La couverture de l’ouvrage.
Depuis cette histoire, Madeleine Albright, première femme à occuper le poste de secrétaire d'État (1997 à 2001) sous le mandat de Bill Clinton, a fait de cet accessoire sa signature diplomatique. Ainsi, ses interlocuteurs internationaux étaient ravis de la voir arriver arborant un soleil lumineux ou une gentille coccinelle. Ils l'étaient moins si elle portait un crabe ou une guêpe menaçante. La secrétaire d'État utilisait ces motifs pour mettre en relief la nature des négociations en cours : en bonne voie, absence de progrès, bloquées, etc.
Pour rencontrer Kim Jong-il, elle s'était ainsi parée d'une grande broche reproduisant le drapeau américain, exprimant un silencieux combat contre la propagande de la Corée du Nord, qui demandait aux gens de porter des pins à l'effigie de leur dirigeant. En revanche, l'ancien président sud-coréen avait été reçu par un soleil éclatant, symbole du caractère sans nuages des relations entre Séoul et Washington. L'abeille était réservée à Yasser Arafat, symbole des critiques piquantes qu'elle lui adressait. Remarquées aussi dans sa boîte à bijoux, une broche missile (pour discuter de désarmement avec les Russes) et une colombe de la paix en or offerte par la veuve du Premier ministre israélien Itzhak Rabin et affichée durant les négociations du processus de paix au Moyen-Orient.
« Ce n'est pas parce que l'on porte des boucles d'oreille que l'on ne peut plus penser. Et puis, ce livre peut rendre la politique étrangère moins étrangère aux gens », souligne Mme Albright.
Étant donné l'intensité et la longueur de sa carrière, Mme Albright a amassé une grande quantité de broches qui lui ont inspiré un livre intitulé Read My Pins (Lisez mes broches). Un titre en forme de clin d'œil à une formule chère au président Bush-père : « Read my lips » (Lisez mes lèvres).
Cet ouvrage, qu'elle a signé récemment à Washington, comporte 200 photos de broches, vrais et faux bijoux, accompagnées de textes bien enlevés et souvent plein d'humour sur les bijoux, la politique mondiale et la diplomatie américaine.
«Quelle broche porter pour négocier aujourd'hui la crise iranienne ? » lui a-t-on demandé ? « Comme nous devons être fermes, dit-elle, j'en combinerais deux, mon aigle américain et ma colombe, pour pousser fort vers la paix. »

