Le ministre des Télécoms, Charbel Nahas, et son prédécesseur, le ministre de l’Énergie Gebran Bassil, au cours de la cérémonie de passation des pouvoirs hier.
S'exprimant au cours de la cérémonie de passation des pouvoirs qui s'est tenue hier au ministère des Télécoms, en présence de son prédécesseur et actuel ministre de l'Énergie, Gebran Bassil, Charbel Nahas a défini trois priorités à son mandat à la tête du ministère des Télécoms, à savoir : la bonne gestion opérationnelle du secteur, la fin de l'enchevêtrement des compétences des institutions et la restructuration « sur base d'une formule convenable ».
Le ministre Nahas a commencé par affirmer que « le nouveau gouvernement sera un gouvernement fondateur ». « Il n'a pas été facile d'y parvenir, au terme d'une longue période qui s'est étalée sur plusieurs années, voire sur plusieurs décennies, et au cours de laquelle les Libanais s'en sont tenus à certaines formules, en dépit de toutes leurs failles, de crainte d'être confrontés à de pires situations, a-t-il ajouté. En tout cas, les choses ont changé récemment. Et avec l'évolution de la conjoncture, ceux qui gèrent la chose publique ne doivent pas abandonner leurs principes mais adapter leurs positions à l'évolution, sur base de leurs principes. En effet, la politique ne consiste pas à exprimer une position bien définie à un instant donné, mais à développer un arsenal de politiques exécutives. »
Services finaux et intermédiaires
Charbel Nahas a également souligné que « les télécoms sont un secteur économique qui produit des services finaux consommés par les abonnés » aux réseaux de la téléphonie et d'Internet. « Ce secteur produit également des services intermédiaires, les télécoms étant un moyen de production de nombreux autres biens et services, a-t-il ajouté. Il sert également de pierre angulaire à des activités non seulement commerciales, mais également culturelles ou autres. »
« Le fonctionnement du secteur des télécoms est assuré par une administration publique, des institutions étatiques, une Autorité de régulation et par une panoplie de sociétés privées, a poursuivi le nouveau ministre. Il s'agit vraisemblablement de l'unique secteur libanais où toutes ces composantes sont présentes. En conséquence, notre mission est un défi à relever d'autant qu'elle devrait fournir des exemples à suivre à l'avenir. Certains prétendent parfois que l'administration publique est mauvaise et que le privé est meilleur alors que d'autres ripostent en affirmant que le privé est mauvais et le public est la solution. Ce type de discours crée des confusions et des conflits, et passe outre aux institutions et à l'Autorité de régulation. Nous devons donc jouer un rôle fondateur dans ce domaine. »
« Quels sont donc les critères que nous devons adopter (dans la gestion des télécoms) ? s'est interrogé Charbel Nahas. Ce secteur ne diffère aucunement de tout autre secteur économique. Il faut se concentrer sur la productivité et donc sur la qualité et le coût des services. Ces facteurs définissent le degré d'attractivité du secteur pour les capitaux et sa capacité à créer des emplois ainsi que sa contribution à l'exportation de services et au rééquilibrage des échanges entre notre économie nationale et le reste du monde. »
Monopole public et monopole privé
Le ministre Nahas a en outre mis l'accent sur le rôle fiscal que joue actuellement le secteur des télécoms. « L'impact du rôle fiscal du secteur est toutefois comparable à d'autres systèmes fiscaux, a-t-il souligné. Est-ce que l'impôt doit toucher ce service ou d'autres sources fiscales ? (Le schéma actuel) réduit la productivité d'autres secteurs. Cette situation n'est pas saine. »
Charbel Nahas a aussi estimé qu'il faudrait accroître la valeur du secteur des télécoms « en tant que secteur productif » et « réduire la tranche de sa valeur qui est générée par des pratiques fiscales déguisées en monopole d'État ». « Comment certains songent à transformer ce monopole d'État en monopole privé ? a-t-il ajouté. Ceci n'aura pas lieu. Ce secteur a connu une succession de formules qui ont été présentées comme transitoires et temporaires. Les schémas temporaires souvent antagonistes se sont accumulés et ont paradoxalement servi de base aux règles opérationnelles. La règle est alors devenue l'installation du provisoire dans la durée et l'accumulation des formules antagonistes. »
Trois priorités
Rappelant que son rôle de ministre des Télécoms est de « définir les règles régulatrices du secteur », Charbel Nahas a défini trois priorités à son mandat. Il s'agit en premier de « la gestion opérationnelle en matière de performance, de maintenance, d'investissement et d'amélioration continue du secteur, sans aucune considération pour la moindre théorie ». Sa deuxième priorité sera de mettre un terme à « l'enchevêtrement des compétences et prérogatives (des institutions publiques) derrière lesquelles se cachent des intérêts qui ne sont pas uniquement une affaire de personnes ». Il s'agit enfin de « la restructuration sur base d'une formule convenable qui ne dilapide pas les capacités et les opportunités, et qui n'ouvre pas la voie à des agissements contraires aux intérêts de la nation ».
Et Charbel Nahas de conclure : « Il faut trouver un équilibre entre l'urgent et l'important. L'urgence ne doit pas nous pousser à adopter des solutions temporaires qui nous détournent de notre objectif ultime. Et il ne faut pas prendre des mesures qui provoquent une détérioration de la situation au nom de la noblesse de nos fins. L'objectif du secteur des télécoms est purement économique. Toutes les formules et tous les schémas ne sont que des moyens qui serviront à honorer cette mission. »


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