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Liban - Reportage

Pointes et traits d’esprit pour rompre la monotonie des discours…

Saad Hariri à la place qui a été longtemps occupée par son père Rafic, l'instant aurait pu être émouvant. Il était surtout chargé de sympathie. Les 125 députés présents à l'ouverture de la séance parlementaire, les journalistes, les fonctionnaires du Parlement et les membres du service d'ordre avaient tous les yeux fixés sur le jeune Premier ministre et le soutenaient dans ses efforts pour achever la lecture de la déclaration ministérielle. Saad Hariri a dû boire quelque cinq verres d'eau pour accomplir sa mission et ses fautes ont suscité des commentaires amusés, d'abord de sa part et ensuite de celle des autres. Avec humour, il a ainsi lancé : « Et dire que nous avons résumé le texte. » Arrivé à la dernière page, il entend le président de la Chambre demander non sans malice : « Cheikh Saad, voulez-vous qu'on lise à votre place ? »
Pointes et autres traits d'esprit (relatifs) étaient surtout destinés à empêcher la séance de tomber dans une monotonie lassante, mais les présents savaient dès le départ que les jeux étaient faits. Avant de commencer à lire la déclaration ministérielle, Saad Hariri avait annoncé que son gouvernement espérait obtenir une confiance jamais égalée au Parlement avec 99 % des voix des députés. Dès le départ, il était donc clair que le climat d'entente dominerait les séances et certains députés de blocs différents ont pris soin de changer de place devant les caméras qui retransmettaient l'événement en direct pour montrer que le clivage entre les deux camps n'est plus ce qu'il était et que l'heure est au dialogue. D'ailleurs, avec un gouvernement qui regroupe tous les blocs et qui ressemble à un Parlement réduit, il est clair que les députés n'avaient plus grand-chose à dire, si ce n'est parler des problèmes de leurs régions ou évoquer le fameux sixième point de la déclaration qui concerne le droit à la résistance et qui constitue le seul élément de débat de ces séances marathoniennes à l'issue connue d'avance.
Difficile de rester des heures assis à la même place sous les regards avides des journalistes en quête d'un geste ou d'un incident qui les feraient sortir de leur torpeur. Pour combattre l'ennui, Nadim Gemayel examinait les options de son portable (en sachant qu'au sein de l'hémicycle, les réseaux de transmission sont coupés), alors que Nohad Machnouk lisait un rapport visiblement très intéressant, placé discrètement sous le texte de la déclaration ministérielle. Ali Fayad et Nawwaf Moussawi égrenaient leurs passe-temps alors que Mohammad Raad et Mohammad Fneich, assis au fond de la salle, bavardaient discrètement comme deux cancres. Fraîchement rentré de France, Marwan Hamadé a concocté avec le président de la Chambre Nabih Berry un billet qui a été envoyé à Saad Hariri encore à la tribune. Ce dernier l'a ouvert et a ri, avant de dire : « Je ne peux pas l'ajouter à la déclaration ministérielle », provoquant les rires des deux compères, qui n'ont pas voulu révéler à la presse le contenu du billet. Gebran Bassil et Ziyad Baroud ont entretenu une longue conversation qualifiée de technique, pendant que Michel Pharaon demandait à Nadim Gemayel de s'installer à ses côtés. Les deux députés ont contraint Alain Aoun de s'asseoir un peu plus loin pour discuter tranquillement.
Apartés, échanges parallèles, plaisanteries (le champion reste Serge Tersarkissian), tout a été tenté pour éviter l'ennui... même écouter les discours des députés. Michel Aoun a pris la parole en premier. En moins de dix minutes, il a rappelé que son courant est laïc et aspire à l'avènement d'un État civil, mais cela ne l'empêche pas de penser que l'abolition du confessionnalisme politique doit être un processus qui commence à l'école. Ce qui a poussé Nabih Berry à lancer : « Nous sommes d'accord puisque j'ai proposé la formation de la commission pour préparer le terrain à l'abolition du confessionnalisme, non pour le réaliser. » Nagib Mikati a pris la parole en second et son discours empreint de pragmatisme a laissé une impression favorable chez les présents. Mais c'est le vice-président de la Chambre Farid Makari qui a créé la surprise en qualifiant le point relatif à la résistance de violation de la souveraineté. Mais dans la pure règle du compromis, il a ajouté : « Si j'étais ministre, j'aurais émis des réserves sur ce point. » Autrement dit, en tant que député, je vais quand même voter la confiance...
Au fil des heures et des discours, l'attention se relâche et le point de conflit reste le même : la résistance et ses armes, sans toutefois dépasser le plafond de l'entente générale. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à regarder du côté de Walid Joumblatt qui s'est fait très discret et s'est retiré après le discours de Michel Aoun...

Saad Hariri à la place qui a été longtemps occupée par son père Rafic, l'instant aurait pu être émouvant. Il était surtout chargé de sympathie. Les 125 députés présents à l'ouverture de la séance parlementaire, les journalistes, les fonctionnaires du Parlement et les membres du service d'ordre avaient tous les yeux fixés sur le jeune Premier ministre et le soutenaient dans ses efforts pour achever la lecture de la déclaration ministérielle. Saad Hariri a dû boire quelque cinq verres d'eau pour accomplir sa mission et ses fautes ont suscité des commentaires amusés, d'abord de sa part et ensuite de celle des autres. Avec humour, il a ainsi lancé : « Et dire que nous avons...
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