Les réconciliations reprennent donc. Sous l'égide du chef de l'État, qui réunit donc à déjeuner, aujourd'hui, mercredi, le leader du PSP et le chef des Marada. Avec une nuance nouvelle par rapport aux retrouvailles précédentes : il s'agit, cette fois, de consolider l'esprit d'unité nationale supposé marquer la mise en place du nouveau cabinet. Alors qu'antérieurement, l'objectif était surtout d'arrondir des angles trop abrupts, donc de mettre l'accent plutôt sur la détente et l'apaisement, que sur l'entente.
C'est au cours de la visite qu'il a rendue au président Sleiman en compagnie de son fils Taymour, il y a quelque temps, que Joumblatt a pu débattre des modalités, timing compris, de sa rencontre avec Frangié. La conversation du pôle de la Montagne avec Sleiman avait eu lieu un peu avant le minisommet de Damas. Pour s'accompagner ensuite de propos joumblattistes de compréhension du positionnement régional syrien. Le couronnement, en somme, du recentrage, du virage, effectué par Joumblatt après les législatives. Un changement qu'il justifie en affirmant que la fonction du 14 Mars est maintenant terminée.
On peut estimer que le maître de Baabda se montre plus constant dans son parcours, sinon plus conséquent avec lui-même. C'est, en effet, depuis son avènement qu'il milite sans relâche en faveur d'une cimentation de la solidarité nationale bien comprise. C'est-à-dire, pour commencer, en faveur des réconciliations entre toutes les parties en bisbille. Il a ainsi joué un rôle remarqué dans le rapprochement entre Frangié et Bkerké, ainsi que dans les efforts déployés pour normaliser les relations entre le général Michel Aoun et le patriarcat.
Cela dans l'espoir de réussir là où les évêques ou la commission mixte civile avaient échoué : recoller les morceaux entre les pôles de la composante chrétienne du pays politique, maronites en tête. C'est-à-dire parvenir à obtenir que Gemayel, Aoun et Geagea s'entendent pour défendre ensemble des constantes nationales définies en commun. Quitte à garder des lignes politiques distinctes. Tout en fixant un cadre raisonnable de compétition, des limites civilisées, concernant le leadership politique de la communauté.
On note, sur ce plan, deux avancées positives. D'abord, Sleimane Frangié, partisan résolu de la main tendue, s'est volontiers rendu à Bickfaya pour y visiter le président Amine Gemayel. Ensuite, le député Samy Gemayel a vu son collègue aouniste Alain Aoun, pour amorcer un rapprochement entre les Kataëb et le CPL, en préparant sans doute une réunion des chefs, Amine Gemayel et Michel Aoun.
Il est possible, estiment des observateurs avertis, qu'un fort élan soit donné aux réconciliations interchrétiennes à l'occasion de la Noël et de la Saint-Sylvestre. Avec regroupement autour du patriarche Sfeir, une fois que lui-même aura cessé d'être la cible d'attaques, ou de critiques aounistes pour promouvoir la réconciliation entre Michel Aoun et les chrétiens du 14 Mars.
Parallèlement, le CPL a mis sur pied un comité d'échanges avec le Courant du futur. En vue d'un document d'entente pareil au fameux accord signé à Chiyah, dans un salon d'église, entre le courant aouniste et le Hezbollah. Des sources fiables indiquent qu'une confiance mutuelle profonde lie désormais, à la suite de leurs négociations sur la composition du gouvernement, Saad Hariri et Michel Aoun.
Tout cela ne signifie pas forcément que le clivage entre le 8 Mars et le 14 Mars va s'évaporer, comme le souhaitent Nabih Berry et Walid Joumblatt. Car ni l'un ni l'autre ne peuvent faire disparaître ces deux camps. Mais leur conflit en perdrait, bien évidemment, beaucoup de son mordant.

