pas figées », juge-t-elle, observant « qu'il y a des injonctions qui sont faites aux juifs et aux musulmans de dire s'ils sont français alors qu'elles ne sont pas faites aux chrétiens ». De la même façon, note-t-elle, « on ne demande jamais si le grand fortuné qui quitte la France pour fuir le fisc est un traître à la nation ». L'identité ne pouvant être « encadrée par des normes juridiques » alors que le ministre est censé « créer de la norme », le débat lancé par M. Besson n'aboutira à « rien de concret », mais aura été au final « une vaste interrogation sur l'islam », déplore la jeune étudiante.
« Complètement française » et « entièrement géorgienne », a récemment affirmé Salomé Zourabichvili, ancienne ambassadrice de France, où elle est née, et ancienne ministre de Géorgie, d'où sont venus ses parents. Elle s'exprimait en présence d'Éric Besson, lors d'un débat à Paris sur l'identité.
Amer OUALI (AFP)

