La ministre française de l’Économie Christine Lagarde.
Lundi dernier, le président de la Banque centrale américaine (Fed) Ben Bernanke avait déjà tiré la sonnette d'alarme en soulignant que la concentration bancaire était un sujet de préoccupation pour deux raisons : au regard de la compétition entre les établissements, mais aussi et surtout en raison des risques systémiques liés aux institutions financières « too big to fail », trop grosses pour tomber. Le vice-président de la Banque nationale suisse Philipp Hildebrand a également évoqué la nécessité de « mesures visant à s'attaquer à la taille des banques ». Plusieurs patrons de grandes banques, comme Josef Ackermann de la Deutsche Bank lundi ou Emilio Botin de Santander mardi, se sont d'ores et déjà déclarés opposés à l'idée de réduire la taille des banques.
L'inquiétude de Mme Lagarde concerne particulièrement le secteur de la banque de marché, où la concentration déjà importante s'est accrue depuis la crise, et pourrait encore s'accentuer à la faveur des nouvelles réglementations voulues par le G20, a expliqué son entourage à l'AFP. « Les banques de financement et d'investissement vont devoir allouer davantage de fonds propres pour leurs activités ; pour préserver leur rentabilité, elles devront grossir. On risque de voir apparaître des mastodontes », affirme ainsi une analyste dans une grande banque française. Une telle concentration fait craindre que les prix des produits financiers ne soient plus fixés à leur juste valeur, un nombre de plus en plus grand de transactions étant monopolisées par un petit nombre d'opérateurs, explique encore l'entourage de Mme Lagarde. Elle peut aussi conduire les banques à accroître leurs marges aux dépens des clients
D'abord souhaitée par les autorités parce qu'elle permettait d'adosser des établissements fragiles à d'autres plus solides, la consolidation apparaît aujourd'hui comme une nouvelle source d'instabilité financière, en créant des établissements plus que jamais « too big to fail ». La commissaire européenne à la Concurrence Neelie Kroes a fustigé à plusieurs reprises les banques « trop grosses pour tomber, mais aussi trop grosses à superviser et à gérer ». Aux États-Unis, le projet de loi de refonte du système financier souhaite décourager la création d'établissements à la taille excessive, en leur imposant davantage de contraintes financières.

