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Liban

Kabbani : Un processus à long terme

Le débat sur l'abolition du confessionnalisme politique est aussi vieux que le Liban. C'est ce que nous rappelle l'ancien ministre Khaled Kabbani dans un aperçu historique retraçant les débats sur cette question. S'abstenant de commenter le timing choisi par le président du Parlement, Nabih Berry, pour déclencher le débat sur cette question, M. Kabbani, qui a participé, aux côtés de Hussein Husseini, son frère Talal Husseini, et l'ancien chef du gouvernement Sélim Hoss à l'élaboration des accords de Taëf, souligne que ce dossier a de tout temps fait l'objet de discussions au sein de la classe politique et ce, depuis pratiquement l'indépendance du Liban.
Retraçant le cheminement intellectuel des pionniers de l'édification de l'État libanais, notamment ceux qui ont participé à la mise en place de la Constitution de 1926, M. Kabbani rappelle comment, dès cette époque déjà, les premiers hommes de l'Indépendance étaient conscients des effets négatifs du confessionnalisme politique sur la coexistence libanaise. C'est la raison pour laquelle le fameux article 95 de la Constitution de 1926 avait prévu une représentation communautaire au niveau des fonctions publiques et du gouvernement avec la mention claire qu'elle serait « provisoire ». Elle devait servir à « rectifier le déséquilibre » au niveau du partage du pouvoir, notamment pour inciter le camp musulman de l'époque à abandonner l'idée de l'unité avec la Syrie. Les chrétiens, en contrepartie, devaient renoncer à réclamer la protection des Français. Le pacte national devait ainsi entériner « une volonté commune, musulmane et chrétienne » d'édifier un État sur base du principe de l'« équité ».
Et l'ancien ministre de rappeler que la première reconnaissance officielle de la nécessité d'abolir le confessionnalisme politique a été clairement annoncée dans la déclaration ministérielle du premier gouvernement de l'indépendance, histoire de dire à quel point les responsables étaient conscients de l'impact négatif de ce système sur l'esprit national. La déclaration devait d'ailleurs souligner que « le jour où le confessionnalisme sera aboli sera un jour de renouveau national et un moment béni ».
Or avec le temps, la pratique politique n'a jamais pris en considération ni même reflété l'orientation exprimée qui est restée confinée aux discours. Au contraire, constate l'ancien ministre, elle est venue conforter l'esprit confessionnel que les lois ordinaires en termes de répartition des postes au sein de la Fonction publique ou des prérogatives des différents pôles politiques, n'ont fait qu'exaspérer, explique-t-il. Depuis, l'abolition du confessionnalisme politique est resté un slogan que tous les gouvernements ont brandi depuis l'indépendance du Liban jusqu'à Taëf.
Et l'ancien ministre de relever l'effet négatif du confessionnalisme sur le fonctionnement des institutions et sur le principe de la démocratie et de la reddition des comptes, de sorte que nul ne pouvait plus demander des comptes aux responsables communautaires. « Ce sont de telles pratiques qui ont beaucoup fait régresser les institutions de l'État », dit-il.
Avec les accords de Taëf, l'abolition du confessionnalisme politique est devenue « un objectif national majeur qui doit être atteint selon un plan provisoire ». « La nouveauté apportée par la seconde Constitution est le fait qu'il s'agit désormais d'un objectif constitutionnel qui n'est plus de l'ordre du slogan », affirme M. Kabbani, qui rappelle que le texte fondamental de la seconde République définit un mécanisme clair pour la mise en place de ce processus. Le mécanisme prévoit précisément la formation d'un comité formé du chef de l'État, du président du Parlement, du Premier ministre et d'une assemblée de personnalités politiques et d'intellectuels qui, ensemble, doivent examiner les moyens et les procédures à mettre en place, selon un plan provisoire et durant une période transitoire.
Or, poursuit M. Kabbani, en prévoyant la clause sur l'abolition du confessionnalisme, les constitutionnalistes à Taëf n'ont pas signifié pour autant qu'elle pouvait être imposée d'en haut, ou que cette décision serait parachutée à un moment ou un autre. « Elle doit être perçue comme un long processus en marche qui devrait se faire selon un plan provisoire », fait-il remarquer.
Car, souligne M. Kabbani, les responsables à Taëf savaient pertinemment qu'il s'agissait d'une question extrêmement sensible, d'autant que le pays venait d'enterrer la hache de guerre et que les divisions et les clivages confessionnels qui avaient marqué l'histoire du pays étaient parvenus à leur paroxysme.
Par conséquent, affirme l'ancien ministre, il est d'autant plus impossible d'envisager aujourd'hui l'abolition du confessionnalisme que depuis 2005, la scène libanaise a été de nouveau marquée par des divisions non seulement confessionnelles mais également sectaires avec l'exacerbation du conflit sunnito-chiite, ce qui a contribué à augmenter les appréhensions. Par conséquent, dit-il, l'élimination du confessionnalisme politique ne porte pas uniquement sur l'exercice du pouvoir, mais elle concerne l'ensemble des Libanais qui doivent être convaincus de l'importance du processus.
Mais avant même d'en arriver là, précise M. Kabbani, d'autres mesures s'imposent pour préparer le terrain et les esprits, notamment le vote d'une loi électorale sur base de la proportionnelle pour pouvoir aboutir à la création du Sénat représentatif des communautés, également prévu par la Constitution. Entre-temps, un chantier de réformes s'impose, telles que la définition d'une stratégie d'éducation nationale pour préparer les nouvelles générations et accroître leur foi dans le rôle de l'État, et surtout la mise en place d'une politique de développement équitable dans toutes les régions. « Il faudrait parallèlement œuvrer à conforter le concept de coexistence dans les esprits et dans la pratique et consolider l'unité du Liban et de son peuple loin des idées qui circulent encore sur la décentralisation politique ou sur le fédéralisme », souligne M. Kabbani. Tout en étant la solution aux multiples maux du pays, l'abolition du confessionnalisme politique est une arme à double tranchant. Si cette question n'est pas abordée de manière rigoureuse et sereine, elle risque de provoquer des effets contraires, conclut M. Kabbani.

Le débat sur l'abolition du confessionnalisme politique est aussi vieux que le Liban. C'est ce que nous rappelle l'ancien ministre Khaled Kabbani dans un aperçu historique retraçant les débats sur cette question. S'abstenant de commenter le timing choisi par le président du Parlement, Nabih Berry, pour déclencher le débat sur cette question, M. Kabbani, qui a participé, aux côtés de Hussein Husseini, son frère Talal Husseini, et l'ancien chef du gouvernement Sélim Hoss à l'élaboration des accords de Taëf, souligne que ce dossier a de tout temps fait l'objet de discussions au sein de la classe politique et ce, depuis pratiquement l'indépendance du Liban.Retraçant le cheminement intellectuel des pionniers de...
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