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Liban

Le document du Hezbollah : un changement stratégique ou tactique ?


Le document politique du Hezbollah continue d'occuper les milieux politiques et diplomatiques et fait l'objet de plusieurs lectures et interprétations. Mais au-delà des passions que le seul nom de ce parti ou de son secrétaire général provoquent, le texte mérite un examen plus approfondi.
En réalité, la tenue du congrès général était le prétexte, le document étant, lui, en gestation depuis quelque temps déjà, sur une impulsion de Hassan Nasrallah qui estimait que le moment était venu d'annoncer une « renaissance politique du parti », plus en phase avec l'évolution de la situation interne, régionale et internationale. La rédaction du document a exigé de nombreuses réunions marathons et chaque mot en a été soigneusement choisi sous la supervision directe du secrétaire général. Certains paragraphes ont d'ailleurs suscité un débat interne, notamment chez des personnalités religieuses qui jugeaient certains concepts trop laïques. En définitive, tout le monde s'est rendu à la vision pragmatique du secrétaire général et à sa volonté d'ouverture en direction de toutes les autres parties libanaises.
Il faut dire aussi que ce document a été élaboré à un moment où le Hezbollah ne se sent plus une cible permanente des parties internes - comme c'était le cas au cours des cinq dernières années - et il considère qu'il est bien plus à l'aise dans son action de résistance. Même si certains courants continuent de soulever la question des armes du Hezbollah et à émettre des doutes sur son intégration au sein de la société libanaise, le parti considère que la page noire de la discorde interne est tournée, notamment avec le commandement du Courant du futur (en attendant que la base suive), et avec le chef du PSP et l'ensemble de la communauté druze. Ce qui lui permet d'assurer ses arrières et de se sentir relativement rassuré en cas de nouvelle guerre avec Israël.
Dans ce climat globalement positif, sous le parapluie de l'entente syro-saoudienne, le Hezbollah peut donc se permettre des ouvertures en direction des autres partenaires libanais. Il a d'ailleurs sciemment repris dans son document officiel un paragraphe entier tiré du document d'entente signé avec le CPL en février 2006, qui porte sur la volonté des Libanais de vivre ensemble et sur le principe de la démocratie consensuelle qui assure une participation réelle de toutes les parties à l'exercice du pouvoir et constitue un facteur rassurant pour toutes les composantes de la patrie. Le message adressé par le Hezbollah est clair : il souhaite montrer qu'il tient désormais compte de ses alliés qui ont une influence directe sur sa vision politique du pays. Il montre aussi qu'il n'est pas hermétique et refermé sur lui-même et sur ses croyances propres, mais qu'il peut au contraire se laisser séduire par les idées nationales si elles sont expliquées par des parties alliées. C'est indirectement un encouragement aux autres composantes du pays à suivre l'exemple du CPL. C'est aussi la preuve concrète que l'interaction entre le Hezbollah et ses alliés va dans les deux sens, contrairement à ce qui a pu être déclaré « sur le suivisme du général Michel Aoun » à l'égard du parti.
Le document officiel du parti utilise ensuite une nouvelle terminologie, plus proche des discours gauchistes des années 70 que des propos religieux de la révolution iranienne. Si l'exposé de la situation internationale et la partie consacrée à la lutte contre Israël et à l'échec du projet américano-sioniste rappelle un peu les discours révolutionnaires enflammés des années 70 et ceux des mouvements de libération, la partie consacrée aux relations avec les pays arabes est bien plus conciliante et modérée. Le Hezbollah répond ainsi indirectement aux accusations portées contre lui de vouloir « chiiser » les sunnites et de chercher à renverser certains régimes arabes. Au contraire, le propos se veut rassurant, dans le sens de l'appui à tous les régimes arabes, avec juste une seule demande : ne pas entraver l'action de la résistance palestinienne et libanaise. De plus, la reconnaissance de l'identité arabe du Liban est aussi un message adressé à tous ceux qui soupçonnent le Hezbollah de renier son arabité en faveur de son appartenance au monde musulman représenté par l'Iran. Enfin, la mention de la République islamique d'Iran, dans le chapitre consacré aux relations du Hezbollah avec le monde musulman, est placée dans le cadre de l'appui stratégique de ce pays à la cause centrale des Arabes, la cause palestinienne. La République islamique est aussi considérée comme un modèle d'indépendance en référence à sa lutte contre le projet « d'hégémonie américain ». Le texte rappelle que l'Iran a été le premier pays à ouvrir une ambassade palestinienne sur son territoire après la fermeture de celle d'Israël. Ce pays n'est donc pas mentionné en tant que référence religieuse, mais en fonction de sa stratégie en faveur des luttes pour l'indépendance et contre « l'arrogance américaine ». Certains analystes voient dans ce chapitre la confirmation de rumeurs sur un certain refroidissement des relations entre la République islamique et le Hezbollah, en particulier avec le secrétaire général du parti, qui serait critiqué en Iran pour sa politique « indépendante » et « arabe ». Les cadres du Hezbollah démentent catégoriquement ces rumeurs tout comme ils nient certaines informations sur la volonté du Hezbollah de s'assurer de nouvelles sources de financement au cas où... Ce qui reste sûr, c'est que le paragraphe consacré aux relations avec l'Iran est différent du ton généralement adopté à l'égard de ce pays.
Autre point à relever, l'insistance du document sur l'édification d'un État pour tous les Libanais, fort et juste, avec les grands titres de la conception de cet État et de ses institutions, qui pourraient figurer dans le document fondateur de n'importe quel autre parti politique. L'évolution est donc claire et elle s'inscrit dans le sens de la nouvelle politique du parti de laisser de plus en plus de place aux institutions de l'État. Par conviction sans doute, mais aussi parce que l'expérience de gestion interne des régions sous contrôle du Hezbollah n'a pas été un grand succès, sur le plan des municipalités, de l'action sociale ou de la lutte contre la drogue... Le Hezbollah semble ainsi démentir, un peu par nécessité, les accusations portées contre lui de vouloir vivre en ghetto...
A travers ce document, le Hezbollah a donc voulu expliquer sa nouvelle vision politique, locale, régionale et internationale. Le changement est perceptible, mais la question importante reste la suivante : s'agit-il d'une véritable évolution ou d'un changement tactique et ce changement dépend-il seulement de la personne du secrétaire général ou bien est-il le fruit d'une conviction générale ? Les cadres du parti parlent d'option stratégique. Selon eux, le parti est sincère et il a fait ses choix. Ils ajoutent que si certains doutes sont compréhensibles, d'autres ne sont pas fondés sur des éléments concrets et visent simplement à mettre en permanence le Hezbollah sur la sellette...

Le document politique du Hezbollah continue d'occuper les milieux politiques et diplomatiques et fait l'objet de plusieurs lectures et interprétations. Mais au-delà des passions que le seul nom de ce parti ou de son secrétaire général provoquent, le texte mérite un examen plus approfondi. En réalité, la tenue du congrès général était le prétexte, le document étant, lui, en gestation depuis quelque temps déjà, sur une impulsion de Hassan Nasrallah qui estimait que le moment était venu d'annoncer une « renaissance politique du parti », plus en phase avec l'évolution de la situation interne, régionale et internationale. La rédaction du document a exigé de nombreuses...
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