Rechercher
Rechercher

Liban - En Dents De Scie

Sleiman en (dé)route

Quarante-sixième semaine de 2009.
Et que fête-t-on au juste, quatre mois et demi après les élections parlementaires de juin ? On fête un crime. Un joli crime. Presque parfait. On applaudit la mort (l'enterrement sera pour la prochaine fois) d'un système, d'une façon de voir et de concevoir la politique, un pays, un État, une nation. On célèbre le meurtre en direct de l'essence même d'une Constitution : son préambule, ces quelques mots qui insistent noir sur blanc sur le fait que le Liban est une démocratie parlementaire, avec une majorité qui gouverne et une minorité qui s'oppose, qui surveille et qui sanctionne. Dans un hémicycle. On célèbre la naissance d'une hérésie ; on célèbre la naissance d'un gouvernement d'union nationale (pour le 8 Mars, Hezb et CPL en tête) / de coalition (pour le 14 Mars). On fête une gigantesque plaisanterie.
Dans sa forme comme dans son fond (un minihémicycle), le premier gouvernement-bouffon de Saad Hariri a totalement et absolument stérilisé le Parlement libanais. Le Sérail n'est plus qu'une annexe de la place de l'Étoile, et la place de l'Étoile un folklore, un miroir aux alouettes, une vue de l'esprit. Et, naturellement, une maison de retraite idéale pour Nabih Berry. Le premier gouvernement de Saad Hariri est en réalité né à Doha, au lendemain du putsch définitif du Hezbollah contre les autres, ces Libanais qui pensent autrement, ces Libanais qui veulent un autre Liban. Le premier gouvernement de Saad Hariri est dans la ligne de mire de l'arsenal du parti pro-iranien ; ce gouvernement-là sera un Haïfa et un au-delà de Haïfa s'il ne se transforme pas en marionnette hezbollahie soumise et docile.
D'une pierre deux coups : il n'y a pas que le Législatif à avoir subi un coup fatal. C'est aussi tout le concept de l'Exécutif qui se voit dynamité. Les répliques du séisme du 7 juin 2008 ont la dent dure.
À quoi sert donc le premier gouvernement de Saad Hariri ?
À rien. À absolument rien. Bien sûr.
À moins que les nouveaux Trente ne fassent ce que le Libanais fait de mieux : la jouer solo ; oublier le collectif, privilégier l'individu. C'est-à-dire à moins que chacun d'entre eux ne se coupe en quatre dans son ministère. Parce qu'il y a évidemment de bonnes choses dans cette équipe - quel drôle de mot...
Il y a ceux qui restent : Ibrahim Najjar à la Justice, Ziyad Baroud à l'Intérieur et Ghazi Aridi aux Travaux publics et Transports sont une bénédiction en ces (sales) temps-là. S'il se souvient de travailler pour tous les Libanais et non pas/plus pour une partie d'entre eux, Mohammad Khalifé à la Santé est un bon choix.
Il y a les nouveaux : les haririens Mohammad Mneimneh à l'Éducation et l'Enseignement supérieur et Raya el-Haffar aux Finances sont précédés d'excellentes rumeurs. Ils restent néanmoins des soldats au service de Koraytem ; à eux donc de trouver le bon dosage. Idem pour les aounistes Charbel Nahas aux Télécoms (l'héritage laissé par son prédécesseur est désastreux sur le plan technique) et Fady Abboud au Tourisme - quoique : aussi excellents que pourraient être leurs bilans respectifs, ces deux derniers, en cas de vote, donneront leurs voix en faveur du mini-État vampire du Hezbollah.
Il y a de jolies promesses : Boutros Harb duquel les Libanais attendent qu'il déhezbollahise le ministère du Travail ; Sélim Sayegh censé être intraitable au très sensible ministère des Affaires sociales et même le très hezbollahi Hussein Hajj Hassan, dont l'intégrité n'a pour l'instant jamais été remise en cause et qui pourrait redorer ne serait-ce qu'un minimum ce ministère de l'Agriculture laissé en jachère depuis des lustres.
Et puis il y a toutes les hérésies, à commencer par l'improbable Gebran Bassil à l'Énergie et l'Eau (qui dit mieux ?) et sans oublier le berryiste et très inodore Ali Chami aux Affaires étrangères, un poste pourtant taillé sur mesure pour l'héritier de Fouad Boutros, Tarek Mitri, qu'on a chargé une nouvelle fois d'essayer, justement, de déberryiser le ministère-gouffre de l'Information.
Il n'empêche : tout cela vivotera à une échelle des plus réduites, tout cela dépendra finalement de la bonne volonté, des bonnes intentions et du bon plaisir de chaque ministre. Il y a juste un petit problème : fussent-elles dans leur ensemble parachutées et regroupées dans un même gouvernement, toutes les bonnes volontés du monde ne font pas et ne feront jamais un Exécutif. Ni ne préserve(ro)nt l'identité d'un pays. Ni sa nature. Ni sa vocation, et encore moins son devenir et son être-au-monde. Tout simplement, elles sont et resteront incapables d'assurer de quelque façon que ce soit une politique libanaise générale.
Et parce que la future déclaration ministérielle sera au mieux un paillasson, au pire une serpillière, il est désormais plus que temps qu'entre effectivement et concrètement en scène un homme prétendument privé de toutes ses prérogatives ; un homme que beaucoup, beaucoup trop de gens, ici et là-bas, verraient volontiers en Élisabeth II, un homme en qui la majorité des Libanais a placé sa confiance mais qui n'a toujours pas été capable, ne serait-ce qu'une seule fois, de trancher ou de frapper du poing sur la table : Michel Sleiman.
Il est désormais plus que temps que Michel Sleiman fasse ce pour quoi il est payé : être le garant de la Constitution. Donc de Taëf. À l'aune de ce gouvernement-blague, la table de dialogue, cette fumisterie à laquelle tout le monde s'est laissé prendre, cette table sur laquelle trônaient en permanence les armes du Hezbollah est indispensable, aussi ironique que cela puisse paraître. Sauf qu'il serait inadmissible qu'elle ne se réunisse comme elle le faisait une fois tous les trois mois : une session ouverte est exigée, jusqu'à ce que le dialogue aboutisse à des décisions et que ces décisions, à commencer par le désarmement de la milice, soient strictement appliquées.
Pourquoi faire les choses à moitié ? Le Législatif assassiné, l'Exécutif rongé de l'intérieur, la Constitution giflée, violée et heureuse, il serait bien plus judicieux de laisser cette table présider aux destinées de ce pays, et permettre à cette désastreuse et fratricide oligarchie de faire officiellement son coming-out. À moins, encore une fois, que Michel Sleiman ne se souvienne de ce qu'il est : le président de la République. Et qu'il ferme les placards, tous les placards, à double tour.

Quarante-sixième semaine de 2009.Et que fête-t-on au juste, quatre mois et demi après les élections parlementaires de juin ? On fête un crime. Un joli crime. Presque parfait. On applaudit la mort (l'enterrement sera pour la prochaine fois) d'un système, d'une façon de voir et de concevoir la politique, un pays, un État, une nation. On célèbre le meurtre en direct de l'essence même d'une Constitution : son préambule, ces quelques mots qui insistent noir sur blanc sur le fait que le Liban est une démocratie parlementaire, avec une majorité qui gouverne et une minorité qui s'oppose, qui surveille et qui sanctionne. Dans un hémicycle. On célèbre la naissance d'une hérésie ; on...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut