C'est pour cela que j'ai été élevé dans l'admiration de la France, de ses valeurs républicaines, de sa démocratie qui sait respecter les diversités sans nuire à l'unité. Du Liban, quand j'étais petit, mon imaginaire a été façonné par les symboles républicains : un drapeau bleu blanc rouge ; un hymne, la Marseillaise ; une devise, « liberté, égalité, fraternité » qui ont un écho universel.
Je suis inquiet d'un phénomène que je vois se développer dans ma circonscription, autour de Béziers, et que m'ont rapporté plusieurs maires d'autres régions de France : lors de certains mariages civils, des invités brandissent des drapeaux de leurs pays d'origine. Cela peut entraîner un désordre public et même des heurts, comme cela s'est produit récemment sur le parvis de la mairie de Béziers. Je comprends évidemment que, dans le cercle familial, particulièrement à l'occasion d'un mariage, on cultive un lien vivant avec son histoire et son pays d'origine. Français né au Liban, je sais qu'une double appartenance est source de richesse et je fais mienne cette belle phrase de Marc Bloch : « C'est un pauvre cœur celui auquel il est interdit de renfermer plus d'une tendresse. »
Mais cet attachement légitime à des racines familiales ne doit pas prendre la forme d'une provocation lors de la cérémonie de mariage civil. Le mariage civil n'est ni une formalité administrative ni un prétexte pour donner un peu de lustre à un engagement privé. Si le mariage à la mairie est bien une fête, c'est une fête pour toute la communauté nationale. Pas seulement une réunion de famille où chacun exhiberait ses origines au mépris de ce qui nous rassemble.
Se marier à la mairie, c'est poser un acte républicain solennel. C'est reconnaître que le mariage n'est pas qu'un contrat intime entre deux personnes, mais une institution qui concerne toute la société. C'est d'ailleurs pour signifier cette dimension publique que la porte de la salle des mariages doit rester ouverte pendant la cérémonie.
Dans cette perspective, se livrer à un défilé de drapeaux étrangers à cette occasion relève au mieux de la faute de goût, au pire de la provocation. Dans la maison commune, on n'exprime pas avec outrance ce qui nous différencie les uns des autres, on valorise ce qui nous unit, quelles que soient nos origines et nos préférences.
J'ai trop payé pour savoir ce que l'exacerbation des communautarismes comporte de dangers pour ne pas réagir. Ce phénomène de provocation par rapport à nos symboles nationaux n'est pas isolé : on a vu, notamment dans les stades de football, la Marseillaise sifflée. Tous ces événements traduisent un échec de l'intégration qui me préoccupe.
Or je me suis rendu compte que rien dans la loi ne prescrit l'utilisation des symboles républicains, que sont le drapeau national, le buste de Marianne, le portrait du président de la République ou la devise de la République, dans les bâtiments publics. Que l'usage de ces symboles ne repose que sur une coutume républicaine. Cette tradition étant généralement bien respectée par les maires, les textes ne prévoient pas actuellement de sanction administrative ou pénale, en cas de dérogation à cette coutume républicaine. Autrement dit, un maire peut d'autant moins faire respecter les symboles républicains dans sa mairie qu'il n'est pas lui-même obligé de les mettre en valeur...
Il faut mettre fin à ce vide juridique. Je propose que soit inscrit dans la loi le devoir pour le maire de faire respecter les symboles républicains lors des célébrations de mariages se tenant dans les locaux de la mairie. Le maire pourra, s'il l'estime nécessaire, interdire aux participants d'arborer des drapeaux ou des signes d'appartenance nationale autres que ceux de la République française et interrompre la célébration si cette interdiction n'est pas
respectée.
Certains vont dire : « Voilà l'UMP qui court après le FN » ! Mais je refuse de laisser croire que le FN aurait le monopole du drapeau tricolore. Nous sommes l'un des seuls pays au monde où l'on est accusé d'extrémisme dès qu'on parle de fierté nationale... Allez voir aux États-Unis combien le drapeau est omniprésent, respecté par tous, symbole auquel s'identifient et se reconnaissent les Américains de toute origine. C'est un trop beau cadeau fait au FN que de déserter les thèmes de l'identité et du vivre ensemble en France. D'autres vont dire : « Voilà beaucoup de battage médiatique pour une simple histoire de drapeau ! Faut-il se battre pour un symbole alors qu'il y a tant d'autres sujets urgents en France aujourd'hui, comme le chômage ou la crise ? » Oui, le drapeau est un symbole. Oui, la France a bien des priorités graves, notamment économiques. Mais nous aurions bien tort de croire que la question de l'identité n'est pas une urgence en France, alors que notre pays se révèle tiraillé, en proie au doute sur ce qu'il est et sur ce que sera son avenir. Nous ne devons pas dissocier le combat pour la diversité et celui pour l'unité. Renforcer la cohésion dans notre pays et donner à chaque Français les chances de réussir quelle que soit son origine, c'est un même effort que nous devons mener ensemble. Dans ce combat, il ne faut pas négliger l'importance des symboles, car respecter un drapeau, ce n'est pas rendre hommage à un simple bout de tissu, c'est se reconnaître dans une histoire commune porteuse de sens et dans des valeurs partagées. Alors que va s'ouvrir un grand débat sur l'identité nationale, je tiens à rappeler cette exigence.
Élie ABOUD
député de l'Hérault
Pilote de l'atelier
« Communauté » de
Génération France.fr

