Toujours es qualités, le ministre de la Justice a confirmé, au sujet de la mise à pied d'un juge pour corruption, que l'épuration du corps judiciaire se poursuivra jusqu'au bout. Ripostant aux sceptiques, qui laissent entendre que le dossier serait vite plié, il a ajouté que le sujet, purement judiciaire, restera traité loin de toute politisation. Dans le même esprit, Najjar assure que les nominations ne tolèrent, sous son égide, aucun copartage, précisant que le pays a besoin de juges aussi courageux que probes.
Bien entendu, le ministre, interrogé sur les enquêtes concernant des assassinats perpétrés ces dernières années, comme ceux du député Walid Eido ou du général François Hajj, imputés par certains à Fateh el-Islam, a indiqué qu'il ne peut livrer ni informations ni noms avant un verdict définitif. Soulignant cependant que les investigations criminelles vont bon train, sans relâche.
Toujours dans son domaine propre, Najjar a qualifié de positive la visite effectuée au Liban par le procureur auprès du Tribunal spécial internaitonal, Daniel Bellemare. Une démarche qui a eu pour but, signale le ministre, d'informer les Libanais que la cour ne peut encore fixer de date pour la publication de l'acte d'accusation. Et que les audiences ne commenceront donc que lorsque l'enquête sera clôturée. Le magistrat international a également voulu dire aux Libanais, selon le ministre, qu'ils doivent garder l'espoir, bien que l'acte d'accusation tarde à être diffusé, car l'instance internationale va toujours résolument de l'avant.
La politique
Ibrahim Najjar estime que le cabinet actuel baigne dans un meilleur climat que le précédent. Il met l'accent sur la détente perceptible entre le Courant du futur et le CPL qui semble disposé, à son avis, à concourir à la dynamisation de l'action que le chef du gouvernement, Saad Hariri, compte entreprendre.
Pour le ministre, le rapprochement et les réconciliations sont en bonne voie. Il cite la visite du général Michel Aoun à Bkerké, les divers rabibochages à l'actif de Walid Joumblatt, notamment avec des opposants, ainsi que les rencontres organisées à Baabda sous l'égide du président Michel Sleiman. Cela étant, les points enregistrés jusqu'à présent ne font que paver la voie, selon Najjar, à la seule vraie réconciliation qui tienne, et qui doit être générale, globale, transparente et équitable.
Najjar relève que la stabilisation en cours est double, intérieure et extérieure. Il rappelle la jonction syro-saoudienne, encouragée par Qatar, le rapprochement franco-syrien. Pour souligner que le Liban bénéficie des ententes extérieures, tout comme il pâtit des désaccords, ou des tensions, entre les capitales. Il note, cependant, qu'il faut travailler, à l'intérieur, pour mettre à profit la stabilisation, étape importante dont toutes les parties doivent se réclamer, et la rentabiliser en termes d'intérêt public. Il s'agit donc de ne pas rester les bras croisés, car l'apaisement permet à la fois le traitement des problèmes socio-économiques et la stimulation du dialogue politique national. Notamment au sujet de la stratégie de défense. Répétant que les réconciliations favorisent les solutions, Najjar appelle à un dialogue des braves. Pour que l'arrangement général soit celui du courage et non de la capitulation.
Et le manifeste du Hezbollah ? Najjar répond que chacun garde, au Liban, son droit de croyance, d'opinion et d'expression. Mais, souligne-t-il, lorsqu'une telle liberté se trouve traduite en armes, sur le terrain, la question devient sujette à débat entre tous, et c'est ce qui se produit autour de la table de dialogue national.
La diplomatie
Selon le ministre, le chef du gouvernement, Saad Hariri, franchirait un large fossé en se rendant à Damas, pour traiter avec les dirigeants syriens, en toute dignité, comme en toute franchise indépendante. De tels échanges, ajoute-t-il, aurait des effets bénéfiques sur toutes les parties libanaises. Et tous les pôles du cru devraient se rendre, dans le même esprit d'honneur, sans aucunement tourner le dos aux libertés nationales essentielles. En ce qui le concerne lui-même, et en tant que ministre concerné par le problème des détenus en Syrie, il répond qu'il irait au bout du monde pour ramener un seul Liban, et à plus forte raison plusieurs dizaines ou centaines.
Enfin, Ibrahim Najjar pense que la visite du président Michel Sleiman à Washington sera couronnée de succès, bien que 31 membres du Congrès américain aient demandé au département d'État d'accentuer, à cette occasion, les pressions en vue d'un désarmement du Hezbollah. Pour le ministre, nonobstant cette position des parlementaires US, les entretiens bilatéraux ne concernant que les deux chefs d'État, le président Sleiman devrait revenir avec l'assurance d'un soutien américain confirmé au Liban.

