Le Premier ministre français, François Fillon, a rencontré hier le président chinois, Hu Jintao, au dernier jour de sa visite à Pékin. Peter Parks/Pool/Reuters
Le chef du gouvernement français n'est pas revenu sur la longue parenthèse de tensions franco-chinoises, nourries par la question tibétaine, et qui a connu son apogée avec la rencontre entre le président Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama en décembre 2008. Si au dernier jour de sa visite à Pékin il a reconnu qu'il y avait bien eu « des malentendus », c'est aussitôt pour ajouter qu'ils ont été « exagérés » et qu'ils sont aujourd'hui « dissipés ». Soucieux de recoller les morceaux, M. Fillon est resté très mesuré sur les droits de l'homme. Il a ainsi estimé que la Chine avait accompli des « progrès » en la matière grâce à son « développement économique ». Et quand il s'agit de donner la position de la France sur Liu Xiaobo, un dissident de 53 ans dont le procès doit débuter aujourd'hui, M. Fillon se retranche derrière les protestations de « l'Union européenne ». Jouant l'équilibriste, il a aussi tenu à rappeler qu'en France, « très vieille démocratie, chacun s'exprime comme il l'entend ». « C'est notre tradition. Le gouvernement chinois doit l'accepter », a-t-il ajouté, appelant au « respect mutuel entre les deux pays ».
Le Premier ministre a ainsi déployé des trésors de diplomatie pour consolider le rabibochage avec la Chine qui a débuté en avril avec la rencontre entre M. Sarkozy et son homologue Hu Jintao en marge du G20 de Londres. « La Chine est un immense pays qui doit régler ses problèmes par lui-même et c'est folie que de penser que c'est de l'extérieur que l'on fera changer tel ou tel aspect », a-t-il jugé. Pas question par exemple de fâcher les Chinois à propos du sommet de Copenhague, dont l'échec leur est beaucoup imputé. « Pourquoi revenir sur le passé ? » a dit le Premier ministre français, qui a rencontré M. Hu hier. Pour recoller les morceaux, François Fillon est même sorti de son habituelle discrétion en confiant que son fils de huit ans apprenait le chinois. Après ces fiançailles, la lune de miel, à en croire le Premier ministre français, devrait avoir lieu l'an prochain avec la venue à Shanghai pour l'Exposition universelle de M. Sarkozy - que M. Fillon a failli qualifier dans un lapsus de « Premier mi... » avant de se rattraper - et qui sera suivie par une visite de M. Hu.
Pour la ministre de l'Économie Christine Lagarde, également à Pékin, cette visite revêt carrément un caractère historique. « Il y a eu 1964 et la reconnaissance de la Chine par le général de Gaulle puis les retrouvailles en avril entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao. Maintenant, il y a la visite de François Fillon à Pékin. » Mais pour le député socialiste (opposition) Pierre Moscovici, M. Fillon, « homme pondéré », a « essayé de réparer les dégâts de la politique sarkozyenne (...) souvent maladroite ». M. Sarkozy est « détesté », abonde une personnalité de la délégation de François Fillon. « C'est son style "je te tape sur l'épaule" qui ne passe pas », dit-elle.
Le n° 1 chinois Hu Jintao s'est, lui, félicité des « résultats positifs » obtenus par M. Fillon.


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