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Culture - Livres

Mémoires d’un jeune homme (dé)rangé

Récompensé du prix Renaudot, « Un roman français » (éd. Grasset), dernier opus du trublion de la littérature française contemporaine Frédéric Beigbeder, est par-delà le roman familial une sorte d'album souvenirs de « L'égoïste romantique».

Sur le bandeau de couverture du livre, le portrait de l’auteur-enfant.                                    (DR)

Vous l'aurez deviné : le personnage central d'Un roman français est l'archimédiatique Frédéric Beigbeder himself. L'auteur de L'égoïste romantique revient dans ce roman - avec un certain romantisme et un égocentrisme certain ! - sur son enfance et son adolescence. Dressant, au passage, un portrait plutôt avantageux de sa lignée, entre noblesse héroïque de province et bourgeoisie... de Neuilly-sur-Seine.
Celui qui s'était souvent caché derrière ses personnages fétiches de jouisseurs déjantés (Marc Marronnier ou Octave Parangon, dans 99 francs, L'amour dure trois ans ou encore Au secours, pardon) tombe, cette fois, le masque du noctambule cynique et délirant, grand consommateur de femmes et de produits illicites (encore que...) pour exposer, à livre ouvert, sa sensibilité et sa mélancolie d'ex-petit garçon sage des années soixante-dix en France.
Il s'agit donc ici des souvenirs d'un enfant rangé, qui deviendra plus tard un jeune homme - faussement ?! - dérangé, jusqu'à ce qu'une descente de police le «dérange» réellement, un soir où il se poudrait le nez, en se faisant une ligne de coke sur le capot d'une voiture, au sortir d'une boîte, avec quelques amis
noceurs !
Cette arrestation, le 28 janvier 2008, et la mise en garde à vue - arbitrairement prolongée de 24 heures, «pour servir d'exemple people» - qui s'ensuivit vont, semble-t-il, marquer un tournant dans l'itinéraire, personnel et d'écrivain, de celui qui jusque-là jouait avec délectation les hommes-enfants gâtés.
Pour s'évader de sa cellule, Beigbeder, aux «ailes coupées» (il y a là une nette allusion à l'Albatros de Baudelaire, le poète maudit au panthéon de ses idoles!), va se réfugier dans son imaginaire, ou plutôt dans sa mémoire...d'enfant du siècle. Car dans cette «grâce évanouie» des souvenirs d'enfance, qui lui reviennent à coups de flash-back, il y a une part non négligeable de peinture sociale de la France de la fin du XXe siècle. À la manière de Beigbeder, bien sûr. C'est-à-dire dans un mélange de réflexions pertinentes et de name-dropping des marques et des objets typiques de ces années-là. D'où le titre de Roman français que donne - trop ambitieusement?! - l'auteur de 99 francs à sa biographie familiale.

Séquence émotion
Un roman qui, du reste, se distingue de sa bibliographie habituelle. Certes, le ton est toujours «béigbedéien», c'est-à-dire vif, drôle et insolent - notamment dans le chapitre (préalablement censuré par l'éditeur, mais qui n'en reste pas moins fort!) consacré au procureur de Paris, Jean-Claude Marin. Les fameuses phrases-choc et autres vérités assénées en slogans sont toujours là. À l'instar d'«On peut oublier son passé. Cela ne signifie pas que l'on va s'en remettre», ou encore, toujours dans le même registre, «Il est difficile de se remettre d'une enfance malheureuse, mais il peut être impossible de se remettre d'une enfance protégée». Sauf qu'à la différence des précédents romans de l'étincelant critique-romancier-jet-setteur, ce dernier opus donne une image attendrissante - et sans doute assez proche de la vérité - de son auteur.
L'agaçant faux rebelle cède ici la place à un émouvant éternel enfant. Petit garçon qui ne s'est jamais vraiment remis du divorce de ses parents. Fils aimant, ne voulant pas décevoir sa mère, douloureusement en attente de son père, toujours en voyage. Frère cadet qui s'est construit en opposition à son aîné, Charles, «imbattable, tant il était parfait», ce qui ne lui laisse que l'option de devenir «l'homme imparfait». Ce même Charles, aujourd'hui brillant PDG, qui ironie du sort apprenait qu'il allait recevoir la Légion d'honneur le jour où Frédéric se faisait coffrer! Et, adolescent chétif et frustré par de si nombreux rejets, que pour rattraper le temps perdu, il ne pouvait que se transformer en jouisseur impénitent !
À coups d'une multitude de petites scènes émouvantes et d'expressions de sentiments à demi-mot, Beigbeder compose le tableau de son roman familial. Avec pudeur, élégance et sincérité. Conclusion: le Beigbeder 2009 est un bon cru. Cela reviendrait-il à dire que le Beigbeder nouveau est arrivé? À voir... Dans le prochain roman.
Vous l'aurez deviné : le personnage central d'Un roman français est l'archimédiatique Frédéric Beigbeder himself. L'auteur de L'égoïste romantique revient dans ce roman - avec un certain romantisme et un égocentrisme certain ! - sur son enfance et son adolescence. Dressant, au passage, un portrait plutôt avantageux de sa lignée, entre noblesse héroïque de province et bourgeoisie... de Neuilly-sur-Seine. Celui qui s'était souvent caché derrière ses personnages fétiches de jouisseurs déjantés (Marc Marronnier ou Octave Parangon, dans 99 francs, L'amour dure trois ans ou encore Au secours, pardon) tombe, cette fois, le masque du noctambule cynique et délirant, grand consommateur de femmes et de produits illicites...
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