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Nos lecteurs ont la parole

Propos sur la déconfessionnalisation

Fouad J. TABET
De prime abord, y aurait-il une différence entre la déconfessionnalisation politique et la déconfessionnalisation tout court au Liban ? À ce propos, il semble qu'il y ait quiproquo ou désinformation sur le sujet. Les uns en parlent comme s'i1 s'agissait de la rendre effective d'un trait de plume. Les autres, en la citant comme simple évocation, pensent qu'elle prendrait des années pour se réaliser.
Dans un pays comme le Liban, la déconfessionnalisation ne peut être éradiquée d'un jour à l'autre. Elle est, depuis des années, pour ne pas dire de siècles, ancrée dans les structures sociales, confessionnelles et conceptuelles du peuple.
Loin de toute littérature politique ou juridique, nous voudrions réduire le terme de déconfessionnalisation à une idée essentielle, à savoir : l'éducation civile et politique. Celle-ci serait à promouvoir, en lui attribuant le temps qu'il lui faudra.
En effet, quelle que soit la déconfessionnalisation, pour des peuples aussi égarés que ceux du Liban (toujours à la recherche de leur identité, comme nous l'écrivions il y a plus de 40 ans), il faut tenir compte d'un point crucial : l'éducation, qui irait à l'encontre des courants de pensées contradictoires, et confuses, inculquées à ces peuples vivant sur ses 10 452 kilomètres carrés.
Jusqu'à l'adolescence, nul d'entre nous ne distinguait entre musulman,
druze, chrétien ou juif.
C'est à partir de cette étape de vie que les institutions essentiellement communautaires ont procédé à la formation des jeunes en leur inculquant la notion d'appartenance, alors que l'éducation devrait commencer par l'application d'un programme adéquat. Ce programme serait préparé par une table ronde, groupant les représentants des différents courants politiques, qui ont touché du doigt depuis 1943 ce problème (lequel n'a pas encore trouvé de solution), et les représentants des instances religieuses qui sont incontestablement parties prenantes, car ce sont leurs discours et déclarations qui orientent leurs ouailles.
Le programme d'éducation propre aux nouvelles générations serait appliqué dès le primaire, suivi du secondaire, et de l'universitaire.
Au cours des prêches, il faudra initier les parents et la population civile adulte aux mêmes principes d'éducation prévus au programme susmentionné.
Les participants à cette table ronde devraient signer une charte acceptée par tous pour être appliquée. Il demeure évident que cette charte tiendrait compte de tous les critères ou contraintes relatifs à chaque communauté.
En parallèle, une fois ce programme adopté, et pour assurer sa réalisation, il faudrait créer, au ministère de l'Éducation nationale ou à celui de l'Intérieur, un département dont la tâche serait de surveiller et d'inspecter les corps enseignants, aux trois différents degrés d'éducation, pour s'assurer régulièrement de l'application intégrale de ce programme, qui prendrait au minimum 15 à 20 ans.
Nous voyons déjà les réactions sceptiques et ironiques, réactions déjà perçues lors de la présentation de ces idées en milieu politico-mondain. Mais tout le monde doit comprendre qu'il y a un début pour tout.
Qui habet aures audiendi, audiat (que celui qui a des oreilles pour entendre, entende) :
La déconfessionnalisation ne pourra se réaliser au Liban qu'au fil du temps
(donner le temps au temps au temps), animée par un « brain storming » au niveau de l'école, de l'université, des institutions civiles, gouvernementales, et du cercle familial, afin que les nouvelles générations, riches
de ces idées, prennent conscience des nouveaux concepts du paysage politico-civil libanais de demain. C'est alors seulement que l'on pourra dire « Liban d'abord ».
Il ne faut pas croire que cet objectif est impossible à réaliser. Les événements de Nahr el-Bared ont prouvé que toutes communautés confondues, nos officiers et soldats, formés et éduqués dans le sens de la citoyenneté, durant un certain nombre d'années, sont morts en martyrs de ce « Liban d'abord ».
L'armée libanaise est le seul corps officiel qui peut se targuer de former,
éduquer et préparer ses officiers et soldats-citoyens, en les incitant à dépasser leur statut communautaire, pour défendre un seul objectif : la République
libanaise.
Si cette institution a réussi par son éducation intensive, pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'ensemble des peuples du Liban ?
Cessons d'écouter les discours de nos politiciens,
qui représentent le Liban d'hier, et activons-nous à les pousser, à penser au Liban de demain.
Si ces réformes courageuses ne sont pas appliquées, le Liban d'hier demeurera, et le Liban de demain ne verra jamais le jour.

Fouad J. TABET
De prime abord, y aurait-il une différence entre la déconfessionnalisation politique et la déconfessionnalisation tout court au Liban ? À ce propos, il semble qu'il y ait quiproquo ou désinformation sur le sujet. Les uns en parlent comme s'i1 s'agissait de la rendre effective d'un trait de plume. Les autres, en la citant comme simple évocation, pensent qu'elle prendrait des années pour se réaliser.Dans un pays comme le Liban, la déconfessionnalisation ne peut être éradiquée d'un jour à l'autre. Elle est, depuis des années, pour ne pas dire de siècles, ancrée dans les structures sociales, confessionnelles et conceptuelles du peuple.Loin de toute littérature politique ou juridique, nous voudrions réduire le...
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