Actualité ou manque d'actualité oblige, le document du Hezb fait encore couler beaucoup d'encre. Il se distingue, certes, par ses visées géopolitiques extraterritoriales. Le Hezbollah met beaucoup l'accent sur l'importance qu'il se donne en tant qu'acteur sur la scène régionale, voire internationale. Un rôle universel même, puisque le parti n'hésite pas à soutenir qu'il constitue, aux côtés de l'Iran et de la Syrie, un pilier essentiel de la résistance à l'hégémonie US, comme l'était jadis l'URSS. Excusez du peu !
Mais, naturellement, ce sont ses propositions internes qui retiennent le plus l'attention des Libanais. Un : il veut garder ses armes, et il y a de quoi frémir. Deux : il entend mettre à pied d'égalité la résistance qu'il incarne et l'État, en termes notamment de décision de guerre ou de paix. Trois : il compte balayer Taëf et le régime démocratique parlementaire, en avançant le choix suivant : ou bien la démocratie du nombre entier, par l'abolition du confessionnalisme politique, ou alors le maintien, à tout jamais, du système de Doha. C'est-à-dire d'un gouvernement de coalition, au nom du partenariat obligatoire, avec tiers de blocage. Ou, encore mieux, avec décision de ne rien décider qu'à l'amiable, avec droit de veto, au nom de ladite démocratie consensuelle. En prime, une parité à trois et non plus à deux, comme Taëf l'édicte. Certes, on commence à opérer cette révolution derrière un paravent. Dans ce sens que le partage en trois se fait non plus entre chrétiens et musulmans, mais entre pans politiques distincts, le 14 Mars, le 8 Mars ainsi que le centrisme fidèle au président de la République. Mais un jour ou l'autre, on se rabattrait, la coutume arithmétique étant prise, sur le volet communautaire, comme le Hezbollah le demande depuis longtemps.
Les projets du 14 Mars et du Hezbollah sont, répétons-le, fondamentalement différents. Il n'empêche que, tant que nous sommes en démocratie, ils peuvent, et doivent même, être comparés et discutés par les composantes du pays politique. C'est ce que relève le coordinateur du secrétariat général du 14 Mars, Farès Souhaid. Le débat devant se dérouler au sein des institutions constitutionnelles, l'Assemblée nationale et le Conseil des ministres et non autour de la table de dialogue national. Car, si on lui confiait le soin de traiter un dossier aussi vital, on en ferait un pouvoir parallèle plus puissant que l'État et que la Loi fondamentale qui le régit, créant de la sorte un précédent mettant le Liban à la merci d'un tel collège officieux et l'empêchant de se gouverner en fonction de la volonté du peuple souverain, puisque la Chambre des députés et le gouvernement qu'elle assied n'auraient plus leur mot à dire. Mais, objectera-t-on, pourquoi la table ronde de dialogue a-t-elle été mise en place ? La réponse, dans le cas présent, est d'ordre technique. Il faut en effet discuter de la stratégie de défense, et les pouvoirs ont besoin d'un avis préliminaire consultatif émanant des parties concernées.

