Liban

Vers un report des élections municipales…

Éclairage
17/11/2009
Alors que le tiers plus un des ministres est plongé dans la rédaction de la déclaration ministérielle qui ne devrait pas poser de problème majeur, la tendance générale à l'entente semble se confirmer. Les milieux politiques sont convaincus que le Liban est entré dans une nouvelle phase d'harmonie et d'ouverture rendue indispensable après les années de conflits, de divisions et de polarisation du pays en deux camps hostiles. Dans les coulisses du nouveau gouvernement, on estime que la première tâche de cette équipe sera de s'atteler à rebâtir la confiance, non seulement entre les deux camps rivaux, mais aussi et surtout entre les Libanais en général. Ce n'est pas un travail facile car les clivages sont devenus profonds, nourris par des susceptibilités confessionnelles et communautaires, des années de discours enflammés et un repli identitaire étroit exacerbé par les différents camps politiques.
Selon les échos qui parviennent aux journalistes, les ministres semblent conscients de l'ampleur de cette mission et préfèrent en général éviter les déclarations qui rappelleraient les années passées et la période de conflits. D'ailleurs, le choix des ministres est en lui-même un indice du genre de travail qui est demandé à la nouvelle équipe gouvernementale : elle ne regroupe pas des figures qu'on a coutume d'appeler les « faucons » et la plupart des ministres ont des allures de technocrates plus que de politiciens dans le sens traditionnel du terme. Les milieux gouvernementaux parlent d'une page qui est en train d'être tournée dans la douceur et le calme. Ce n'est donc pas le second gouvernement né dans la douleur provoquée par les événements du 7 mai 2008 ni même un gouvernement issu des élections législatives de juin 2009, mais une équipe qui reflète la volonté de rétablir les ponts entre les Libanais et surtout de s'occuper enfin des chantiers sociaux, économiques et financiers laissés en friche au cours des dernières années en raison des priorités sécuritaires et politiques.
Le mot d'ordre général est donc de laisser les ministres travailler, et surtout de laisser le Liban souffler un peu et les Libanais respirer. Il faut aussi s'atteler à redonner au pays sa place dans le monde et profiter de l'opportunité que représente le siège permanent au Conseil de sécurité.
Face à tous ces défis, des sources parlementaires autorisées laissent entendre que le pays se dirige vers un report des élections municipales prévues en principe au printemps prochain. Ces sources avancent deux raisons pour justifier ce report probable. Il y aurait d'abord une cause technique, le manque de temps pour préparer les listes électorales dans les délais légaux, c'est-à-dire au début de l'année. D'ailleurs, le ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud a tiré récemment la sonnette d'alarme à ce sujet. Et la seconde raison serait politique. Les deux camps estiment en effet qu'organiser les élections municipales à la date prévue équivaudrait à entrer en campagne électorale dès le premier trimestre 2010 et signifierait que le climat d'entente si laborieusement établi pourrait être remis en cause par un retour à la mobilisation confessionnelle et communautaire, qui a déjà fait beaucoup de mal au pays dans la période qui a précédé les élections législatives. De plus, les partisans de la thèse du report, qui appartiennent aux deux camps, font remarquer que les élections municipales sont encore plus pénibles que les législatives car elles se déroulent dans de petites circonscriptions et mettent en cause, en plus des considérations confessionnelles et communautaires, les susceptibilités familiales et les soucis de développement, mélangés à une sauce politique des plus indigestes. Les campagnes électorales entraîneraient ainsi un surplus d'effritement et de division au sein d'un tissu social qui cherche à e reconstruire et à se ressouder. Le Liban n'a donc pas besoin de cela en cette période en particulier. De plus, le gouvernement, qui espère lancer, en coopération avec le Parlement, des chantiers de législation sociale, et entamer des réformes économiques et financières, ne pourrait plus s'atteler à cette tâche et serait malgré lui pris entre le feu des campagnes électorales et celui de la marginalisation. Il aurait ainsi les mains liées face à la surenchère électorale si chère aux différentes parties libanaises.
Dans ce contexte, les sources parlementaires estiment qu'il serait plus sage pour tout le monde de reporter de quelques mois les élections municipales, probablement jusqu'en septembre 2010, pour d'abord donner un peu de temps au gouvernement et surtout accorder aux Libanais une période d'apaisement. Le motif est déjà prêt (l'expiration des délais légaux) et il s'agirait en quelque sorte d'un report pour une bonne cause...

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