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Liban - Associations

Un Noël plus chaleureux pour les têtes blanches dans la misère

Ils sont seuls. Ils sont pauvres. Ils sont vieux. Leur vie est désormais derrière eux. À Noël, grâce à Rifaq el-Darb, ils pourront oublier leur misère le temps d'un déjeuner de gala.

Ils sont vieux, seuls et pauvres. Leur vie est derrière eux. Vous pouvez rendre leur Noël plus chaleureux.              Photo Dalati et Nohra

Depuis quinze ans, chaque année pour Noël, l'association Rifaq el-Darb vend des cartes de vœux « Pour que Noël n'oublie personne ». Les sommes ainsi collectées permettent notamment d'organiser un déjeuner de gala pour des personnes du troisième âge, vivant dans la solitude et dans le besoin. Au programme, un repas festif, des cadeaux, des cotillons, des chants et des danses. Cette année, ce déjeuner rassemblera non seulement les têtes blanches de Rifaq el-Darb, mais 1 000 personnes du troisième âge, venues d'asiles et de Restos du cœur de tout le pays. Il se tiendra au restaurant Assaf à Kattin dans le Kesrouan le lundi 28 décembre. La journée commencera à 10 heures et s'achèvera vers 17 heures.
Rifaq el-Darb, fondée initialement par des étudiants de l'USJ, mise surtout sur les visites à domicile effectuées auprès des personnes du troisième âge. Non seulement les membres du groupe leur tiennent compagnie et écoutent leurs histoires mais ils les aident aussi en remplaçant une lampe, fixant un évier, badigeonnant les murs de la maison.
Aujourd'hui, Rifaq el-Darb compte une centaine de personnes du troisième âge habitant notamment Achrafieh, Mar Mikhaël, Nabaa et Bourj Hammoud. L'association tente de meubler leur solitude et d'alléger le fardeau de la pauvreté.
Une fois par mois dans les locaux de l'association, qui se trouvent dans les anciens bâtiments de l'USJ, un repas chaud est servi. Deux fois par an, des excursions sont organisées, il s'agit généralement de pèlerinages à Batroun ou à Saint-Charbel avec une importante pause-déjeuner au restaurant. Des personnes du troisième âge de l'association sont également envoyées dans des camps d'été durant plusieurs jours.
L'association distribue aussi des bûches à Noël et des maamouls à Pâques. Elle organise également des foires de vêtements. Ainsi les vêtements donnés par les plus riches sont lavés et accrochés à des cintres dans les locaux de l'association ; les personnes du troisième âge viennent choisir ce qu'elles veulent comme si elles étaient dans un vrai magasin sans pour autant passer à la caisse.
C'est grâce aux cartes « Pour que Noël n'oublie personne » vendues durant les fêtes de fin d'année que Rifaq el-Darb parvient à financer toutes ses activités de l'année.

20 000 LL pour 5 jours de travail
Annie, Hayganouch, Julie et Nadia iront au déjeuner de gala. Ces femmes, prises en charge depuis plusieurs années par Rifaq el-Darb, avaient des vies. Elles travaillaient. Elles avaient des familles, des frères, des sœurs, des parents, des enfants. Elles ne roulaient certes pas sur l'or, mais elles avaient vécu dignement. Aujourd'hui, elles vivent dans la solitude et dans la pauvreté absolues. Elles comptent sur l'aumône et survivent grâce aux associations, notamment celles qui servent des repas chauds à midi.
La petite chambre humide où loge Hayganouch et sa mère Annie se trouve à Gemmayzé entre deux chantiers où des tours sont en construction. Les deux femmes vivent avec une vingtaine de chats. « Ce ne sont pas les nôtres », indique Hayganouch comme pour s'excuser. « Des voisins sont partis à la montagne et nous ont demandé de garder leurs chats », dit-elle.
Pourtant les deux femmes n'ont plus de voisins. Depuis quelques années, il y a des expropriations dans la zone. À côté de chez elles, il n'y a plus que des ouvriers syriens qui vivent sur les chantiers. « Ils nous ont donné deux lampes branchées à leur générateur. C'est grâce à eux que nous avons l'électricité quand il y a des coupures de courant », indique Hayganouch.
Dans cette chambre rongée par les moisissures, Annie, octogénaire, se plaint : « Nous avions une petite télévision, mais depuis deux mois, quand il y a eu la grosse tempête, elle a pris la foudre. Rifaq el-Darb viennent de nous remettre une nouvelle télé. » « Les pauvres n'ont pas le droit d'être heureux », répète-t-elle.
Hayganouch, quinquagénaire, passe son temps dans les Restos du cœur. C'est là qu'elle mange tous les midis. Elle rentre ensuite en ramenant un plat chaud à sa mère qui sort rarement de la maison.
L'après-midi et en soirée, elle tricote du crochet. « Une dame à Achrafieh me donne des fils et fait des commandes. Parfois je dois travailler de petits éléments que l'on coud ensuite sur des serviettes de bain, parfois de petits carrés qui seront rassemblés pour constituer une nappe ou un couvre-lit », indique-t-elle. « J'encaisse 500 livres l'élément », dit-elle, montrant le travail minutieux qu'elle fait. « Parfois quand il y a vraiment du boulot, je peux faire 20 000 livres en cinq jours. Mais vous savez, je les dépense rapidement en achetant des choses pour la maison. Avec les 20 000 livres de la semaine dernière, j'ai acheté du riz pour faire la cuisine et manger le soir, des kleenex, du pain, des galettes et du fromage. Il faut aussi compter l'électricité. Tous les mois, il faut payer entre 15 000 et 17 000 livres pour l'abonnement », raconte-t-elle, comptant chaque sou qu'elle dépense.

Son rêve, une opération chirurgicale
Julia, Oum Daoud, habite le quartier de Mar Mikhaël avec sa fille âgée de 55 ans. Il faut avoir l'estomac bien accroché pour pouvoir rester dans la maison de cette septuagénaire, qui vit avec deux chiens bâtards. « J'ai rapporté la chienne il y a trois ans quand une voisine a été assassinée. Je me suis dit que ça me protègera des bandits. Et puis elle a mis bas, je n'ai pas eu le cœur de la séparer de son chiot », explique-t-elle.
Julia, qui était femme de ménage, souffre de plusieurs maladies. Elle a des douleurs aux genoux à cause d'une vieille chute mal traitée et une cataracte à l'œil. Sa fille est au chômage. Elle a arrêté de travailler avec la fermeture, il y a une dizaine d'années, de Télé Liban.
Comme tous les autres pauvres de la zone, la septuagénaire passe son temps à tourner auprès des associations pour manger. Parfois elle a des médicaments gratuits. « J'ai besoin par exemple de médicaments pour le cœur, le flacon coûte 41 000 livres et souvent je ne peux pas l'acheter. Je suis fatiguée. Je suis comme une vieille voiture, j'ai besoin de révision, de plein de pièces de rechange », raconte-t-elle. « En tout cas, pourquoi faut-il s'en faire », demande-t-elle, soulignant que « tout se terminera bientôt à Mar Mikhaël », désignant ainsi le cimetière qui se trouve non loin de là.
Julia a un seul rêve : pouvoir se faire opérer de l'œil. « Je prie pour ne pas devenir aveugle. Je ne peux pas imaginer quelle sera ma situation si je perds la vue. Vous savez, les vieillards sont des gens fatigués, je veux juste pouvoir continuer à voir autour de moi, pour que je puisse me déplacer », indique-t-elle. Julia ne demande que « la miséricorde divine » et croit dur comme fer qu'elle « peut compter sur le Seigneur qui pourvoira à tout ».
Julia se met à parler de la guerre. Elle a perdu son mari atteint d'une balle à la tête, en 1990. « Il est mort à 57 ans. Quand il était là, la vie était de loin plus facile », soupire-t-elle.

Qui va m'enterrer ?
Nadia aussi évoque la guerre qui a brisé sa vie. Elle habite une chambre à la rue Monnot. Mais avant cela, jusqu'au début des années 80, elle vivait à Clemenceau en hiver et à Deir el-Chir (caza de Aley) en été. Parfois même, elle louait un chalet dans un centre balnéaire pour la saison estivale.
Nadia, coquette, ne veut pas dire son âge. À côté de son lit, il y a une pile de journaux L'Orient-Le Jour. « Un père jésuite me les donne pour que je puisse passer le temps. Je joue aux mots croisés, au mot secret et au sudoku », raconte-t-elle.
Nadia était enseignante. Elle donnait des cours d'arabe et de français. Quand elle avait pris sa retraite, elle pouvait encore joindre les deux bouts en donnant des leçons particulières. Ce n'est plus le cas actuellement.
« Ma mère, mon père, ma sœur et mon frère sont morts. Il y a quelques jours, j'étais à l'église au centre-ville, j'ai dit à saint Georges : je les enterrés tous, qui va m'enterrer à moi ? » raconte-t-elle.
Nadia, qui a les cheveux teints en châtain clair, montre d'anciennes photos. « Je n'ai pas toujours été vieille. J'avais une vie, je suis tombée amoureuse d'un homme durant 25 ans. Il était très beau. Toute ma vie, je l'ai attendu. Il ne m'a jamais épousée. Mais lui non plus ne s'est jamais marié. Plus tard, quand il est tombé malade, je me suis occupée de lui. J'ai loué pour lui une chambre ici, à côté de la mienne. Je lui faisais la cuisine et je lui donnais ses médicaments. Les derniers jours de sa vie, il ne pouvait plus boire que du lait », indique-t-elle.
Nadia se souvient des soirées chic passées avec l'homme de sa vie, des voyages qu'elle avait faits avec lui. « Mais même si j'ai aimé, quand je regarde en arrière, je vois que ma vie n'a pas été heureuse », dit-elle. « Aujourd'hui, je souffre de maladies chroniques. Les pères jésuites m'aident beaucoup, ils me donnent beaucoup de choses », ajoute-t-elle.
Nadia a honte de sa pauvreté. Elle raconte qu'il y a quelques semaines, un parent qu'elle n'a pas vu depuis longtemps est venu lui rendre visite. « Il a frappé à la porte mais je ne lui ai pas ouvert. Je ne veux pas qu'il voit la chambre dans laquelle je vis », dit-elle.
Nadia, Julia, Hayganouch et Annie seront au déjeuner de gala de Rifaq el-Darb le 28 décembre prochain. Vous pouvez rendre leur Noël plus chaleureux en achetant des cartes « Pour que Noël n'oublie personne » à 20 000 livres l'unité. Pour vos dons, composez le 03-624645 ou le 03-522058. Vous pouvez aussi consulter le site Web de l'association à l'adresse suivante : www.rifaqeldarb.org .
Depuis quinze ans, chaque année pour Noël, l'association Rifaq el-Darb vend des cartes de vœux « Pour que Noël n'oublie personne ». Les sommes ainsi collectées permettent notamment d'organiser un déjeuner de gala pour des personnes du troisième âge, vivant dans la solitude et dans le besoin. Au programme, un repas festif, des cadeaux, des cotillons, des chants et des danses. Cette année, ce déjeuner rassemblera non seulement les têtes blanches de Rifaq el-Darb, mais 1 000 personnes du troisième âge, venues d'asiles et de Restos du cœur de tout le pays. Il se tiendra au restaurant Assaf à Kattin dans le Kesrouan le lundi 28 décembre. La journée commencera à 10 heures et s'achèvera vers 17...
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