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Liban - Société

Vu la rareté des structures de soins, les toxicomanes finissent… en prison

Les structures de désintoxication et de réhabilitation des toxicomanes manquent cruellement au Liban. De même qu'un organisme pour orienter les toxico-dépendants demandeurs d'aide.

Mouna Yazigi : « De nombreux toxicomanes ne reçoivent aucune assistance, les places gratuites en désintoxication étant limitées. »

Environ 1 500 toxicomanes sont arrêtés par les forces de l'ordre chaque année au Liban. Ils sont passibles d'une peine d'emprisonnement allant de trois mois à trois ans, à moins d'accepter de se faire soigner, comme le recommande le tribunal. Mais lorsque les toxicomanes sont disposés à suivre des cures de désintoxication, les structures d'accueil publiques sont rares, quasi inexistantes. N'ayant d'autre choix que celui de se diriger vers le secteur privé, nombre d'entre eux abandonnent rapidement l'idée, car les cures sont chères. Ils finissent souvent en prison, aux côtés des criminels et autres prisonniers de droit commun.
Cette absence cruelle de structures adaptées ne se limite pas aux centres de désintoxication qui ne sont en aucun cas de réelles structures de sevrage, mais tout simplement quelques lits au sein d'unités psychiatriques. Elle est également perceptible au niveau des centres de réhabilitation, censés accueillir les toxicomanes à l'issue de leur cure de désintoxication. Des centres en nombre limité, gérés par des associations qui ne parviennent pas à répondre à la demande, en augmentation constante.

Au moins 2 500 personnes touchées chaque année
C'est dire le manque d'intérêt des autorités à l'égard de la toxicomanie qui fait des ravages au niveau de la jeunesse et touche chaque année au moins 2 500 personnes, de plus en plus jeunes. Ce manque d'intérêt se traduit aussi par « l'absence d'un Conseil national de lutte contre la drogue, qui attend sa formation depuis 1998, suite à la mise en place de la loi sur les stupéfiants et les narcotiques », estime Mouna Yazigi, directrice générale de l'association Oum el-Nour, qui s'occupe de la réhabilitation des toxicomanes et de la prévention contre la drogue. « Un conseil qui aurait dû être formé et présidé par le Premier ministre », précise-t-elle.
Dans l'attente, les autorités traitent ce problème avec les moyens du bord. Quant aux associations, se substituant à l'État, elles s'occupent des toxicomanes au cas par cas, en fonction de la demande et des places disponibles dont leurs structures disposent, en l'absence aussi d'une politique nationale de lutte contre la drogue. « Oum el-Nour dispose d'une centaine de lits environ. Nous recevons les toxicomanes pour leur réhabilitation, en fonction des places disponibles et selon le principe de la rotation », explique à ce propos Mouna Yazigi. Elle tient toutefois à remarquer qu'en 2007, sur 348 personnes qui ont demandé de l'aide à l'association, 140 ont été admis à l'hôpital pour une cure de désintoxication et 81 ont été admis en réhabilitation dans les centres d'Oum el-Nour. En revanche, 200 toxicomanes n'ont reçu aucune assistance, les places pour la désintoxication gratuite étant limitées. Mme Yazigi affirme également que les toxicomanes ne savent souvent pas à qui s'adresser, lorsqu'ils envisagent de demander de l'aide. « Ils font alors le tour des associations et des hôpitaux, au hasard. D'où l'urgence de la mise en place d'une structure qui orienterait les demandeurs d'aide », observe-t-elle.

Un séminaire en décembre
« Nous demandons simplement l'application de la loi et la mise en place d'un plan national », insiste encore Mme Yazigi. Elle explique que la loi de 1998 prévoit, outre la création du Conseil national de lutte contre la drogue, la mise en place d'une Commission pour la toxicomanie et d'une Direction centrale de lutte contre la drogue. Elle précise également qu'en 2004, le ministre de la Justice, Bahige Tabbara, a créé la Commission pour la toxicomanie, chargée de la prise en charge des toxicomanes et de leur transfert vers les structures adéquates. « Mais cette commission est mort-née, déplore la directrice, car elle ne se base sur aucun texte d'application et sur aucun plan de travail, n'a ni budget ni même de spécialiste en la matière. »
Oum el-Nour ne perd pourtant pas courage et multiplie les initiatives pour exposer le problème de la toxicomanie au Liban. La dernière en date étant une conférence à Paris, en octobre dernier, au siège de l'association Mère de Lumière, organisme créé par Oum el-Nour dans le cadre d'une collaboration franco-libanaise à ce niveau.
C'est aussi dans l'optique de soutenir les stratégies libanaises de lutte contre la toxicomanie que l'ambassade de France, mandatée par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT), prépare la tenue d'un séminaire sur la coordination des stratégies pénales, sanitaires et sociales dans le traitement de la toxicomanie. Un séminaire qui se déroulera au Liban en décembre prochain et qui dressera un état des lieux de la politique répressive du Liban à l'égard des toxicomanes. Ce séminaire, qui réunira des personnalités de la magistrature, des ministères et des associations concernées, fera également la lumière sur le rôle des différentes ONG dans la réhabilitation des toxico-dépendants. Il vise enfin à lancer une souscription pour la construction de centres de soins et à pousser les entreprises privées, françaises ou libanaises, à financer de telles structures.
Dans l'espoir que les autorités réaliseront l'urgence d'une politique nationale de lutte contre la drogue.
Environ 1 500 toxicomanes sont arrêtés par les forces de l'ordre chaque année au Liban. Ils sont passibles d'une peine d'emprisonnement allant de trois mois à trois ans, à moins d'accepter de se faire soigner, comme le recommande le tribunal. Mais lorsque les toxicomanes sont disposés à suivre des cures de désintoxication, les structures d'accueil publiques sont rares, quasi inexistantes. N'ayant d'autre choix que celui de se diriger vers le secteur privé, nombre d'entre eux abandonnent rapidement l'idée, car les cures sont chères. Ils finissent souvent en prison, aux côtés des criminels et autres prisonniers de droit commun. Cette absence cruelle de structures adaptées ne se limite pas aux centres de désintoxication qui ne sont en...
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