Des fragments de rails traversant le bitume.
Enseignant la photographie à l'Université Notre-Dame(NDU) depuis septembre 2007, le jeune artiste avait obtenu un BA en photographie à l'USEK avant de monter Grayscale, une boîte spécialisée en photos de mode et de publicité. De 2004 à 2007, Nasr réside en Angleterre où il étudie à la University for the Creative Arts (Kent) décrochant ainsi sa maîtrise.
C'est une certaine nostalgie de la montagne et d'une nature tout en perspectives qui le ramène vers le pays.
Après plusieurs expositions collectives, son travail personnel installé à « Umam D&R » en 2006 lui vaut la reconnaissance du public libanais.
Pourquoi donc le train ? « D'abord parce que je suis obsédé par le train depuis mon enfance, répond-il. Et ensuite, parce que c'est un sujet qui intéresse tout Libanais ; je suis persuadé que si chaque regard retient ne serait-ce qu'une seule image de cette exposition, il y aurait une sorte de sursaut collectif à l'égard d'un problème que les citoyens vivent et côtoient tous les jours, à savoir le trafic asphyxiant de la ville. »
Une mémoire fragmentée
Out of Order est certes un projet moins personnel qu'Opération 9, mais il illustre la démarche artistique du photographe qui parvient à faire parvenir un message d'ordre social ou politique par le biais de l'esthétique et qui s'inscrit dans la lignée de ses travaux précédents.
Durant plus de huit mois, Noël Nasr va suivre les traces d'un chemin ferroviaire qui traversait tout le pays, du Sud jusqu'à Damas. Il va traquer cette ligne fantôme qui a laissé pourtant ses empreintes. Transperçant le bitume, se laissant envahir par une nature exubérante ou traversant encore un sol lunaire, les fragments métalliques du passé reprennent vie, confrontent la vie et questionnent la mémoire.
Tout comme les autres systèmes défectueux d'un État invalide (électricité, eau et télécommunications), la représentation du délabrement du chemin de fer pourtant si nécessaire et si vital au pays est un tantinet provocateur.
Captées toutes après minuit, les photos teintées d'humour mais aussi d'un grand amour pour la vie ne sont pas là pour geler l'instant, mais pour le prolonger à l'infini. Ni un documentaire ni des archives, mais une lutte sans fin entre la mort et la renaissance. Dans ces rais de lumière que dessine l'objectif, dans ces objets urbains pris parfois en contre-plongée et qui peuplent l'espace ; enfin, dans cette lumière rougeâtre ou glaciale qui nimbe la nuit, le métal est présent, magnifié, défiant le temps et revendiquant sa survie. « À noter que la compagnie ferroviaire fonctionne encore, mais quel est donc son rôle ? Est-elle là pour veiller les morts ? » s'interroge Noël Nasr.
En attendant qu'une réelle action se profile dans le futur, ces allures squelettiques de ferrailles murmurent aux oreilles de l'objectif. Entendez-vous siffler le train ?
Au Sesto Senso, route principale de Sarba, centre Versailles. Jusqu'au 6 décembre. Tél. : 03/279616.

