Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est évident que les interventions US un peu partout dans le monde n'ont pas été un franc succès, de la Corée à l'Irak en passant par le Vietnam, pour ne citer que ces trois grandes dates. Au moment où le faux pas mésopotamien prend de plus en plus l'allure d'un gigantesque flop, les médias s'acharnent à évoquer les erreurs qui ont jalonné l'aventure au pays de l'opium. Depuis quelque temps, ces modernes Moloch que sont les généraux yankees réclament davantage de troupes et de temps pour faire de la sulfureuse république de Hamid Karzaï un éden politique qu'envieraient tous ses voisins. Seul résultat tangible : aux dernières nouvelles, le gouvernement aurait créé une unité de police spécialisée dans la lutte contre la corruption, censée œuvrer en parfaite coordination avec le FBI, Scotland Yard et la mission de l'Union européenne. Élémentaire, mon cher Watson...
Pendant ce temps, à Bagdad, Noury el-Maliki n'en finit pas de régler les comptes de sa communauté - elle-même divisée - avec les baassistes et autres tenants de l'ancien régime honni de Saddam Hussein, en attendant des élections qui tardent à venir et une normalisation avec la Syrie, accusée de tendre une main par trop secourable à ses ennemis jurés de la veille. Moins enclins désormais à faire preuve de compréhension, les hommes du département d'État ont choisi d'ignorer ces (pas si) menus problèmes et de se comporter comme si le temps finirait bien par les régler. Tout cela, pour peu que l'on y ajoute l'écheveau palestino-israélien que la présente administration a réussi la prouesse d'emmêler un peu plus encore, finit par représenter un rébus insoluble pour Henry Kissinger lui-même.
Il n'est pas étonnant donc de voir divisée en plusieurs clans l'Amérique profonde, et avec elle le monde des médias. Les uns appellent de leurs vœux un retour de ces néoconservateurs avec lesquels au moins on savait à quoi s'en tenir ; les autres se lamentent de voir leur dirigeant en chef prêcher la bonne parole et hésiter à passer à l'action ; et un troisième groupe réclame le repli sur soi, au nom du bon vieux principe du chacun pour soi. Les premiers seraient même en train de préparer leur retour en force à l'occasion de la prochaine présidentielle qui ne verra pas Barack Obama rempiler pour un second mandat, prédisent-ils. Leur avant-garde est aux commandes, représentée par le général Stanley McChrystal, commandant des troupes engagées en Afghanistan. Les deuxièmes guettent la main de fer enfouie dans le gant de velours. Quant aux troisièmes, ils rappellent, simple exemple, que les milliards engloutis à l'étranger seraient mieux utilisés pour assurer la santé des quelque cinquante millions d'Américains qui ne jouissent pas de l'assurance-maladie.
Un certain James Monroe ne disait pas autre chose il y a exactement 186 ans, quand il défendait le droit à l'isolationnisme en proclamant son refus de toute interférence de l'Europe et en décrétant la rupture avec la France. Une doctrine portée en terre par son lointain successeur, Woodrow Wilson, lors de la guerre de 14-18 et, veut-on croire, toujours en vigueur - on n'est pas près d'oublier le célèbre « La Fayette, nous voilà » du colonel Charles E. Stanton.
Hillary Clinton est sincère, à tout le moins jusqu'à un certain point, en reconnaissant avoir perdu ses illusions. Cela ne saurait excuser le fait qu'en prônant un certain désengagement, elle serait en train de laisser des nations victimes récolter la tempête soulevée par le vent que son pays a aidé à semer.


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